Que nous apprennent les scandales à répétition dans le domaine de l’eau?

Depuis plusieurs semaines, de nombreux médias consacrent articles, dossiers, émissions très documentées à de possibles scandales dans la gestion de l’eau…

Par Jacques Perreux, président du groupe écologistes et citoyen-nes du GrandOrly-Seine-Bièvre.

 

Eaux sales d’abord, autour de soupçons de corruption et d’attribution de marchés pour des centaines de millions d’euros. Au cœur de la tourmente le SIAAP( syndicat interdépartemental de l’assainissement de l’agglomération parisienne) et Véolia avec l’attribution successive de marchés à cette derniére pourtant concurrencée par des offres à chaque fois, des dizaines de millions moins élevés ! L’affaire semble grave au point que le préfet de région a suspendu l’exécution de ces contrats.

Cela fait suite à un autre scandale, cette fois dans le domaine de l’eau potable avec le SEDIF( syndicat des eaux d’ile de france ) , mis à jour par la Chambre régionale des comptes qui accuse Veolia d’avoir perçu un bénéfice annuel de 20 millions d’euros, trois fois supérieur au bénéfice admis dans le contrat. On sait que Véolia est coutumier du fait,un peu partout dans le monde, derniérement aux USA et en Roumanie. Souvent les soupçons tournent autour du financement de partis politiques.

Il est grand temps de s’interroger sur ces systèmes occultes qui permettent de tels détournements d’argent public.

Avec le SIAAP et Le SEDIF c’est le jeu : « Qui veut perdre des millions? »

Depuis des années, les militants de l’eau alertent et dénoncent que des sommes considérables sont extraites du service de l’eau quand l’eau est considérée comme une marchandise et non comme un bien commun.

Pour le seul poste eau potable on peut évaluer à 3000 euros le bénéfice versé par une famille de 4 personnes durant une vie aux actionnaires de la multinationale de l’eau.

Pour le poste assainissement selon les révélations de la presse ce serait au minimum un surcoût de 200 millions euros pour les 3 usines d’Achéres de Clichy la Garenne et de Valenton.

Des syndicats qui finissent par coûter plus cher au contribuable

Si on part du principe qu’ aucun des candidats à ces marchés, n’ a sous évalué ses prestations, ce sont donc des sommes faramineuses qui sont prises dans la poche des usagers de l’eau ( environ 100 euros par famille ).

Aucun élu soucieux de justice sociale et de la gestion rigoureuse de l’argent public ne devrait rester insensible à ces révélations.

Des syndicats qui finissent par être malsains

On peut remarquer plusieurs caractéristiques communes à ces scandales qui touchent ces syndicats .

Ce sont évidemment des syndicats de services public, mais qui tous délèguent la gestion au privé ou lui distribuent des marchés .

Ces syndicats sont normalement gérés et contrôlés par les élus qui ont été élus par la population précisément pour gérer les biens communs

Or à chaque fois qu’un scandale de détournement d’argent est découvert et révélé, ce ne sont jamais les élus qui le découvrent et le révèlent . Cela pose au moins une question . Comment se fait il que ceux et celles qui ont la responsabilité ne soient pas en en mesure de prévenir les dérives et le cas échéant de les découvrir ? En fait la grande majorité des élus qui siègent dans ces syndicat semblent hors course et dépossedés de leurs droits et pouvoirs.

En effet dans ces syndicats souvent énormes, les vraies responsabilités sont accaparées par une petite poignée d’élus. Et le plus souvent on retrouve les mêmes élus qui dirigent plusieurs syndicats comme le SIAAP le SEDIF ou le SYCTOM(les déchets )°

Ainsi André Santini, élu UDI est à la fois président du SEDIF depuis 35 ans et vice président du Syctom. Mais il n’est pas le seul.

Souvent ces personnes s’auto proclament doctement : Experts en gestion de l’eau ou des déchets…Ils sont surtout experts en capacité de faire prévaloir d’autres intêréts que ceux des citoyens usagers qu’ils sont censés représenter

Des syndicats qui finissent par être nuisibles

On nous dit que ces hyper syndicats nous font réaliser des économies d’échelles mais c’est tout le contraire qui se passe . Leur hyper puissance centralisée les met à l’abri des regards et permet non pas des économies mais des gâchis et détournements d’argent

On nous dit aussi que ces syndicats ont une telle force de frappe qu’ils peuvent être ainsi à la pointe du progrès et mettre en place des techniques innovantes . Regardons y de plus prêt

Mis à part quelques coups de communication, dans l’air du temps pour amuser la galerie

Le SIAAP promeut de façon obsessionnelle des gigantesques stations d’épuration trés coûteuses en fonctionnement qui accueillent et mélangent les eaux usées et les eaux pluviales… le plus souvent collectées et transportées séparément ! En cas d’orages ces stations pourtant surdimensionnées débordent et souillent le fleuve et les rivières . Il serait préférable de faire des mini stations de récupération d’eaux de pluie pour les rejeter dans le milieu naturel aprés un traitement léger et ainsi se contenter de stations d’épuration moins volumineuses

Dans le domaine de l’eau potable le SEDIF est loin derrière le service public de l’eau de Paris qui produit une eau de meilleure qualité et moins chère . Par exemple ce service public subventionne les paysans qui passent en agriculture biologique De cette façon les eaux souterraines ne sont plus polluèes par des pesticides et favorisent ainsi la santé et économisent les traitements nécessaires . Le SEDIF ne fait pas cela .

Dans le domaine des déchets c’est la même logique productiviste qui conduit le Syctom à construire une usine démesurément surdimensionnée pour brûler des déchets qui pourraient être , non produits ou bien recyclés et réutilisés favorisant ainsi des créations d’emplois, des économies de matière premières, et évitant ainsi le rejet de microparticules polluantes et toxiques dans l’atmosphére.

Le gigantisme n’est pas synonyme de progrès et encore moins de transparence.

A l’heure de la nécessaire construction métropolitaine, certains voudraient encore plus centraliser et faire grossir les syndicats existants . André Santini ne s’en cache pas et d’autres lui emboîtent le pas. Mais en quoi mutualisation et coopération devraient elles aboutir à des syndicats mastodontes incontrôlables et au bout du compte plus coûteux

On voit par exemple dans le domaine des cantines scolaires , des tendances à abandonner les cuisines locales pour des chaines industrielles qui obligent ensuite à du transport et donc à l’usage d’énergies fossiles et de barquettes plastiques contenant des perturbateurs endocriniens. Hors tant pour la qualité, que pour favoriser l’alimentation bio et l’approvisionnement en circuit courts, que pour être proches des jeunes consommateurs, une production dans une cuisine d’échelle raisonnable est à privilégier.

La mode du « toujours plus gros » ne repose sur rien, si ce n’est que des sommes colossales d’argent circulent sans être contrôlées par l’ensemble des élus

Les soupçons de corruption et la méfiance rejaillissent sur tous les élus qui n’y sont pour rien, mais qui parfois disons le ferment les yeux en considérant le phénomène comme fatal.

Des syndicats qui finissent par tuer la politique

On peut aussi énoncer une hypothèse c’est que dans certains partis, les quelques élus qui trustent les responsabilités dans les syndicats et sont dans le secret des dieux finissent par acquérir une position dominante et indélogeable et finissent par influencer voire dicter ce qu’est la politique de leur parti dans leur domaine de « compétence » Il est quand même assez paradoxal que ce soit dans les partis de gauche, particulièrement au Pcf censé lutter pour la gestion publique des biens contre et contre la dictature financière des multinationales, que l’on voit dans les villes qu’ils dirigent , une proportion de délégation de la gestion de l’eau et des dèchets au privé aussi importante!

Dans ces syndicats, le risque est grand- c’est un euphémisme- que la politique, les idées politiques laissent le pas à des consensus soit disant apolitiques mais dont on voit bien qu’en définitive ils servent le libéralisme. Alors qu’un syndicat intercommunal est fait pour donner plus de force et de moyens à chaque commune c’est le contraire qui se produit

De ce point de vue ce qui s’est passé au SEDIF est salutaire.

Plusieurs centaines d ‘élus écologistes et de gauche, municipaux et territoriaux des trois établissements de coopération intercommunale: Plaine Commune, Est Ensemble et le Grand Orly Seine Bièvre , ont fait irruption dans le débat sur la ré-adhésion ou non des villes de ces territoires au SEDIF

Encouragés et soutenus par de nombreux collectifs citoyens la très grande majorite des villes de gauche ont choisi de ne pas réadhèrer et ont obtenu deux ans pour réflèchir à des alternatives et rendre possible une gestion de l eau en régie directe

Certes nous ne sommes pas à l’abri de manoeuvres, de retournements de positions, de calculs qu’une délégation à la métropole de la compétence eau, éloignerait un peu plus les enjeux de l’eau du regard et de l’action des citoyens…

Mais à l’instar de ce qui s’est passé au SEDIF mais aussi sur la reconstruction de l’incinèrateur d’Ivry un mouvement est peut être enclanchè qui concerne tous les syndicats et leur fonctionnement.

Au vu des scandales à répétition ne serait il pas justifié et judicieux de former une commission d’enquête composée d’élus, de citoyens, de militants associatifs, de sages,qui travaillerait sur les causes des dérives, proposerait de nouvelles règles démocratiques pour que nos biens communs soient protégés

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