Chili – La coordination No Alto Maipo s’adresse à Suez

Invitée à Genève par le Center International for environmental Law (CIEL) pour suivre les discussions sur l’agenda 2030  des Objectifs de développement durable et les avancées de la COP 25, Marcela Mella Ortiz, porte-parole de la coordination chilienne No Alto Maipo, a profité de son séjour en Europe pour animer un atelier d’information organisé par la Coordination Eau Île-de-France, le 13 mars dernier à Paris. Un article du magazine H2o.net  Une pétition à signer ICI.

Marcella Mella et l’équipe de la Coordination EAU Île-de-France à la Résidence de l’eau à Paris. 

Il s’agit d’alerter l’opinion publique sur l’urgence hydrique à laquelle est confronté le pays, en particulier le bassin versant qui alimente en eau potable la capitale Santiago et ses 7 millions de habitants. Cette situation risque de s’aggraver à cause de la construction d’un mégaprojet de production d’électricité destiné à l’industrie minière. Une partie de l’eau utilisée pour faire tourner les turbines sera ponctionnée dans les réserves de Aguas Andinas, l’entreprise filiale de Suez Environnement au Chili. Cette dernière a signé un accord économique en ce sens avec AES Gener, l’opérateur du barrage. Directement affectées par la modification du cours d’eau dans le Cajon del Maipo, les communautés ont porté plainte en vue d’obtenir l’annulation de cet accord et d’arrêter le projet.

La coordination No Alto Maipo invite les lecteurs à signer sa pétition El agua de la Región Metropolitana está en peligro

Ci-dessous, la copie du courrier adressé à Bertrand Camus, directeur général de Suez et Angel Simon, directeur général adjoint Groupe pour l’Europe du Sud et l’Amérique latine.

À l’attention de Bertrand Camus, directeur général de SUEZ
et Angel Simon, DGA Groupe – Région Europe du Sud et Amérique Latine

Paris, 16 mars 2020,

Objet : Santiago du Chili, l’opération économique de la filiale de Suez aggrave la crise climatique touchant la Région Métropolitaine

Messieurs,

Je m’adresse à vous en qualité de porte-parole de la coordination No Alto Maipo, organisation qui regroupe les habitant-e-s de la valle del Maipo. Ce territoire se trouve à la tête du bassin versant qu’alimente en eau à la région Métropolitaine où habitent 7 millions d’habitant-e-s, l’équivalent à 40 % de la population du Chili.

Nous vous adressons cette lettre dans l’espoir d’apporter à votre connaissance un fait grave qui risque d’affecter durablement le fonctionnement  du bassin versant de la vallée du Maipo. Voici quelques éléments pour éclairer notre plaidoyer.

Comme vous le savez, votre filiale au Chili, Aguas Andinas, puisse son eau dans les sources de cette vallée pour alimenter en eau potable à plus de 80 % de la population de la capitale. Vos services estiment à 6 millions d’habitant-e-s servis par votre groupe. À cela s’ajoutent les autres secteurs économiques associés directement à l’assainissement et à l’irrigation dans une grande partie du bassin versant de la rivière Maipo.

Alto Maipo est un mégaprojet hydroélectrique [actuellement] en phase de construction en tête de ce bassin. Selon vos propres études (2009), ce projet risquait de mettre en danger l’approvisionnement d’eau de la capitale. Cependant, en 2011, votre filiale a signé un accord avec AES GENER, maître d’ouvrage du projet Alto Maipo. L’objectif de cet accord est d’engager une partie des réserves d’eau de Santiago pour l’opération de la centrale hydroélectrique Alto Maipo.

Les effets et impacts sur les écosystèmes et les populations de toute la vallée sont déjà visibles. Le projet risque d’intervenir gravement dans le système hydrologique du bassin de la rivière Maipo car ce projet prévoit de réduire d’au moins 60 % les cours naturels d’eau des principaux affluents de cette rivière.

À cela s’ajoutent les risques de diminution des précipitations à cause de l’altération des écosystèmes, aggravant la méga sècheresse [qui sévit au] Chili depuis plus d’une décennie. Ceci contribue au processus de désertification, empêche la recharge de nappes phréatiques et augmente les fissures des glaciers se trouvant aux alentours de la vallée. Le projet affectera gravement, comme le signale votre étude de 2009, le système hydrique du bassin versant. Nous partageons votre constat sur l’importance de « lutter contre le réchauffement climatique » et vous félicitons de faire de cet enjeu une de 4 priorités figurant dans la feuille de route de SUEZ pour le développement durable. Notre requête devrait vous alerter sur la cohérence du projet Alto Maipo avec vos objectifs. Ce projet contribue déjà, dans sa phase de construction, au changement climatique dans la vallée du Maipo.

Concernant les droits économiques, sociaux et culturels de la population affectée par ce méga-projet, la société civile nationale et internationale a dénoncé lors de la dernière rencontre du Comité chargé de ces questions à Genève, aux Nations unies, les effets néfastes pour toute la vie de la vallée. En résultat de cette dénonciation, le système des Nations unies a sollicité de l’État du Chili des explications sur le projet Alto Maipo. La réponse du Chili est attendue lors de son prochain Examen périodique universel sur les droits humains.

Le contrat signé entre votre filiale chilienne Aguas Andinas et AES GENER, d’une durée de 40 ans, prévoit de transférer 2,5 mètres cubes d’eau par seconde environ [estimation selon les informations disponibles] pour un projet qui va utiliser ces droits (« consuntivos ») pour une utilisation de production électrique (« no consutivos »). Ce changement de destination de l’eau, ainsi que le choix de production d’électricité (70 kilomètres de conduites d’un diamètre de 8 mètres) [suscitent] trop d’interrogations sur la bonne conduite et la transparence dans la conception et l’exécution du projet. Il est à noter que l’énergie produite sera exportée vers l’Argentine.

Le contrat ci-dessus dénoncé, intègre une clause d’annulation qui pourrait éviter une position politique et sociale complexe à court terme pour votre entreprise. Vous n’êtes pas sans ignorer l’explosion sociale qui secoue le pays depuis le 18 octobre 2019. En résultat de ces mobilisations sociales, le Chili s’apprête à un changement de Constitution. Alors que le texte fixe le statut de l’eau (Art 19, n. 24)]un grand nombre d’acteurs et actrices politiques et des mouvements sociaux demandent un changement profond de ce statut constitutionnel de l’eau.

Nous vous prions, Messieurs, de prendre pleine connaissance de ce projet et de renoncer au contrat ci-dessus décrit. Nous sommes à votre disposition pour échanger plus en détail les éléments ici présentés.

En espérant recevoir une réponse de votre part, veuillez accepter mes salutations cordiales,

Marcela Mella Ortiz
Vocera de la Coordinadora Ciudadana No Alto Maipo

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