Pour faire baisser la facture d’eau, les territoires veulent prendre le contrôle des usines de production

Une cinquantaine de personnes, élu.e.s et habitant.e.s, étaient réunies le dimanche 20 mars au Coudray-Montceaux pour réclamer la restitution, sans contrepartie, des usines de production d’eau potable de Suez au syndicat mixte récemment créé. L’objectif : faire de l’eau un bien public et éviter « les marges abusives ». Par Florian Garcia.


Maîtriser la production d’eau potable, de son traitement dans les usines jusqu’à sa distribution et sa facturation aux particuliers. Telle est l’ambition du syndicat mixte crée en février par les communautés d’agglomération Grand Paris Sud, Cœur Essonne, Val d’Yerres-Val de Seine, Grand Orly Seine Bièvre et le département de l’Essonne pour faire baisser les tarifs de l’eau.

Mais pour atteindre cet objectif, le syndicat doit récupérer la gestion des infrastructures aujourd’hui détenues par le géant Suez. Pour se faire entendre, la Coordination EAU Ile-de-France, les associations Eau Publique Orge-Essonne et Aggl’eau communauté Paris-Saclay ainsi que le collectif Plus Jamais ça 91 ont organisé, ce dimanche, un rassemblement devant l’écluse du Coudray-Montceaux, face à l’usine d’eau potable de Morsang.

« Aujourd’hui, le nœud du problème, c’est la production où les marges sont abusives, note le maire (PCF) de Grigny, Philippe Rio. Notre but est de parvenir à une juste qualité de service, une juste qualité de l’eau, et à un juste prix. »

Une vraie différence pour les communes qui ont déjà fait la transition

Pour cela, des négociations ont été entamées avec Suez. « La reprise de ces usines est un enjeu majeur, martèle le président (PS) de l’agglomération Grand Paris Sud, Michel Bisson. Nous avons engagé des discussions et nous les avons convaincus. Mais nous ne sommes pas d’accord sur le prix. Ils veulent vendre en se basant sur la valeur nette comptable du bien. » Une valeur que les élus et associations estiment à … 0 euro. « Ces usines, nous les avons déjà payées avec nos factures », justifient-ils. Contacté, Suez n’a pas souhaité apporter de commentaires.

Si ces infrastructures revenaient dans le giron des dix dernières années en Essonne-, le coût de l’eau pourrait baisser pour ces territoires. En 2017, lorsque la régie publique Eau Cœur d’Essonne a repris la distribution, la facturation et l’entretien des réseaux d’eau potable, Pascal avait vu ses factures s’alléger. Chiffres à l’appui, cet habitant de Sainte-Geneviève-des-Bois explique qu’il payé 4,93 € le mètre cube avant la création de la régie. Depuis, cela a chuté à 2,22 €.

Un système jugé plus égalitaire

« Et ce n’est pas le seul gain, poursuit-il. Nous bénéficions d’un meilleur service. Notre interlocuteur, la régie publique, est facile à contacter et intervient rapidement si besoin. C’est un bon service public, le coût a baissé et des canalisations ont même été changées. C’est une bonne chose car cette eau perdue à cause des fuites, on la payait. »

Le passage en régie publique a également réglé quelques inégalités. « Aucune commune de l’agglomération ne payait le même prix. A Sainte-Geneviève, nous étions ceux qui payions le plus cher. Le moins cher, c’était à Fleury-Mérogis. Rien ne justifiait ces différences, il s’agissait de la même entreprise, Suez, de la même eau et des mêmes canalisations… »

Au micro ce dimanche, le président de l’association Aggl’Eau Communauté Paris-Saclay, Thierry Doulaud, a exhorté la cinquantaine de personnes présentes à concrétiser ce changement. « Cette mobilisation citoyenne, en convergence avec ce que font les institutions, est le seul moyen d’atteindre nos objectifs », a t-il lancé. « Les citoyens s’engagent pour de multiples raisons, analyse Pascal Grandjeat, membre de la Coordination Eau Ile-de-France et de l’association Eau Publique Orge Essonne. Certains s’agacent de voir des perturbateurs endocriniens dans l’eau, d’autres le font pour des convictions environnementales, d’autres encore veulent se battre contre l’injustice sociale liées au prix. Les raisons sont multiples. »

Sur le même longueur d’onde, le maire (DVG) de Corbeil, Bruno Piriou, a rappelé son souhait de voir l’eau devenir « un bien commun » . « Nous avons pris une délibération en ce sens. Et pour ce faire un bien commun, il faut en faire un sujet démocratique. »

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