Essonne : l’usine d’eau otage de Suez

L’équipement raccordé à l’aqueduc du Loing, propriété de la régie publique Eau des lacs de l’Essonne, est à l’arrêt. Louée par Suez pour une durée de 15 ans, elle ne sert actuellement qu’en cas de secours. Par Nolwenn Cosson dans le Parisien.

Ris-Orangis, le mardi 15 janvier 2019. La station de surpression et le réseau de raccordement à l’aqueduc du Loing, construit pour près de 5 M€ à proximité du château d’eau de Ris-Orangis sont à l’arrêt depuis 2016. LP/N.C.

L’usine de production d’eau potable, basée à proximité du château d’eau de Ris-Orangis, est flambant neuve. Et pourtant, l’équipement qui a coûté 5 M€ est à l’arrêt, depuis sa reprise par Suez en 2016. Inaugurée en grande pompe en mars 2014 par Gabriel Amard, à l’époque président (PG) de la communauté d’agglomération Les Lacs de l’Essonne, et la régie autonome Eau de Paris, elle devait desservir en eau les habitants de Viry-Châtillon et Grigny (voir encadré).

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Les élus de Cœur d’Essonne agglomération (21 communes autour de Sainte-Geneviève-des-Bois et Arpajon) souhaitent engager au plus vite des négociations pour utiliser cet équipement public. Une visite du site est prévue dans les prochaines semaines.

« La position stratégique de cet équipement nous intéresse, d’autant plus qu’il a été dimensionné dès sa création pour desservir notre territoire. La distribution de l’eau sur l’agglomération est actuellement entre les mains des deux grands groupes, Veolia et Suez », explique Bernard Filleul, vice-président (PS) chargé de l’eau et de l’assainissement à Cœur d’Essonne. Objectif pour la collectivité, diversifier la concurrence et tirer les prix vers le bas.

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Ris-Orangis, le 14 mars 2014. La station de la régie Eau des lacs de l’Essonne a été inaugurée en grande pompe par Gabriel Amard (au centre en veste grise), à l’époque président (PG) de l’agglomération Les Lacs de l’Essonne./ Le Parisien

Un contrat de location signé pour 15 ans avec Suez

Seul problème, la régie Eau des lacs de l’Essonne, propriétaire du site, a loué cette usine à Suez pour une durée de 15 ans. En s’en assurant la gestion, le groupe français privé empêche son exploitation par Eau de Paris, l’un de ses principaux concurrents. Situation ubuesque, Suez n’a pas la nécessité de la faire fonctionner car… elle possède déjà une usine d’eau potable à Morsang-sur-Seine.

« Les élus de Viry-Châtillon (NDLR : la seule ville qui a été raccordée à cette usine, celle de Grigny aurait dû l’être en 2018) ont réussi à négocier un contrat très avantageux avec aucune évolution de prix durant la durée de la location », reconnaît Bernard Filleul.

Un contrat en or auquel Jean-Marie Vilain, maire (Les Centristes) de Viry-Châtillon, est très attaché. « Nous ne sommes fermés à rien mais il est hors de question que nous mettions notre modèle économique à mal, assure l’élu. Les négociations devront aussi se faire avec Suez. » Pour Laurent Sauerbach, le président (LR) du conseil d’administration d’Eau des lacs de l’Essonne, « tout le monde doit trouver son compte mais notre démarche, c’est d’abord l’intérêt des habitants de Viry ».

Une nouvelle usine en voie de construction ?

Si aucun accord n’est trouvé, d’autres solutions seront étudiées. Parmi elles, la construction d’une nouvelle usine. Car Cœur d’Essonne n’est pas la seule à lorgner sur la station délaissée. « Nous ne pouvons pas attendre indéfiniment », note Francis Chouat, député (app. LREM) et ancien président de l’agglomération Grand Paris Sud (Evry-Lieusaint), intéressée par cet équipement pour le bassin d’Evry. « Mais construire notre propre usine implique des investissements qui se répercuteront sur le prix que paie l’usager, ajoute-t-il. Ce n’est donc pas une option que nous privilégions. »

L’USINE DÉLAISSÉE, SYMBOLE ENVOLÉ D’UNE EAU ENTIÈREMENT PUBLIQUE

Une eau entièrement publique, voilà le rêve qu’a concrétisé Gabriel Amard, à l’époque président (PG) de la communauté d’agglomération Les Lacs de l’Essonne (Viry-Grigny) en inaugurant cette usine d’eau potable.

« L’eau du Loing arrive naturellement ici, expliquait le président à l’époque. 500 à 600 m3 d’eau/heure passent par les pompes de l’usine avant d’arriver au château d’eau de Ris-Orangis pour gagner en pression et être distribuée dans les robinets de Viry. C’est la preuve qu’il est possible de s’émanciper des groupes privés »

Une « émancipation » qui a pris fin deux ans plus tard avec la disparition des Lacs de l’Essonne, Viry ayant rejoint l’agglomération de Grand Orly Seine Bièvre, Grigny celle de Grand Paris Sud. Désormais seule, la ville de Viry ne pouvait assurer financièrement la survie de cette régie au vu des emprunts contractés. Les élus ont donc opté pour une renégociation du contrat de fourniture d’eau. Contrat remporté par le groupe Suez.

NB: la dernière phrase de conclusion de l’article du Parisien reflète davantage le point de vue du maire actuel de Viry que la réalité. Il faut d’abord rappeler que l’emprunt repose entièrement sur le budget de l’eau qui est lui-même abondé par la facture des usagers. La ville de Viry n’est donc pas impactée de près ou de loin par le financement de l’usine. Ensuite il s’agit de très long terme. Ramené au tarif au mètre-cube, l’amortissement de l’usine est négligeable et indolore pour les usagers qui ont vu leur facture d’eau baisser de façon considérable avec la mise en place de la régie. Il s’agit donc d’un choix, espérons-le, purement idéologique du maire de retourner dans le giron d’une multinationale en lui achetant l’eau. A moins que?

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