Sevran: une facture d’eau chaude à 1,2 million d’euros pour un trois-pièces HLM

La facture à sept chiffres pour un mois de consommation d’eau chaude a été reçue par un couple qui vit dans un trois-pièces HLM à Sevran (Seine-Saint-Denis). Publié dans Le Parisien le 24 mars.

À ce prix-là, on pourrait s’imaginer dans un complexe avec jaccuzi et hammam à volonté… Mais, non, la facture à sept chiffres pour un mois de consommation d’eau chaude a été reçue par un couple qui vit dans un trois-pièces HLM à Sevran (Seine-Saint-Denis), du haut de laquelle on peut par temps dégagé apercevoir la tour Eiffel, mais sans piscine à bouillons. «Quand j’ai reçu ça, j’ai appelé la Logirep (Ndlr : le bailleur social) pour demander si le monsieur qui avait envoyé ça n’était pas un peu fêlé», commente la destinataire qui sait bien qu’elle n’aura pas à régler ce million.

«Le compteur s’est mis à tourner à l’envers, au lieu d’avancer, il a retranché 7 m3arrivant sur 9 993… Cette facture fait partie d’anomalies que nous avons immédiatement rectifiées», réagit Eddy Bordereau, responsable à la Logirep, le bailleur. Dans cet ensemble d’un millier de logements du quartier Pont-Blanc, les vieux compteurs d’eau des années 1970 viennent d’être changés. Les nouveaux compteurs doivent permettre une facturation mensuelle, avec un système de «radio-relève», c’est-à-dire un relevé à distance. La cité englobe les tours de la cité haute, les petits immeubles de la cité basse et ceux des Erables dans le quartier Pont-Blanc.

 

«Comment peut-on envoyer des factures comme ça ?»

 

«Comment peut-on envoyer des factures comme ça ?», s’inquiètent plusieurs locataires, qui, en accord avec l’amicale, ont signé une pétition pour «désavouer les sommes demandées» ainsi que le procédé. «Vos services ne se sont visiblement pas inquiétés des montants exorbitants réclamés», dénoncent les pétitionnaires. Ils signalent des avis d’échéance «multipliés par 4 ou 5 allant jusqu’à 2 000 euros». En un week-end, la pétition a reçu près de 230 signatures.

 

Cité Haute à Sevran, dans le quartier Pont-Blanc

Cité Haute, Pont-Blanc. LP/C.S.

En 2016, le bailleur a procédé au changement de plus de 70 000 compteurs dans ses 35 000 logements. Et à Sevran, sur la totalité des factures adressées fin février, quatre « anomalies » auraient été identifiées et rectifiées. Mais lorsqu’on se promène dans le quartier, la protestation semble partagée. Une maman s’inquiète d’être passée de « 80 à 150 € » pour un foyer de trois personnes, tandis qu’une autre s’alarme de ne pas pouvoir constater elle-même le débit de son compteur. Car dans les tours, ils sont sur le palier, dans un local sous clé, tandis qu’à cité basse, ils sont dans les logements. «On ne peut même pas fermer le compteur si on part en vacances, imaginez qu’il y ait une fuite ?», s’inquiète déjà cette retraitée.

Pour le bailleur, le différentiel de facturation, en positif ou en négatif, peut aussi tenir au fait que certains compteurs n’ont pas été relevés pendant longtemps, pour ceux qui étaient dans les appartements. «Au remplacement de compteur, il peut y avoir des surprises», indique Eddy Bordereau, qui rappelle que certains locataires n’ont toujours pas permis aux techniciens de changer les compteurs malgré trois avis de passage et plusieurs propositions de rendez-vous. Les forfaits appliqués sont fonction de la typologie des appartements. Des retraités seuls dans un F 4, après le départ des enfants, se verront appliquer pour le moment un forfait plus élevé que leurs consommations. À la Logirep, on pense que tout rentrera dans l’ordre à la deuxième facturation. Les locataires seront en tout cas très vigilants.

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Quand les compteurs d’eau s’affolent

Aux Beaudottes, les locataires ont constaté que leurs nouveaux appareils affichent une consommation bien supérieure à la réalité. Et craignent de voir leurs factures exploser.Publié par Le Parisien en janvier 

Sevran, le 10 janvier. Pour confirmer ses soupçons, Karim a fait un test. Il a rempli un bidon de 20 litres, pour ensuite découvrir que le compteur en a enregistré 26 !

J‘ai peur que la facture ne soit salée… » Karim, un père de famille habitant la résidence HLM des Beaudottes, à Sevran, a découvert que lorsqu’il ouvre un robinet, son compteur tout neuf décompte bien plus d’eau qu’il n’en utilise ! Le delta est significatif. L’homme a fait un test enfantin pour confirmer ses doutes : « J’ai acheté un bidon de 20 litres. J’ai noté le chiffre indiqué sur mon compteur avant de remplir ce récipient avec de l’eau froide, dans ma douche. Une fois plein, j’ai regardé le compteur… Il avait décompté 26 litres ! » Pourtant, aucune fuite : quand les robinets sont fermés, le compteur ne tourne pas.

Aussitôt, Karim fait constater ces faits par un huissier. Chez huit de ses voisins — dont tous les compteurs ont récemment été changés par le bailleur Immobilière 3F—, le résultat du test est similaire. « Chez certains, la différence est encore plus importante », ajoute Karim.

Le bailleur promet un remboursement si le problème persiste

Outre le test du bidon, l’homme — qui vit dans un F4 avec sa femme et ses deux enfants — a pu constater, sur ses derniers relevés, une consommation en forte hausse depuis le changement de compteur. « Par exemple, entre juin et et octobre 2015, je suis censé avoir consommé 77 m3 d’eau froide. Mais avant le changement, nous avons consommé 160 m3 en un an ! » D’après lui, ce décalage avec la consommation réelle pourrait lui coûter… plus de 2 500 EUR sur sa prochaine facture annuelle !

De son côté, la 3F confirme avoir été alertée du problème. « Nous avons missionné un bureau d’études spécialisé, qui doit très prochainement aller faire un constat sur place », annonce une porte-parole du bailleur social.Qui précise aussi qu’un gardien de la résidence s’est déjà déplacé chez Karim, ainsi qu’un plombier, lequel a changé le mitigeur de la douche — « sans succès », précise le locataire. Par ailleurs, la 3F précise qu’outre les nouveaux compteurs, un système de radio-relevé a été mis en place, permettant de contrôler la consommation d’eau toutes les 48 heures, et «aucune surconsommation n’a été constatée ».

Reste que le bailleur prend l’affaire au sérieux. « Si le problème se confirme, nous rembourserons évidemment le locataire, en nous appuyant sur la consommation des années précédentes. Idem pour tous ceux ayant eu le même désagrément. Notre but est de les aider, pas de les faire payer plus », poursuit-on à la 3F.

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