Catherine Ringer relaxée!

La célèbre chanteuse des Rita Mitsouko et deux autres prévenues étaient accusées d’avoir, en 2018, découpé un grillage pour pénétrer sur le chantier et protester contre le projet d’île de loisirs. Par Nathalie Revenu dans Le Parisien du 27 novembre 2020.

De g à d, Marianne Lesou, Jean-Claude Oliva, directeur de la Coordination EAU Île-de-France, Nadia Azoug, Vice-présidente d’Est Ensemble et Catherine Ringer.

« MADAME RINGER, vous êtes née en 1957, vous êtes domiciliée aux Lilas, il vous est reproché d’avoir sectionné un grillage », énonce le président de la 16e chambre du tribunal de Bobigny. Incognito derrière son masque chirurgical, la chanteuse flamboyante du groupe mythique des Rita Mitsouko se retrouvait hier dans un rôle inhabituel, celui de prévenue.

La tête rejetée en arrière, tressant sa longue natte, l’interprète de l’inoubliable « Marcia Baïla » écoute le président préciser, un brin amusé, les griefs formulés par le conseil régional. Celui-ci estime qu’en rentrant le 16 octobre 2018 sur le chantier de la Corniche des forts situé à Romainville, elle a commis une violation de propriété. Le conseil régional est propriétaire du parc de l’île de loisirs de la Corniche des forts et maître d’ouvrage des travaux d’aménagement. Qui devaient commencer le 8 octobre 2018 mais « des personnes mécontentes ont bloqué l’accès du chantier et se seraient introduites en forçant la clôture », accuse la région.

Le conseil régional avait expliqué dans sa plainte que « cela compromettait l’avancement du chantier, la sécurité des personnes » et qu’elle subissait « un préjudice d’image ». Elle réclamait en conséquence 300 000 €. Une vidéo filmée par un ouvrier et des témoins auraient permis d’identifier « une femme de type caucasienne, petite, les cheveux ramassés en chignon et porteuse d’une doudoune rouge. L’individu A est Madame Ringer », précise le président sur un ton badin. Les rires fusent dans la salle. Catherine Ringer s’avance la première à la barre. La chanteuse s’efface devant
la militante écologiste.

« Cette action fait partie de la défense de notre environnement en Seine-Saint-Denis, raconte-t-elle. On sortait de la canicule. La déforestation est une calamité. Je me suis portée volontaire. D’autant plus que les sous-sols sont pollués à la suite de déversements depuis la fin du XIXe siècle de tas de produits de l’industrie. Cette forêt assainit les sols, donne de l’air frais », plaide l’artiste, qui explique qu’elle vient depuis des années y promener son
chien. Et comme de nombreux visiteurs, elle passe « par des trous qu’il y avait depuis longtemps dans ce grillage déjà en loque ».

« Un projet absurde, anachronique »

Par pure forme, le président, toujours très détendu devant cette illustre prévenue, demande : « Avez-vous participé à l’ouverture de ces brèches ? Vous ne reconnaissez pas les faits ? » Réponse de l’intéressée : « Non. Quand les travaux ont commencé, on savait qu’on n’était pas les bienvenus. On a fait ça par devoir citoyen. »

A ses côtés, Marianne Lesou, une autre prévenue, dénonce un « massacre à la tronçonneuse d’arbres de 50 ans. Cette forêt avait été laissée dans son état naturel, elle était ouverte à tous vents. C’est un projet absurde, anachronique. Je suis rentrée dans cette forêt avec des militants en sachant bien que je n’y étais pas autorisée. C’était une lutte militante », argumente cette enseignante. Dans la salle, une vingtaine de membres des Amis de la forêt sont venus les soutenir. Il y a aussi des élus écologistes, Eric Béal, co-secrétaire EELV 93, et Annie Lahmer, conseillère régionale. La région, elle, n’a pas fait le déplacement et n’a pris la peine de produire la vidéo amateur de très mauvaise qualité. Ce qui conduit la procureure à plaider la relaxe, « faute de preuve ».

Me Bonaglia, l’avocat des trois prévenues, prend ensuite la parole et se demande si le travail n’a pas déjà été fait par ses clientes. Il dénonce une « qualification abusive, ce site n’étant le domicile de personne ». Il se paie au passage la tête de la région, soulignant la vétusté du grillage. « Il s’agit d’une parcelle de 27 ha située sur la friche d’une ancienne carrière de gypse et d’une usine de plâtre. Il était prévu d’implanter sur 8 ha une douzième base de loisirs en région parisienne. Mes clientes se sont opposées pacifiquement à la destruction de cette parcelle. Comme à l’habitude, elles ont écarté un grillage vieux de 50ans. » Le tribunal n’a pas pris la peine de se retirer pour prononcer la relaxe des trois prévenues. Une décision accueillie par une salve d’applaudissements. Catherine Ringer s’est alors recoiffée de son béret rouge à pompon, saluant ce jugement qui avait « fait abstraction de la vedette » pour ne retenir que son engagement pour la biodiversité du 93.

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