« Plus il y a d’arbres en ville mieux l’on se porte »

Président de l’association A.R.B.R.E.S et professeur agrégé de sciences naturelles, Georges Feterman anime régulièrement des sorties ouvertes à tous pour apprendre à mieux connaître la nature grand-parisienne. Ce sera le cas samedi 9 mars à la corniche des forts à Romainville. Un article de Mona Prudhomme dans Enlarge your Paris. Lire aussi l’article du Parisien sur la mobilisation persistante pour sauver la forêt. Et passez à l’action en participant au crowfunding La Forêt passe à l’attaque ! sur Helloasso.

Quel est l’état des lieux des forêts en Île-de-France ?

Georges Feterman : L’essentiel des grandes forêts franciliennes bordant la capitale sont héritières des domaines de chasse royaux. Les plus grandes d’entre elles, comme Rambouillet, Fontainebleau, Montmorency ou Chantilly, dessinent une large ceinture verte autour de Paris. Face à l’étalement urbain, certaines se retrouvent aux portes de la ville, voire totalement incluses, comme c’est le cas pour les forêts de Meudon, Sénart ou Saint-Germain-en-Laye. Cette proximité est une respiration formidable pour de nombreux citoyens qui peuvent atteindre ces forêts à pied. Il vaut mieux avoir à gérer des forêts surpeuplées, et parfois polluées, que pas de forêts du tout. Elles sont également des réserves nécessaires aux oiseaux et insectes des parcs et jardins urbains.

Que pensez-vous de la place donnée à la nature dans les projets urbains ?

Plus il y a d’arbres en ville, mieux l’on se porte ! En revanche il faut veiller à préserver l’existant, à valoriser les friches où la nature reprend ses droits. L’être humain a du mal à laisser en jachère des recoins de la ville, qui sont pourtant des couloirs écologiques inestimables, notamment pour les oiseaux. Trop de projets immobiliers avalent de petits espaces de verdure sous prétexte qu’ils ne servent à rien, ou pour soigner un fouillis végétal inadéquat avec l’esthétique léchée de nos environnements. Autour du gymnase de Ménilmontant, dans le 5ème et le 12ème arrondissements, des citoyens et des élus se mobilisent actuellement pour préserver des arbres voués à être abattus au profit d’une expansion du foncier. Même si les projets sont louables, il faut arrêter de détruire sous couvert de replanter des arbres ensuite. La perte reste grande puisque l’on déloge un écosystème qui ne reviendra certainement pas. La semaine dernière j’ai pu sauver quatre espèces de fougères du jardin de Reuilly, intégré à la coulée verte du 12ème arrondissement, qui allaient être arrachées lors de la consolidation d’un mur. On doit apprendre à cohabiter avec la nature et sa faune, à la respecter. Avec l’association A.R.B.R.E.S (Arbres Remarquables, Bilan, Recherche, Études et Sauvegarde), nous avons institué un label “arbre remarquable” acté par la signature d’une convention par laquelle les propriétaires d’arbres exceptionnels s’engagent à les préserver. Nous parvenons même à dissuader des promoteurs de raser des arbres car ils constituent une plus-value financière pour leur projet.

Samedi 9 mars, vous organisez une balade à la corniche des forts à Romainville (Seine-Saint-Denis) afin de sensibiliser le public au caractère exceptionnel de ce site, qui doit accueillir une base de loisirs. Pourquoi ce projet crée-t-il la polémique ?

La bataille autour de la base de loisirs de la corniche des forts de Romainville symbolise bien cet enjeu crucial : sauvegarder l’un des rares réservoirs de nature de proche banlieue, et accepter qu’il reste inaccessible au public. Cette ancienne carrière de gypse de 28 hectares, fermée depuis 1957, est interdite à la promenade et il me semble important que l’humain ne s’impose pas une fois de plus. Je suis convaincu que les services de la région Île-de-France ne pensaient pas soulever une telle polémique en initiant le projet, qu’ils perçoivent comme une belle opportunité d’offrir un nouveau terrain de jeu aux Franciliens. La force associative qui s’est constituée en opposition est réjouissante, les habitants se sentent de plus en plus concernés par ces questions. J’ai proposé cette balade afin de rendre compte de la grande richesse naturelle de la corniche des forts. Aussi bien concernant les arbres, comme l’ailante, l’érable sycomore ou le robinier, que les espèces d’oiseaux comme l’épervier d’Europe, la buse variable et la chouette hulotte. Il est temps de réaliser ce que l’on risque de perdre si ce paradis naturel est détruit. Soyons raisonnables et laissons un peu de place à la nature sur ce territoire déjà très urbanisé.

Infos pratiques : Balade naturaliste samedi 9 mars menée par Georges Feterman et l’ornithologue David Bismuth sur le site de la corniche des forts à Romainville (93). Rendez-vous à 10h45 au métro Bobigny – Pantin – Raymond Queneau Ligne 5 pour un départ à 11h. Balade de 1h15 environ. Pas de réservation nécessaire. Contact : per.romainville@gmail.com.

Romainville : les travaux de la Corniche des forts se poursuivent… malgré les intrusions

Les associations continuent de se mobiliser contre le projet de la région Ile-de-France d’aménager huit hectares de la forêt à l’horizon 2020. Mais la mobilisation est moins importante sur le terrain.

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