« En sept ans, le modèle d’Eau de Paris a fait ses preuves »

Celia Blauel

« Nous avons réussi à gagner en productivité et à diminuer le prix de l’eau potable de 8 %, lors de la remunicipalisation », rapporte Célia Blauel. © Patrick Sordouillet

L’entreprise publique, créée en 2010, lance une nouvelle campagne de communication illustrant ses liens quotidiens avec les Parisiens et son « positionnement unique » en tant qu’actrice de la métropole et des territoires durables. Les explications de Célia Blauel, présidente d’Eau de Paris, dans le journal du Grand Paris.

La ville de Paris a repris en régie les production et distribution d’eau potable depuis 2010. Qu’est-ce qui a changé depuis sept ans ?

Pour la ville de Paris, la création de l’entreprise publique Eau de Paris en 2010 a d’abord été un choix philosophique. L’eau est un bien commun. Sa gestion doit être guidée par la seule boussole de l’intérêt général. Depuis sept ans, l’entreprise a fait la preuve que son modèle – fondé sur une haute qualité de service, un prix de l’eau maîtrisé, une gestion durable du patrimoine, une transparence accrue vis-à-vis de l’usager et une politique sociale active – est parfaitement efficient. Par ailleurs, dotée d’ambitieuses stratégies énergie/climat, de protection de la ressource et de la biodiversité, Eau de Paris est désormais reconnue comme un acteur majeur de la transition écologique des territoires. Notre modèle est devenu une référence, en France comme à l’international.

Eau de Paris vante son modèle intégré, couvrant la filière amont et aval de la gestion de l’eau. Quel est l’intérêt ?

La maîtrise de l’ensemble de la filière, depuis le captage jusqu’au robinet de l’usager, est pour nous essentielle. En assurant l’ensemble du processus de production et de distribution d’eau potable à nos trois millions d’usagers quotidiens, nous avons réussi à gagner en productivité et à diminuer le prix de l’eau potable de 8 %, lors de la remunicipalisation. Ce choix a également donné l’assurance d’une meilleure maîtrise technique de la filière. En internalisant les expertises, Eau de Paris a diversifié et approfondi ses savoir-faire afin de répondre aux problématiques de chaque territoire ainsi qu’aux évolutions des attentes des consommateurs.

Pourquoi avoir adopté un plan climat énergie en 2016 ?

La réalité du changement climatique ne fait aujourd’hui plus de doute. La COP21 et l’« Accord de Paris pour le climat » de décembre 2015 ont marqué un tournant historique. N’en déplaise à certains chefs d’Etat assez irresponsables, les temps ne sont plus aux diagnostics et aux discours mais aux engagements concrets et à l’action. En tant qu’acteur industriel important du territoire francilien, Eau de Paris est porteur d’une responsabilité sociale et environnementale. D’autant plus que la ressource en eau est au cœur des enjeux climatiques, comme le rappelle à juste titre l’Agence de l’eau Seine Normandie. Le plan climat énergie d’Eau de Paris est assorti de cibles ambitieuses à l’horizon 2020 : réduire de 15 % les émissions de gaz à effet de serre, de 12 % la consommation énergétique, consommer 95 % d’énergie renouvelable… Ce plan d’actions permettra à Eau de Paris de réduire son empreinte environnementale. Il comprend également des mesures d’adaptation au changement climatique, visant à assurer une gestion économe des ressources en eau, à développer l’eau et la nature en ville, et à garantir l’approvisionnement des usagers en eau en cas d’événements climatiques exceptionnels, comme la crue que nous avons connue l’an dernier.

Eau de Paris a inauguré, début 2017, sa première centrale de géothermie dans la ZAC des Batignolles. Une diversification de son activité ?

Plus qu’un service d’eau potable, Eau de Paris est aujourd’hui un acteur de la transition écologique de Paris, de la métropole et du bassin Seine Normandie.
La diversification de ces activités en faveur de la protection des ressources naturelles et de la lutte contre le dérèglement climatique est dans l’ADN de l’entreprise publique. Le développement de la production d’énergies renouvelables (puits géothermiques, panneaux photovoltaïques, etc.), la protection de la ressource en eau et de la biodiversité (valorisation de l’agriculture biologique, restaurer les continuités écologiques, etc.) ou le maintien du réseau d’eau non potable pour rafraîchir la ville sont autant d’actions qui marquent notre volonté d’agir pour répondre aux défis liés au changement climatique.

La régie Eau de Paris a-t-elle vocation à ne distribuer de l’eau qu’aux Parisiens ?

Par son schéma d’approvisionnement et des implantations disséminées bien au-delà de l’Ile-de-France, Eau de Paris est actuellement présente sur plus de 30 % des communes du Grand Paris. Nous sommes d’ores et déjà un acteur métropolitain de l’eau, aux côtés des autres grands opérateurs, mobilisés sur des enjeux d’intérêt général comme la sécurisation de l’approvisionnement, mais aussi en cas de gestion de crise ou plus globalement en matière de protection de la ressource. Nos capacités de production et l’implantation de nos installations nous mettent en mesure de proposer des partenariats et, le cas échéant, la fourniture d’eau et de services aux collectivités qui le souhaitent.

A l’heure de la construction de la métropole du Grand Paris, quels sont les enjeux en matière d’eau ?

L’avenir des services publics de l’eau potable dans le cadre de la réforme territoriale est un sujet aux dimensions tant économiques que sociales et environnementales. Un partenariat efficace entre collectivités permettrait de renforcer les coopérations sur les sujets d’intérêt commun à l’échelle de la métropole et du bassin, telles que les actions de surveillance et de protection de la ressource, de sécurité de l’alimentation en eau en cas de crise (sécheresse, inondation, pollution etc.) et de développement durable des territoires (préservation de la ressource, de la biodiversité, du climat etc.). Mais c’est aussi un sujet profondément politique. La réforme donne aux élus des établissements publics territoriaux, comme à ceux des EPCI de grande couronne, des compétences nouvelles, à des échelles qui permettent une vision plus large et une action plus cohérente en matière de gestion de l’eau.

La loi NOTRe prévoit que les nouveaux territoires du Grand Paris, d’ici à fin 2017, et les agglomérations, d’ici à 2020, se prononcent sur le mode de gestion de l’eau, DSP ou régie. Pensez-vous que de nouvelles régies pourraient naître à cette occasion ?

La loi NOTRe offre une belle opportunité pour les élus qui peuvent se réapproprier un sujet majeur qu’ils ont parfois transféré et délégué à d’autres depuis plusieurs décennies. La gestion publique de l’eau telle qu’Eau de Paris l’incarne n’est plus une exception mais un modèle qui a montré toute sa pertinence. Certains élus de la métropole manifestent leur intérêt pour développer une coopération plus étroite et se saisir vraiment des moyens nouveaux que leur donne la réforme territoriale. Je ne peux que m’en féliciter.

Les réseaux existants construits depuis certaines unités de production ne freinent-ils pas les possibilités de changement, sauf investissements considérables ?

Il appartient aujourd’hui à chaque territoire de mener cette analyse, car il n’existe pas de réponse univoque à la diversité des situations qui peuvent se rencontrer localement. Mais ce que l’expérience de remunicipalisation parisienne a montré, c’est le besoin des élus d’exercer pleinement leurs responsabilités vis-à-vis des usagers, et d’être en prise directe avec les choix qui fondent un service public aussi essentiel que celui de l’eau potable, et qui ne peut être réduit à des enjeux techniques. Et s’agissant de la question des investissements « considérables » qu’on oppose à tout changement, permettez-moi de m’interroger à mon tour sur les impacts qu’auraient sur le prix de l’eau les travaux majeurs que propose le Sedif, avec des rings de l’eau aussi coûteux qu’inutiles à mes yeux.

Que devient le projet d’Assises métropolitaines de l’eau ?

La dynamique métropolitaine encourage les élus à envisager ensemble l’avenir de la gestion et de la gouvernance de l’eau. La première conférence métropolitaine qu’avait initiée Paris en 2013 avait mis en lumière nos défis communs : la gestion équilibrée de la ressource et des milieux, la garantie d’un accès équitable à l’eau dans des conditions économiquement acceptables pour tous, la durabilité et la résilience de nos territoires. Il y a quelques mois, Anne Hidalgo s’est rapprochée des présidents des grands syndicats d’eau potable pour qu’ils engagent ensemble une réflexion, dans le prolongement de cette première conférence. Ces séances de travail devraient prochainement déboucher sur un partenariat formalisé, pour conduire des études et organiser ensemble de nouvelles Assises de l’eau.

 

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