Le Tribunal Administratif de Versailles, en date du 8 décembre 2025, a rejeté la requête de Suez contre le SMESF qui a fixé son propre tarif d’achat d’eau en gros à la multinationale (lire l’article Eau du Sud Francilien défie Suez). Une victoire d’étape dans le combat de longue haleine pour s’émanciper de Suez qu’évoque Jacky Bortoli, Conseiller municipal de Grigny, Conseiller communautaire délégué en charge du cycle de l’eau de Grand Paris Sud, Administrateur du Syndicat mixte Eau du Sud Francilien.
Sur la carte ci-dessous figure en bleu ce qui depuis 1880 (Vigneux), 1953 (Viry), 1970 (Morsang) allait être baptisé par l’exploitant, la Lyonnaise des eaux devenue Suez, Réseau Interconnecté du Sud Francilien (RISF) dans le but d’imposer aux communes, syndicats, régies, le monopole de la Holding Suez et de sa filiale Eau du Sud Parisien (ESP) sur le Sud Francilien.
Cette carte est révélatrice du statut public du RISF mais ne révèle pas que ce sont les usagers dans leur facture qui en ont payé plusieurs fois le coût et les dividendes.

Ci-dessous les coûts de revient par m3, tels qu’ils sont présentés par ESP filiale de la Holding Suez en 2022. Coûts contestés par les 4 censeurs du Syndicat mixte Eau du Sud Francilien (SMESF) au Conseil d’administration d’ESP.

Le volume de référence d’ESP exploitant, ces 5 dernières années, est de 77 895 000 de m3 par an, rien que pour Grand Paris Sud, Grand Orly Seine Bièvre et Val d’Yerres Val de Seine, Paris Saclay y représentant 54M de m3 par an.
Le prix du m3 facturé aux collectivités par ESP y varie de 0,70 à 1,19€HT par m3 alors que le prix de revient est de 0,28€HT sans sous détails malgré la demande des 4 censeurs…
Il est certain que le prix de revient des 77 895 000 de m3 / an est nettement en dessous des 0,28€HT par m3 (cf Enquête des associations Attac Essonne, Eau publique Orge Essonne et des régies de Grand Paris Sud, de Cœur d’Essonne Agglomération et de Grand Orly Seine Bièvre.
En conséquence, il est facile de se livrer à un petit calcul car comme le tarif facturé par ESP varie de 0,70 a 1,19€HT la moyenne est de 0,90 €HT; le trop-perçu par la Holding Suez est donc a minima de 0,50€HT par m3 soit, rien que sur ces 5 dernières années, 194 M d’€.
Quel élu, qu’il soit de la plus grande ville du Sud Francilien ou plus petit village desservi au fin fond de la Seine et Marne, quel élu normalement constitué peut accepter cette situation sans prendre le risque d’être soupçonné de complicité ou d’incompétence?
Ne pas confondre la propriété de la Holding Suez avec propriété publique du RISF
La Holding Suez avec désormais les fonds de pensions mondiaux Meridiam Black Rock comme propriétaires, l’a bien compris et s’est empressé de proposer au SMESF en rébellion dés sa création, un accord amiable Suez/SMESF dans le but d’empêcher des saisines de l’Autorité de la Concurrence et du Tribunal Administratif pour détournement de biens et d’argent publics et pour tirer un trait définitif sur le passé et sur ce détournement. Le SMESF l’a refusé.
Depuis, le Tribunal Administratif de Versailles en date du 8 décembre 2025 a rejeté la requête de Suez contre le SMESF pour non-paiement du tarif ESP, 20 M d’€ ayant été mis sous séquestre par le SMESF.
La souveraineté du SMESF sur le RISF n’est pas négociable. Le RISF et les éléments qui le composent sont des biens de retour du service public de l’eau potable
La Holding Suez doit cesser de faire les poches des usagers du RISF!
La maîtrise publique du RISF n’est pas seulement une question de prix ou de gouvernance : c’est une condition pour piloter la ressource en eau dans un contexte de changement climatique, de tensions sur les nappes et de besoins accrus de sobriété. Un réseau interconnecté pensé comme un bien commun permet d’arbitrer les usages, d’investir sur le long terme, de réduire les pertes sur réseaux et de sortir d’une logique de rentabilité de court terme qui n’est pas compatible avec les enjeux climatiques à venir.
Télécharger le jugement du tribunal administratif du 8 décembre 2025
Rappel du contexte
Plusieurs collectivités du Sud Parisien (Grand Paris Sud, Val d’Yerres Val de Seine, Cœur d’Essonne, etc.) sont fournies en eau par Eau du Sud Parisien (ESP), une filiale à 100% de Suez. Le directeur d’ESP est désigné par le conseil d’administration de Suez. La société mère Suez loue à sa filiale, le réseau interconnecté du Sud parisien (RISF) et les usines de production d’eau potable: par ce mécanisme (et d’autres comme les charges), l’essentiel du cash remonte à la multinationale. Depuis 2019, les collectivités desservies étaient représentées par des censeurs, sans voix délibérative, au conseil d’administration d’ESP, ce qui devait leur donner accès à toutes les informations sur leur collectivité et ce qui leur permettait en tout cas d’interpeller l’entreprise. Philippe Rio était censeur pour Grand Paris Sud, Véronique Mayeur pour Cœur d’Essonne, Christophe Carrère pour Val d’Yerres, Val de Seine et Alexis Teillet pour Grand Orly Seine Bièvre. En 2024, une transformation opportune de la forme juridique d’Eau du Sud Parisien supprime le conseil d’administration et révoque les censeurs.