De la journée mondiale des zones humides au Printemps maraîchin

Le 2 février était la date anniversaire de la Convention Ramsar sur les zones humides, signée par l’Union Européenne et tous ses Etats membres. Communiqué du mouvement européen pour l’eau suivi de l’annonce du Printemps maraîchin qui aura lieu les 25, 26 et 27 mars.

Les zones humides sont non seulement des réservoirs de biodiversité mais elles sont également cruciales pour la gestion durable des ressources en eau, tant d’un point de vue quantitatif (recharge des nappes) que qualitatif (épuration). Elles atténuent les inondations et les tempêtes côtières et fournissent de l’eau en période de sécheresse, limitant ainsi les effets du changement climatique.

Or, les zones humides régressent partout dans le monde sous de multiples pressions anthropiques (occupation des terres et drainage des sols par l’agriculture intensive et l’urbanisation, augmentation des prélèvements en eau, extraction minière, pollutions). Selon la Commission Européenne, les deux-tiers des zones humides a disparu depuis le début du XXe siècle en Europe. Principale cause de disparition des zones humides en Europe, leur transformation en terres agricoles a ralenti ces dernières années alors que les aménagements urbains et touristiques et le développement d’infrastructures de transport en lieu et place de zones humides ont quant à eux augmenté.

Partant de ces constats, la Journée Mondiale des Zones Humides appelle à des actions pour préserver les zones humides actuelles et restaurer dans la mesure du possible celles que nous avons dégradées.

Qu’en est-il des zones humides en Europe ?

Les directives Habitats et Oiseaux et la Directive Cadre sur l’Eau sont les principaux textes législatifs assurant la protection des zones humides en Europe. Le réseau « Natura 2000 » et l’intégration des zones humides dans les plans de gestion des bassins hydrographiques sont censés contribuer à garantir leur préservation future. Or, les zones humides continuent de disparaître dans tous les pays européens. Le Marais Poitevin (France) et la Ricarda (Catalogne) sont deux exemples de zones humides risquant de disparaître.

Menace sur le Marais Poitevin, 2ème zone humide de France

Depuis 4 ans, des manifestations réunissent des milliers de personnes protestant contre la dégradation de l’environnement et les prélèvements abusifs d’eau douce que subissent les 100 000 ha du Marais Poitevin ainsi que sa façade maritime (Baie de l’Aiguillon et pertuis charentais).

Ancien golfe comblé de limons, le Marais Poitevin a fait l’objet depuis mille ans d’aménagements hydrauliques (polders et drainage) successifs mais, depuis 1980-90, son petit bassin-versant de 6000 km², composé de 3 cours d’eau mineurs (Lay, Vendée, Sèvre niortaise), de plus en plus soumis aux sécheresses ou inondations récurrentes (changement climatique), est surexploité par les prélèvements d’eau dans les nappes phréatiques pour l’irrigation du maïs en agriculture intensive pour l’exportation et, maintenant, pour la méthanisation. Or ce sont ces nappes karstiques des plaines périphériques qui alimentent les sources de bordure du marais et maintiennent les niveaux d’eau douce grâce à une gestion coordonnée des ouvrages aujourd’hui attaquée.

Face à la dégradation des zones humides, de la biodiversité, de la qualité et des niveaux de l’eau, et interpellé depuis 30 ans par la population en raison du non respect des directives environnementales européennes, l’Etat a été obligé de créer une petite administration spéciale, l’Etablissement Public du Marais Poitevin, après la suspension du label de Parc Naturel Régional, label regagné depuis grâce à des subterfuges administratifs.

Mais dans son soutien actuel au productivisme agricole, l’Etat ne donne aucun moyen sérieux pour mieux gérer l’eau et, a contrario, accorde dérogations de pompage et finance l’installation de « bassines » ou réserves de substitution, grands réservoirs de surface plastifiés allant jusqu’à 20 ha, pour substituer le pompage estival en nappe par un pompage d’hiver avec stockage. Ces investissements très coûteux, financés à 70% par l’Agence de l’eau et l’usager du service public, sont réservés à quelques gros agriculteurs industriels. C’est une injustice et un gaspillage d’argent public.

La gestion des « bassines » en Vendée et en Charente-Maritime (où elles sont illégales depuis 12 ans) et leur installation en cours dans les Deux-Sèvres montrent de nombreuses défaillances (pollutions, non respect des niveaux et des rythmes de recharge des nappes, assecs des rivières, impact sur les zones humides Natura 2000 dont les tourbières alcalines si rares) et des coûts disproportionnés qui contrastent avec l’affichage optimiste de l’administration. Il y a manifestement tromperie et perpétuation des atteintes à l’environnement sans inverser le mode de gestion de l’eau du Marais Poitevin vers une plus grande durabilité comme en témoignent l’état à sec des rivières Mignon et Autizes.

En même temps, la gestion interdépartementale coordonnée des Marais Mouillés est mise à mal par des tentatives d’individualisation départementale de cette gestion ce qui risque de créer une anarchie hydraulique et de plus graves atteintes à l’environnement dans cet espace si fragile.

Inverser la tendance

Les projets en cours d’aménagement sur des zones humides continuent de privilégier les intérêts économiques à court terme plutôt que les bénéfices sociaux et environnementaux à long terme qu’apportent la préservation et la restauration des zones humides. Reconnaître que la compensation zones humides n’est ni possible ni souhaitable pour la plupart des projets permettrait d’inverser la tendance.

Trois jours de fêtes, de rencontres et d’actions dans le Marais poitevin
Les 25-26-27 mars 2022
25 mars – bal d’accueil
26 mars – grande journée de manif-action et concerts
27 mars – assemblées de constitution de comité locaux et sur le partage de l’eau

Le Marais poitevin assiste, ces dernières années, au réveil d’un combat vital autour de l’eau.

Sur ce territoire humide remarquable, l’agro-industrie a décidé de lancer une vaste entreprise d’accaparement de l’eau au détriment de la qualité et du partage de ce bien commun. Avec le soutien actif de l’État, des dizaines de « méga-bassines » menacent d’être construites !
Ces ouvrages de stockage hydraulique massif ont pour but de maintenir coûte que coûte l’irrigation intensive de monocultures destinées, pour l’essentiel, à alimenter la spéculation sur les marchés internationaux et les usines de méthanisation. Financée avec de l’argent public, c’est la solution catastrophique soutenue par Macron et son gouvernement pour sauver un mode de production agricole destructeur, dopé aux pesticides, face au changement climatique et ses sécheresses.
Malgré les alertes, les travaux ont commencé l’automne dernier sur le territoire du Mignon, au sud du Marais poitevin. En réaction, nous étions des centaines, le 22 septembre, à converger pour entraver la construction de la « méga-bassine » de Mauzé et faire valoir l’existence d’alternatives. Puis, nous étions des milliers, le 6 novembre, pour la prise et le démontage de la bassine illégale de Cramchaban. La résistance à ce projet résonne désormais au-delà du territoire des deux Sèvres. Nous sommes de plus en plus nombreux.ses à prendre la mesure de la dangerosité de cette opération d’accaparement et du risque de sa généralisation.
Avec l’échec des pseudo-concertations sous forme de « Protocoles » et le recours aux dérogations, la collusion entre les agro-industriels, FNSEA en tête, et le gouvernement est aujourd’hui claire. Les « méga-bassines » ne tiennent désormais plus qu’au nombre de gendarmes employés à les défendre. À nous, maintenant, de nous donner les moyens de préserver les rivières et l’agriculture paysanne, de stopper ces projets socialement et écologiquement injustes !
C’est pourquoi, Bassines Non Merci, la Confédération paysanne, et les Soulèvements de la Terre appellent à converger, à la veille des échéances électorales – présidentielles et législatives –, pour exiger l’arrêt des travaux, la mise en place d’un moratoire sur les projets de « méga-bassines », et remettre la question des usages de l’eau et des pratiques agricoles au cœur du débat public.
Dans le sillage des coups d’éclat de l’automne dernier, vous êtes invité.e.s à ressortir vos plus beaux parapluies, à enfiler à nouveau vos plus beaux bleus de travail, et à venir en nombre les 25-26-27 mars 2022 à la Rochénard (79) pour prendre part à :
– un week-end de manifestations populaires, accompagnées de gestes de désobéissance civile, pour mettre un coup d’arrêt aux projets de « méga-bassines » ;
– un week-end d’échanges autour de nos usages de l’eau et nos pratiques paysannes pour construire ensemble des manières socialement et écologiquement justes d’habiter les bassins versants ;
– un week-end pour danser, et danser encore, contre les « méga-bassines », l’agro-industrie et son monde ;
Un grand week-end pour faire du printemps qui vient, un printemps maraîchin !

Une réflexion sur « De la journée mondiale des zones humides au Printemps maraîchin »

  1. Le marais Poitevin, deuxième zone humide de France, est massivement pollué par tous les rejets urbains des 6 000km2 de bassins versants mais on n’en parle pas ! Ce n’est plus un marais mais un lagunage d’assainissements collectifs ! Le Marais poitevin est inondé l’hiver et à sec l’été parce les services de l’état ont fait détruire toutes les digues, les retenues et les barrages que les anciens avaient construits pour justement retenir l’eau en amont des bassins versants ! L’eau est un bien commun qu’il faut se partager quand il pleut en faisant TOUS des réserves (particuliers, villes, industriels et agriculteurs) au lieu de regarder naïvement l’eau couler sous les ponts … Le premier risque naturel en France ce sont les inondations, donc contrairement aux idées reçues ce sont les excès d’eau qu’il faut gérer intelligemment pour ne pas inonder et ne pas en manquer l’été !
    80% des assainissements collectifs sont hors normes, les rejets ne sont pas propres mais conformes aux exigences des services de l’état … il faut savoir aussi qu’à chaque grosse pluie les stations débordent (il est interdit de polluer les milieux naturels et les milieux aquatiques sont plus fragiles que les sols) . Actuellement les polluants sont dilués dans les cours d’eau, 40kg de polluants, même dilués c’est toujours 40kg de polluants qui finissent dans la mer via les bassins ostréicoles. Des épidémies de gastro-entérites ont eu pour origine les matières fécales de station d’épuration, on y retrouve aussi des traces de Covid, que se passera t il si la prochaine pandémie est plus virulente et qu’elle contamine tous les bassins ostréicoles ?

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