Eau et municipales: retour sur l’enquête

Les 15 et 22 mars, ont eu lieu les élections municipales. C’est en anticipation de ces dernières que la Coordination EAU Île-de-France a mené l’enquête “priorités et engagement pour l’eau” afin de connaître et de faire connaître les positionnements des candidat.es sur les enjeux relatifs au domaine de l’eau. Une enquête analogue avait été menée en 2020. Pour l’édition 2026 de notre enquête, un rapport de restitution sera publié en plusieurs articles écrits par Ania Boukhalfa, stagiaire dans le cadre de l’enquête Municipales 2026: priorités et engagements pour l’eau. Ce premier article aborde l’objectif, la méthodologie, et les résultats de l’enquête

Dans le cadre de l’enquête, nous avons mis en place un questionnaire qui couvre six axes majeurs pour les citoyen.nes et qui relève des décisions municipales et intercommunales: « Pour l’eau publique », « Pour l’eau citoyenne », « Pour une eau accessible à tous.tes », « Pour une eau de la meilleure qualité », « Pour l’eau dans la ville » et enfin « Pour la sobriété ». Ces axes s’appuient sur des observations menées depuis plusieurs années ainsi que sur les témoignages de différents acteurs (citoyens, élus locaux, acteurs associatifs, collectivités territoriales), recueillis de manière formelle et informelle sur le long terme. Ils reposent également sur un ensemble de recherches documentaires conduites depuis plusieurs années dans le cadre de nos différentes publications et actions. 

Les six axes de l’enquête

« Pour l’eau publique » est un axe qui défend la reconnaissance de l’eau en tant que commun et promeut sa gestion publique de sa production à  sa distribution en passant par l’assainissement. Cet axe encourage à sortir des délégations de service public confiées à des entreprises privées dont les logiques financières peuvent contribuer à une gestion parfois opaque des réseaux, notamment en matière d’entretien, de vétusté des infrastructures et de renouvellement de ces dernières. Elle pose plus globalement la question du modèle de gestion de l’eau en défendant une politique tournée vers l’intérêt général plutôt que sur la recherche de profit. Quant à l’axe « Pour l’eau citoyenne », il est porté par la volonté d’une véritable transmission de l’information relative aux enjeux de l’eau vers les citoyens et de la favorisation d’un débat public autour de ces derniers. En ce qui concerne « Pour une eau accessible à tous.tes », il s’agit de questions de tarification de l’eau et de la garantie de son accessibilité en dépit des spécificités territoriales. Enfin pour l’axe « Pour une eau de la meilleure qualité » nous voulions recueillir les engagements des candidats sur les pollutions de l’eau causées notamment par les PFAS ou encore sur les microplastiques ou les polluants non testés. 

La diffusion du questionnaire

Concernant le procédé de diffusion du questionnaire, nous avons cherché à contacter le plus grand nombre possible de candidat·es ayant rendu leur candidature publique ces derniers mois en Île-de-France, ainsi que quelques candidat·es d’autres territoires par l’intermédiaire des associations partenaires de notre réseau. Les sollicitations ont été effectuées par courriel, via les adresses de contact disponibles sur les sites de campagne mais aussi via les réseaux sociaux, notamment Instagram ainsi que par l’intermédiaire de réseaux associatifs et militants locaux. Notre association s’inscrivant dans une démarche strictement apartisane, nous avons sollicité des candidat·es de l’ensemble du spectre politique tel que Les Écologistes (EELV / LE), La France insoumise (LFI), le Parti socialiste (PS), le Parti communiste français (PCF), Renaissance, Les Républicains (LR), l’Union des démocrates et indépendants (UDI), le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), Horizons, ainsi que de nombreuses listes citoyennes, d’union de la gauche, divers gauche, divers droite ou sans étiquette.

Au terme de la récolte de nos données nous avons reçu des réponses venant d’une cinquantaine de communes issues de l’ensemble des départements franciliens. La majorité des retours émane de candidat·es se réclamant de formations ou de listes situées à gauche, surtout de candidats LFI mais aussi de listes d’union de la gauche, divers gauche et écologistes. Cette tendance ne résulte toutefois pas d’un ciblage sélectif de notre part comme en témoigne notre méthodologie. En effet, des candidat·es appartenant à LR, Renaissance, l’UDI, Horizons ou à des listes divers droite ont également été sollicités dans de nombreuses communes telles que Paris, Neuilly-sur-Seine, Clamart, Meaux, Argenteuil, Saint-Ouen, Levallois, Plaisir ou encore Nanterre. La surreprésentation des réponses issues d’une certaine obédience politique s’explique sans doute par une plus forte convergence entre les revendications portées par notre questionnaire telles que la gestion publique, la transparence, la justice tarifaire, la protection de la ressource, la démocratie locale et les priorités affichées par ces listes.

Participation et mobilisation des candidat·es et des acteurs locaux 

À l’issue de notre campagne de sollicitation, nous avons reçu 62 réponses de candidat·es qui concernent 54 villes différentes. Les communes pour lesquelles nous avons obtenu des retours se répartissent sur 14 départements, principalement en Ile-de-France mais également dans quelques dépertements hors région comme l’Hérault, la Haute-Garonne ou le Rhône. Dans ces derniers cas, la démarche d’interpellations des candidats a été portée par des associations partenaires: Eau Secours 34, Eau Secours 31 et Eau bien commun Lyon Métropole, avec des questionnaires ad hoc dans le même esprit que le nôtre.

Nous observons une participation des candidat·es variable selon les territoires puisque, sur 62 réponses près des deux tiers proviennent de cinq départements d’Île-de-France, dont 10 du Val-de-Marne (94), 9 de la Seine-Saint-Denis (93), 8 de l’Essonne (91), 8 des Hauts-de-Seine (92) et 7 des Yvelines (78). Les trois autres départements franciliens n’ont fourni que 12 réponses, tandis que 8 réponses viennent de villes hors région. 

Nous pouvons expliquer ces disparités par plusieurs facteurs. Tout d’abord, il y a une corrélation manifeste entre la proportion de candidats contactés dans un département donné et le nombre de réponses reçues. Ainsi, pour le 94 et le 93 qui sont les deux départements pour lesquels nous avons enregistré le plus de retours, une liste des candidats par ville du départements avait été rendu publique sur les sites internet “ 94citoyens.com” et “93citoyens.com” ce qui nous avait permis de contacter un grand nombre de tête de liste. Avant ça nous nous étions appuyé sur le site “candidator” pour trouver des noms de candidats dans l’ensemble des département mais la liste proposée n’étant pas exhaustive les résultats n’ont pas été aussi concluants. 

De plus, même lorsque l’identité des candidat·es a pu être identifiée nous n’avons pas toujours pu les contacter, notamment lorsqu’ils/elles ne disposaient ni de site de campagne ni de page publique permettant l’envoi de messages privés sur les réseaux sociaux. Ainsi, par exemple, à gauche, que ce soit chez LFI, LE ou pour les candidat·es DVG, nous avons très fréquemment pu les contacter via Instagram par message privé, qu’ils/elles disposent ou non d’une adresse mail ou d’un site de campagne, sauf chez LO où nous n’avons pu contacter aucun·e candidat·e, quel que soit le moyen. Tandis qu’à droite, nous avons un peu plus souvent eu accès à un site de campagne lorsqu’il en existait mais dans le cas contraire, il a été beaucoup plus difficile de les contacter par message sur Instagram même lorsque leur page était publique. 

Enfin, dans certains territoires, la présence de relais associatifs ou militants a permis d’identifier plus facilement les candidat·es et d’obtenir davantage de réponses. On peut notamment citer les associations Eau publique Orge-Essonne et Eau Saint-Quentin-en-Yvelines qui sont membres de la Coordination EAU Île-de-France.. Comme mentionné plus haut, les départements de l’Essonne et des Yvelines font partie des cinq départements pour lesquels nous avons eu le plus de retours, derrière le Val-de-Marne et la Seine-Saint-Denis. On peut donc supposer qu’il existe un lien entre l’action de nos contacts militants locaux et le nombre plus important de réponses obtenues. La présence de collectifs locaux ou d’élu·es déjà impliqué·es dans les questions de l’eau a également pu favoriser les réponses.

Évidemment, nous avons à l’esprit que d’autres facteurs que nous ne pouvons pas établir empiriquement ont également influencé le nombre de réponses obtenus. Nous supposons que pour un certain nombre de candidats et de listes, il y a eu des enjeux de temps et de moyens notamment dans les petites communes ou pour les listes nouvelles liste citoyennes. Nous supposons également que sur certains territoires  où la compétition électorale est plus forte, les candidat·es peuvent être plus enclins à répondre à des questionnaires associatifs afin de rendre visibles leurs positions, de marquer les différences au niveau des programmes  et d’affirmer leur engagement sur les enjeux écologiques. À l’inverse, sur les territoires politiquement plus stabilisés, voir ou il n-y-a qu’une seule liste qui se présente la participation peut être plus faible puisque jugée moins utile par les candidats et équipes de campagne.

2020 vs 2026: qu’est ce qu’on peut retenir?

Faisons une rapide analyse comparative par rapport aux municipales de 2020. On constate que le nombre de réponses et l’étendue des territoires couverts ont augmenté. En effet, en 2020, 49 listes avaient répondu dans 25 villes avec une forte concentration sur certains territoires comme Est Ensemble et Plaine Commune. Cette année, nous avons reçu 62 réponses concernant 54 villes ce qui montre que le questionnaire a touché un périmètre plus large y compris au-delà de l’Île-de-France. Comme en 2020, la participation varie beaucoup selon les territoires et elle est généralement plus forte là où existent des relais associatifs ou des réseaux mobilisés sur les enjeux de l’eau même si l’on observe qu’elle a diminué dans certains territoires où les mobilisations locales étaient déjà actives. Ainsi, sur le territoire d’Est Ensemble, la participation était plus importante en 2020 qu’en 2026 même si elle reste plus forte que sur d’autres territoires comme on l’a dit mais on peut l’expliquer par le contexte politique. En effet, en 2020 il y avait un fort enjeu autour de la création de la régie publique de l’eau ce qui représentait un sujet structurant des débats locaux, tandis qu’en 2026 la régie ayant été créée, l’enjeu apparaît moins visible politiquement, ce qui peut expliquer une mobilisation moindre des candidat·es sur ce sujet. On peut en déduire que la participation des candidat·es dépend en partie de l’actualité politique locale et donc du caractère structurant ou non des enjeux liés à l’eau dans la campagne municipale.

Pour conclure, on peut en déduire que la participation des candidat.es dépend en partie de l’actualité politique locale et donc du caractère structurant ou non des enjeux liés à l’eau dans la campagne municipale. On peut aussi et surtout constater que l’évolution de la participation des candidat.es à notre initiative démontre d’une part l’intérêt croissant pour les questions liées à l’eau et d’autre part une capacité renforcée de la Coordination EAU Ile-de-France à atteindre des zones moins couvertes auparavant.



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