Engagements au fil de l’eau

Suite à l’enquête “priorités et engagement pour l’eau”, voici la seconde partie du rapport de restitution rédigé par Ania Boukhalfa, étudiante en master de Sociologie parcours Politiques territoriales et stagiaire dans notre association.  Cet article analyse dans un premier temps les réponses des candidat.e.s devenu.e.s maires. Puis dans un deuxième temps, il opère un focus sur le programme eau de LFI afin de mettre en perspective les engagements de leurs têtes de listes avec ceux de notre association. Enfin l’article dézoome sur les principales positions tenues par nos répondants. 

 Focus sur les candidat·es devenus maires 

Nous tenons tout d’abord à féliciter les candidat·es ayant répondu à notre questionnaire et qui ont depuis été élu·es maires de leur commune : Edouard Denouel à Bagnolet, Azzedine Taibi à Stains, Sofienne Karroumi à Aubervilliers, François Morton à Guyancourt, Aly Diouara à La Courneuve ainsi que Sophie Pascal-Lericq à Arcueil. Nous sommes heureux d’avoir pu recueillir leurs positions sur les enjeux de l’eau en amont de leur élection et leur participation à notre initiative montre l’intérêt qu’ils et elles portent à ces sujets essentiels pour les territoires.

Ceci étant dit, il s’agit maintenant de proposer une courte analyse des réponses de ces nouveaux et nouvelles maires.

Ce qui ressort globalement de leurs réponses est une forte convergence entre les valeurs qu’ils et elles revendiquent et celles portées par la Coordination EAU Île-de-France. On observe également que plusieurs réponses ne se limitent pas à des positionnements de principe mais présentent des positions parfois structurées, accompagnées de propositions concrètes.

Un premier élément qui ressort des réponses concerne le soutien au développement de la gestion publique de l’eau. Aly Diouara (La Courneuve) défend par exemple une gestion 100 % publique avec implication citoyenne et évoque la nécessité de « rendre effectif le droit à l’eau […] par la gratuité des mètres cubes indispensables à la vie digne ». De son côté, Édouard Denouel (Bagnolet) se positionne également en faveur du développement de l’eau publique mais en l’inscrivant davantage dans les dynamiques territoriales existantes, notamment à travers le développement de la régie d’Est Ensemble et la coopération avec Eau de Paris afin de « se dégager de l’emprise du privé ». François Morton (Guyancourt) apporte quant à lui une réponse sur les enjeux de gouvernance en insistant sur les questions de transparence dans l’attribution des marchés de l’eau. Il estime notamment que certaines décisions relèvent davantage de choix politiques que techniques, indiquant que « tout laisse donc à penser à une décision idéologique et dogmatique » à propos du renouvellement d’une délégation de service public.

Au-delà de leur positionnement sur la gestion publique, plusieurs maires détaillent également des mesures concrètes sur d’autres enjeux soulevés par notre questionnaire. Ainsi, concernant la tarification de l’eau, François Morton met en avant son action contre des inégalités tarifaires affectant les habitants de logements collectifs. Il explique que l’ancien système conduisait à ce que « à consommation égale, les habitants de logements sociaux paient plus cher chaque m³ consommé que ceux résidant dans des pavillons individuels » et indique avoir obtenu la suppression de ce dispositif à partir de 2027. Aly Diouara évoque pour sa part des mesures structurelles comme la gratuité des premiers mètres cubes et l’interdiction des coupures d’eau. Sofienne Karroumi se positionne également en faveur d’une tarification sociale incluant une première tranche gratuite financée par la collectivité tout en rappelant les contraintes existantes liées aux structures intercommunales de gestion.

Par ailleurs, sur les enjeux de sobriété, plusieurs réponses attirent l’attention sur des problématiques très concrètes ainsi que sur les moyens d’y répondre. Édouard Denouel alerte par exemple sur l’enjeu très actuel que représente l’impact des data centers sur la ressource en eau et en soulignant que « ces installations […] entraînent une consommation effrénée d’eau potable […] de nature à inverser les bons résultats obtenus en matière de sobriété ». Aly Diouara met quant à lui l’accent sur la réduction des fuites dans les réseaux avec l’objectif de diviser leur volume par deux. Azzedine Taibi (Stains) insiste également sur la nécessité de lutter contre le gaspillage et rappelle que l’eau doit avant tout être considérée comme une ressource répondant à des besoins essentiels.

Enfin, plusieurs maires expriment leur soutien à une implication plus importante des citoyens dans la gestion de l’eau. Aly Diouara propose par exemple la mise en place d’instances de co-gestion citoyenne, tandis qu’Édouard Denouel soutient l’idée d’un forum citoyen de l’eau et que Sofienne Karroumi se déclare lui aussi favorable à l’existence d’espaces de débat citoyen sur ces questions.

En sommes, ces réponses montrent donc non seulement une forte proximité avec les orientations défendues par la Coordination EAU Île-de-France mais aussi que des élu·es semblent prêts à porter concrètement certains de ces enjeux dans leurs politiques locales.

Focus sur le programme Eau de LFI

Comme évoqué lors de l’analyse des résultats du questionnaire, la majorité des réponses reçues sont venues de candidat.e.s de gauche et énormément des têtes de listes répondantes sont notamment issues du parti politique La France Insoumise. Et pour cause, après analyse des formulaires des candidats de ce parti, nous avons observé une importante récurrence des réponses “Tout à fait d’accord”. 

C’est pour cette raison que nous avons pensé qu’il serait pertinent de vous proposer une analyse du Plan Eau de LFI et de soulever les convergences et divergences de leur programme avec les positions portées par notre questionnaire. 

Avant toutes choses, il convient de préciser que pour le commentaire qui va suivre nous nous somme basés strictement sur la lecture du programme de LFI et sur les points soulevés par notre questionnaire mais que les candidats LFI ont pu se positionner en faveur de certaines positions de notre questionnaire qui ne sont pourtant pas évoquées (ou pas explicitement de la même façon) par le programme de leur parti et que de même la Coordination peut défendre des positions portées par le programme de LFI sans pour autant qu’elles aient été mentionnées spécifiquement par le questionnaire.  

Commençons par “Pour l’Eau Publique”: dans cet axe de notre questionnaire il s’agissait de réaffirmer l’eau en tant que « commun » dont la gestion ne devrait pas être guidée par la recherche du profit et d’interroger les candidats sur la mesure dans laquelle ils/elles seraient prêts à se positionner en faveur d’une gestion publique de l’eau potable et de l’assainissement et des eaux pluviales. 

À ce niveau, si on se réfère à leur programme LFI est clairement alignée avec l’idée d’une gestion publique. Pour les citer, ils ajoutent que “dans chaque bassin de vie verront le jour des comités locaux de co-gestion publique et citoyenne de l’eau comme seuls opérateurs. Nous accompagnerons une sortie en 5 ans des 6 300 contrats privés de délégations de service public. »

On peut dire que cette proposition correspond directement à la logique du questionnaire de  « L’eau est un « commun » dont la gestion ne peut être guidée par la recherche du profit. » ainsi qu’à la revendication de la considération de l’eau “comme un bien commun devant être géré de manière collective » portés par la Coordination. Il faut également souligner que LFI parle de cogestion publique et citoyenne de l’eau ce qui représente une participation approfondie des citoyens qui serait un complément essentiel à la régie publique de l’eau soulevée par le questionnaire, même si, dans leur programme, ils ne prennent pas d’engagement explicite ni sur la gestion 100% publique de l’eau ni sur la fin totale des délégations de service privé.  

Le point sur l’eau publique touchant à sa fin, une ouverture sur notre angle “Pour l’eau citoyenne” se dessine. En effet, encore une fois nous pouvons observer une convergence des positions entre le programme de LFI et notre questionnaire notamment sur la volonté globale de mettre en place des dispositifs permettant une meilleure inclusion des usagers et des acteurs associatifs au débat public et aux prises de décision, ainsi qu’une meilleure transparence de l’information des institutions vers les citoyens. En revanche, une différence intéressante est à noter, puisque notre questionnaire propose des assemblées citoyennes ouvertes tandis que LFI propose une gouvernance intégrée dans les structures ce qui correspond davantage à un modèle de démocratie institutionnelle intégrée contrairement à notre proposition qui renvoie à un modèle de démocratie participative ouverte. Au final, on peut expliquer ces divergences par les différences inhérentes qui existent entre un parti politique comme LFI et une association telle que la Coordination EAU Ile-de-France. En ce sens, il est évident que LFI privilégie la transformation des institutions plutôt que des espaces participatifs indépendants ce qui n’empêche pas la congruence de nos valeurs en matière de participation citoyenne. 

À présent, “Pour l’eau accessible à tous”. On constate une connivence au niveau des valeurs de progressivité, de différenciation et de sobriété. En effet, les deux côté parle de tranche gratuite, du côté de la coordination sous forme d’interrogation par rapport à un ensemble de proposition de possibilités et du côté de LFI en tant que proposition claire de tarification sociale puisqu’ils disent vouloir « Rendre effectif le droit à l’eau par la gratuité des mètres cubes indispensables à la vie digne et la gratuité des compteurs aux domiciles principaux en supprimant les abonnements ». Pour les autres questions d’accessibilité soulevées par le questionnaire, LFI propose d’ »Établir une tarification progressive et différenciée pour pénaliser les mésusages. » et va même plus loin en disant que:  « L’usage de l’eau ne sera pas tarifé dans les mêmes conditions selon qu’il s’agisse d’une résidence principale ou secondaire […] ou d’une entreprise ».

Concernant l’angle, “pour une eau de meilleure qualité”, en revanche, si on voit que LFI parle d’ « augmenter les effectifs de la police de l’eau pour contrôler plus strictement les prélèvements et empêcher les pollutions industrielles ou agricoles. », on observe qu’il n’y a pas de mention des PFAS, microplastiques, pesticides ou captage captages dans leurs programmes bien qu’il s’agisse d’enjeux actuels, majeurs pour les collectivités et pour les usagers. 

“Pour l’eau dans la ville”, là encore, LFI parle bien de “maîtrise” locale du cycle de l’eau “à partir des bassins versants », ce qui pourrait partiellement correspondre aux revendications de la Coordination EAU Ile-de-France mais les notions de “désimperméabilisation”, de “renaturation”, de “solutions fondées sur la nature” ou de “gestion pluviale urbaine” semblent manquer à leur programme, hors il s’agit d’éléments importants portés par notre association et soulevés par notre questionnaire. Il semblerait que leur programme bien que très structuré institutionnellement demeure peu précis sur l’adaptation urbaine concrète.

On notera tout de même que pour les parties “eau de meilleure qualité” et “eau dans la ville”  que malgré que certains points centraux du questionnaire ne figurent pas au programme de LFI, les candidats ayant répondu tiennent tout de même des positions similaires à celles de la Coordination. 

Enfin, “pour la sobriété”, LFI et la Coordination s’accorde globalement sur le principe de gestion durable de la ressource en eau mais divergent sur la manière d’y parvenir. En fait, LFI privilégie une régulation structurelle tandis que la Coordination s’oriente vers une mobilisation plus axée sur la sensibilisation. Ces deux démarches ne sont pas opposées bien au contraire, elles sont complémentaires. Par ailleurs, nous défendons une régulation structurelle sur d’autres points, notamment dans notre questionnaire dédié aux candidats d’ Est-Ensemble qui soulevait le problème des datas centers. 

En conclusion, le programme de LFI rejoint dans l’ensemble, les positions portées par la Coordination EAU Ile-de-France sur les principes. Dans les faits, on constate une forte convergence sur la gestion publique de l’eau, l’eau comme bien commun, la tarification sociale et progressive, une gouvernance plus démocratique avec une plus grande implication des usages et sur la transparence. Toutefois, ce programme très structurant sur la gouvernance institutionnelle semble moins opérationnel sur le plan local. Cela s’observe notamment par un alignement plus partiel sur d’autres aspects de notre questionnaire tels que la participation citoyenne ou la sobriété. Certains aspects du programme de LFI constituent tout de même des points morts comme la question des polluants ou plus largement sur l’eau dans la ville. 

Dé-zoom sur les positions des candidats 

Dans cette partie nous allons brièvement synthétiser par axe du questionnaire les différents positionnements des candidats afin de vous permettre en tant que lecteur d’avoir une vision globale des enjeux qui ont suscité les engagements les plus appuyés. Nous avons fait le choix de prendre en compte uniquement les réponses rédigées pour resserrer notre analyse sur les engagements marqués et éviter de nous attarder sur les réponses “de principe”. Nous avons également, uniquement pris en compte les réponses des candidats hors LFI pour ne pas faire de redite par rapport à notre précédente analyse. 

“Pour l’eau publique” , est l’axe du questionnaire qui a suscité le plus de réponses développées et les plus grands écarts en termes de vision et de proposition concrètes. En effet, un certain nombre de candidats ont semblé tenir une position assez nuancée ou non arrêtée. Pour une partie d’entre eux, la question du public ou du privé n’est pas centrale et ne représente qu’un moyen d’arriver à un certain résultat, ils préfèrent alors fonder leur choix sur l’efficience et déclarent souvent vouloir se positionner ultérieurement, après évaluation de cette dernière. Pour les autres, si leur positionnement sur le choix du privé et du public n’est pas clair, ils priorisent d’autres facteurs environnants comme la mesure dans laquelle la commune pourrait être impliquée ou non dans les processus décisionnels. La majorité des candidats, en revanche, défendent explicitement une gestion publique de l’eau même si les modalités diffèrent les unes des autres en fonction de leurs obédiences politiques et des problématiques spécifiques à leurs territoires.  

De même, “Pour l’eau citoyenne”, les répondants de notre questionnaire sont quasiment unanimes sur la nécessité de mieux intégrer les citoyens mais ont des opinions parfois drastiquement différentes sur la manière d’y arriver. 

Ainsi, parmi les solutions proposées nous avons recensé entre autres: la sensibilisation des usagers, le dialogue inter-acteurs, des commissions municipales de suivi de l’eau incluant les citoyens, et bien d’autres allant jusqu’à la prise en charge complète de la gestion de l’eau par les citoyens. 

Maintenant, “Pour l’accessibilité”, il y a une récurrences des réponses proposant la gratuité de certaines tranches allant pour certains candidats jusqu’à la gratuité pure et simple de l’eau pour les particuliers. Nous avons également observé plusieurs réponses allant dans le sens de la progressivité des tarifs ou encore de la différenciation entre usage par les particuliers et usage par les industriels.

Quant à l’eau en ville, les réponses étaient plus mitigées. Premièrement, parce qu’en comparaison à d’autres axes comme “pour l’eau publique” et pour “l’eau citoyenne” il à globalement suscité moins de réponses, probablement par manque de connaissance ou d’intérêt des candidats pour cette question. Secondement, nous avons, dans notre questionnaire, soulevé des enjeux très spécifiques tels que la désimperméabilisation des sols et la gestion des eaux pluviales ce qui a eu pour effet d’avoir soit des réponses par principe idéologique explicitement favorables avec peu d’élaboration concrète, ou alors quelques réponses favorables un peu plus nuancées avec des précisions liées aux réalités du terrain. 

Enfin, l’axe “Pour la sobriété” met en évidence une convergence assez forte des répondants autour de la nécessité d’une gestion plus collective et anticipatrice de la ressource en eau dans un contexte de changement climatique. Par ailleurs, on observe que plusieurs candidats insistent sur l’importance d’une meilleure coordination entre les différents acteurs et sur l’organisation d’États généraux de l’eau qui est une solution soulevée par notre questionnaire.

Que peut-on retenir ?

En somme, l’analyse des engagements pris par les candidat·es montre une convergence globale autour des grands principes portés par la Coordination EAU Île-de-France, notamment sur la gestion publique de l’eau, son accessibilité, la participation citoyenne et la nécessité d’une gestion plus sobre de la ressource. Si les réponses montrent des différences dans les approches et dans le niveau de précision des propositions, elles témoignent néanmoins d’un intérêt réel pour ces enjeux et d’une prise de conscience de leur importance à l’échelle locale.

Bibliographie de l’article:

Coordination EAU Île-de-France, Municipales : elles et ils s’engagent pour l’eau !, article en ligne, 2 mars 2026. Disponible sur : https://eau-iledefrance.fr/municipales-elles-et-ils-sengagent-pour-leau

La France insoumise. L’eau, notre bien commun. Livret thématique du programme L’Avenir en commun. Disponible en ligne : https://programme.lafranceinsoumise.fr/livrets/eau-bien-commun/

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