Bagnolet étudie le passage à une gestion publique de l’eau

La réflexion et le débat sont bien lancés à Bagnolet pour le passage à une gestion publique.  Après un vœu en faveur de la gestion publique adopté le 29 mars,  le conseil municipal a reçu Célia Blauel, Présidente d’Eau de Paris, pour présenter la gestion publique de l’eau à Paris. A la suite de cette réunion, le Maire de Bagnolet a demandé à Eau de Paris de réaliser une étude de faisabilité pour une  gestion publique à Bagnolet, approvisionnée par la régie publique parisienne. Ci-dessous un article d’Elsa Marnette dans le Parisien du 4 juin, suivi de notre commentaire…

A Paris, l’eau, gérée en régie publique, revient à 3,54 € le m3. Sur le territoire d’Est Ensemble, où le Syndicat des eaux d’Ile-de-France (Sedif) délègue cette compétence à Veolia, le m3 s’élève à 4,27 €. Cette différence de coût pousse la ville de Bagnolet à rouvrir le débat sur une sortie du Sedif, rendue possible par la loi sur la nouvelle organisation territoriale de la République (Notre). Le débat avait déjà été houleux, lors de la précédente décision de réadhérer au Sedif, en 2010.

Jean-Claude Oliva, élu d’opposition (EELV) à Bagnolet et directeur de la Coordination Eau Ile-de-France, a récemment soumis un vœu en ce sens, approuvé lors du dernier conseil municipal. Depuis, la ville a demandé à Eau de Paris de réaliser une étude de faisabilité pour un rapprochement de Bagnolet avec la capitale. Un groupe de travail, « transpartisan », a également été créé.

Le calendrier est serré puisqu’il faut qu’Est Ensemble se décide avant le 31 décembre. « Nous avons une opportunité historique, souligne le maire (PS) Tony di Martino. La gestion publique est censée être moins chère, il n’y a pas de prestataire privé, pas d’actionnariat, pas de surplus de coût. Il n’y aurait plus de coupures d’eau abusives et illégales, la collectivité n’a aucune raison de couper l’eau. Mais il faut mettre en regard le montant des investissements. »

C’est là que le sujet pourrait achopper : une récente étude commandée par Est Ensemble montre qu’il s’élèverait à 137 M€, rien que pour préparer les réseaux du territoire à faire circuler le précieux liquide d’Eau de Paris. Et ces travaux se répercuteraient sur la facture des usagers puisqu’un principe dit que « l’eau paie l’eau. Le budget annexe doit être à l’équilibre, assure l’adjoint (PS) aux finances Olivier Taravella. Si ça représente 15 centimes de plus au mètre cube sur vingt ans, ça va poser la question de la soutenabilité du projet. »

A noter que cette décision doit être prise à l’échelle d’Est Ensemble : « Bagnolet n’est pas dans une logique sécessionniste mais on peut avoir un rôle d’aiguillon, souligne-t-on dans l’entourage du maire. Il y a une possibilité juridique qui s’ouvre, c’est l’occasion d’aller au bout de la réflexion. »

Selon le vice-président chargé de l’eau et de l’assainissement au territoire, « ce n’est pas juridiquement impossible » de laisser une ville partir seule. « Mais il faut bien réfléchir à la gouvernance, aux conséquences financières, juridiques et sociales, souligne Christian Lagrange. Le débat est partout mais il n’a pas l’acuité qu’il a à Bagnolet. »

Illustration à Montreuil : le premier adjoint Ibrahim Dufriche s’est récemment fendu d’un courrier public au maire PCF lui demandant de se positionner sur le sujet. « Le débat n’a pas encore été ouvert, le maire consultera toutes les formations politiques », répond-on dans l’entourage de Patrice Bessac.

Notre commentaire

L’étude à laquelle il est fait référence dans l’article date de 2013. Elle part d’hypothèses très défavorables à la gestion publique, comme la reconnu récemment un représentant d’Espelia, le bureau d’études qui l’a réalisée.
Les 137 millions d’euros d’investissements concernent la déconnexion de tout le territoire Est Ensemble (et pas de la seule ville de Bagnolet) du SEDIF. Ce résultat est obtenu avec l’hypothèse contestable que le coût total de la déconnexion devrait être payer par Est Ensemble.  En réalité, cela devrait être l’objet d’une négociation avec le SEDIF.
L’augmentation de 14 centimes par m3  prévue selon l’étude en régie publique cumule une autre hypothèse contestable : celle d’un remboursement de l’investissement en 12 ans, une durée extrêmement courte pour ce genre d’investissements patrimoniaux; il faudrait plutôt compter 30 à 40 ans. Ceci dit, c’est également la hausse prévue en continuant avec le SEDIF. Autant dire que dans le pire des cas, le passage en régie reviendrait au même tarif que la gestion privée avce le SEDIF et Veolia. Et très probablement beaucoup moins cher!
 
Voir nos analyses détaillées (avec lien vers l’étude présentée en décembre 2013))
 
Est Ensemble: la gestion publique enfin à l’ordre du jour?
 
Est Ensemble: assez tergiversé, la régie maintenant!
 
 
 

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