Pour un jour du droit universel à l’eau le 28 juillet

L’Agora des habitants de la Terre, animée par Riccardo Petrella, propose de célébrer une jour mondial du droit universel à l’eau, en écho au « coup de tonnerre » qu’a constitué la reconnaissance du droit humain à l’eau et à l’assainissement par l’Assemblée générale des Nations Unies le 28 juillet 2010.

En l’espace de quelques années (entre 1992 et 2003) a été mis en place la mondialisation de la culture marchande, productiviste, technocratique et financière de la « gestion » des eaux de la planète, partout dans le monde. Le modèle dominant est devenu le système de gestion d’infrastructures à large échelle, de prélèvement, production, distribution, utilisation et recyclage de l’eau (cycle intégral de l’eau) par de grands réseaux d’entreprises privées, fondé sur le Partenariat Public Privé (PPP) qui n’a été qu’une forme masquée de Privatisation du Pouvoir Politique dans le domaine des biens et des services communs publics.

Partant de l’idée que l’eau est principalement une ressource naturelle d’importance vitale pour l’économie, finie et vulnérable, on a voulu nous faire croire que la meilleure façon de la sauvegarder et de la conserver était de la considérer comme une marchandise, un bien économique, et que le problème de l’eau était surtout un problème de gestion de la ressource du point de vue de sa valeur économique.

Dans ce contexte, adieu à l’eau bien commun public mondial et, surtout, adieu au droit universel. L’idée même de gratuité des biens et des services essentiels à la vie (par gratuite on entend, dans notre cas, la prise en charge collective des coûts y afférant) a été totalement abandonnée. Dans les marchés de l’eau et pour les entreprises de gestion de l’eau, il n’y a pas de droit universel à l’eau. Il y a le devoir de payer. Ce qui explique pourquoi aujourd’hui ce qui compte ce n’est pas le droit collectif et individuel à la vie mais le pouvoir d’achat individuel de l’eau dans la quantité et la qualité répondant à ses besoins.

Le 28 juillet 2010, un coup de tonnerre!

La reconnaissance formelle du droit universel à l’eau par la résolution de l’Assemblée générale de l’eau le 28 juillet 2010 a été un coup de tonnerre dans un ciel serein. Inattendue, une grande surprise, surtout une décision inadmissible pour les dominants, l’approbation de la résolution, toute simple, a été un exploit politique majeur du gouvernement d’Evo Morales de Bolivie.

Notamment par l’action de son représentant permanent à l’ONU, Pablo Solon, la Bolivie a réussi en quelques jours à rassembler autour d’une résolution très courte et juste, l’adhésion de 121 États, la très grande majorité de pays du Sud, du monde, petits États… L’opposition farouche de 41 États en majorité des pays du « Nord » (États-Unis en tête suivie par 11 pays sur 27 de l’Union européenne !) n’a pas su renverser les rapports de force.

Ce fut une véritable joie, un succès des droits et des revendications des peuples du Sud, en particulier des peuples indigènes du monde, contre les intérêts économiques des groupes sociaux dominants du Nord (et non sur les peuples du Nord qui, en général, se sont montrés solidaires avec ceux du Sud).

Bien sûr, les dominants ne se sont pas avoués vaincus. Ils se sont opposés de manière systématique à toute référence à la résolution de l’ONU  dans les documents officiels du système onusien et des autres organisations internationales « occidentalisées » . Ils ont cherché à remplacer la mention du « droit universel à l’eau » (et à la santé, à l’alimentation, au logement, à l’éducation, à l’électricité…) par la référence à « l’accès à l’’eau sur base équitable à prix abordable ». Ainsi, si l’on peut encore trouver des mentions au « droit universel à l’eau » dans les documents concernant l’Agenda 2000-2015 de l’ONU, Les Objectifs du Développement du Millénaire, toute mention a disparu dans l’Agenda 2015-2030 l’ONU, Les objectifs du développement durable.

En outre, en 2012, les dominants ont fait adopter par le document final du 3ème Sommet Mondial de la Terre, à Rio de Janeiro, le principe de la monétarisation de la nature (pas seulement de l’eau).

Un jour mondial du droit universel à l’eau

Dès 2019, l’Agora des Habitants de la Terre, créée en décembre 2018,  a lancé l’idée de faire du 28 juillet de chaque année, le Jour du Droit Universel à l’Eau.

À la demande de nos amis de l’Agora de Rosario (Argentine), le Conseil municipal de Rosario a décidé le 23 juin dernier de célébrer le 28 juillet comme le jour mondial du droit universel à l’eau. Encouragés par cette décision historique de la part de la deuxième plus grande ville d’Argentine, les différents groupes territoriaux de l’Agora des Habitants de la Terre organiseront des évènements en soutien de la reconnaissance du 18 juillet comme Jour du droit universel à l’eau en Argentine, en Italie (à Vérone, Nardo, Altamura, Matera, Sicile, Rome…), en France (à Clermont-Ferrand, en Poitou-Charentes), en Belgique (à Bruxelles, à Liège…) au Québec, au Chili, au Liban, en Afrique…

Ce 28 juillet, nous proposons que les mouvements et les associations actives pour les droits humains et sociaux proclament le 28 juillet, jour du droit universel à l’eau. D’ores et déjà nous les invitons à nous réunir pour préparer et organiser ensemble la première manifestation mondiale du 28 juillet 2023.

La statue « Notre dame de la Spoliation » réalisée par Bernard Tirtiaux a été exposée sur la grand place de la Ville de Fleurus (Belgique) pendant trois jours

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