Le service public est notre meilleure arme

« Pour mener la transition et faire face aux défis de demain », un collectif d’élus, de chercheurs, de syndicalistes appelle à une refondation du service public. En s’appuyant sur une relocalisation, il affirment que « le secteur public peut être largement plus efficace et innovant que le secteur privé, et qu’il est le mieux placé pour répondre aux défis de long terme auxquelles nos territoires sont confrontés ». Une tribune co-signée  par Jean-Claude Oliva, directeur de la Coordination EAU Île-de-France.

L’épidémie du Covid-19 a mis le service public au centre de toutes les attentions. Le service public hospitalier et les personnels soignants ont été en première ligne face à la crise sanitaire. Les services essentiels et leurs agents ont assuré le bon fonctionnement de notre société et de notre économie durant le confinement, de manière plus visible que jamais. Ce dernier a été l’occasion de rappeler à quel point ces tâches essentielles étaient souvent déconsidérées et mal rémunérées.

Malheureusement, l’épidémie a aussi mis en lumière combien ce service public a été mis à mal depuis des années. Les effets du manque de moyens, de la soumission à des logiques gestionnaires à courte vue, de la dépendance envers le secteur privé pour des fonctions et des équipements essentiels se sont étalés sous les yeux de tous.

C’est pourquoi beaucoup aujourd’hui, y compris semble-t-il au sommet de  l’État, en appellent à un « retour » de la puissance publique.

Parce qu’il n’est pas obnubilé par la quête de profits et le besoin de rémunérer ses actionnaires, et parce qu’il inscrit par nature son action dans le long terme et au service de toutes et de tous, un secteur public fort, au niveau local comme au niveau national, est en effet la meilleure arme dont nous disposions pour faire face aux crises futures.

Il a aussi vocation à jouer un rôle central dans les efforts de reconstruction qui font suite à la crise sanitaire, si l’on veut qu’ils entraînent une véritable transition écologique et solidaire. C’est lui qui fait notre véritable richesse collective.

Si, comme cela semble être le cas aujourd’hui, il s’agit simplement sous couvert de « retour de l’État » de flécher davantage d’argent public vers le secteur privé (y compris de grandes entreprises à capitaux partiellement publics), avec des contreparties minimales pour ne surtout pas effrayer les investisseurs, nous risquons fort de nous retrouver encore plus démunis.

Une action publique efficace et légitime repose sur quelques piliers simples, que l’austérité et la foi aveugle dans le marché semblent avoir fait oublier à nos dirigeants.

Le premier est de disposer d’une expertise publique indépendante et de qualité, conditions indispensables de maîtrise et de vision stratégique. Malmenée par les coupes budgétaires et par la bureaucratie managériale, cette expertise a fait défaut, ou n’a pas été entendue par le pouvoir exécutif à l’approche de l’épidémie.

Le deuxième est que l’action publique se construit avant tout sur le terrain, à travers les agents qui l’incarnent, avec les usagers et citoyens, et avec les autres acteurs de la société. C’est la condition de son efficacité comme de sa légitimité.

La « verticalité » revendiquée aujourd’hui, appuyée sur les conseils de comités d’experts ad hoc, d’industriels et de cabinets de consultants, n’est qu’un pauvre cache-sexe de l’incapacité de l’État. Plus le service public de demain sera démocratique, plus il sera en phase avec nos vrais besoins à court et à long terme.

Cette refondation du service public n’est pas qu’un vœu pieux. Elle est déjà en cours un peu partout dans le monde, principalement (mais pas seulement) au niveau local. Un ouvrage publié par une coalition d’organisations de la société civile, de syndicats, d’élus et de chercheurs a dénombré 1400 exemples de « remunicipalisations » de services publics dans 58 pays, dans des secteurs aussi divers que l’énergie, les déchets, les services de soin ou l’internet haut débit. Ce mouvement existe en France notamment dans le secteur de l’eau, mais aussi dans celui des cantines scolaires et d’autres services publics.

Au centre de ces initiatives, on retrouve souvent justement l’aspiration d’élus et de citoyens à « reprendre le contrôle » et à assurer la résilience écologique, sociale et économique de leurs territoires, en réinvestissant les revenus générés par le service pour assurer sa durabilité de long terme et son accessibilité à tous plutôt que de les reverser à de lointains actionnaires, ou encore en faisant appel à des fournisseurs locaux ou des structures de l’économie sociale et solidaire plutôt qu’aux filiales de grands groupes.

Ces expériences sont donc bien davantage qu’une réaction face aux abus et aux défaillances de prestataires privés. Elles sont une affirmation que, contrairement à la doxa de ces dernières années, le secteur public peut être largement plus efficace et innovant que le secteur privé, et surtout qu’il est le mieux placé pour répondre aux défis de long terme auxquelles nos nations et nos territoires sont confrontés : défis écologiques, mais aussi de cohésion sociale, de résilience économique, et de responsabilité démocratique.

Parmi les signataires: Maxime Combes, économiste et porte-parole d’Attac, Elisabeth Dau, Mouvement Utopia et CommonsPolis, David Flacher, économiste et porte-parole du Mouvement Utopia, Olivier Petitjean, coordinateur de l’Observatoire des multinationales, Anne Le Strat, ancienne adjointe au maire de Paris et ancienne présidente d’Eau de Paris, Christophe Lime, président du réseau France Eau Publique et adjoint au maire de Besançon, Tony Bernard, maire de Châteldon, Olivier Bertrand, Président de la Société Publique Eaux de Grenoble Alpes, Eric Piolle, maire de Grenoble, Philippe Rio, maire de Grigny, Vice Président Grand Paris Sud Seine Essonne Sénart, Gabriel Amard, coprésident d’Eau Bien Commun France, Jérôme Gleizes, conseiller de Paris et économiste à l’université Paris 13…

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