Tout au long du dernier mandat, la résistance des élu.es, avec le soutien des associations et des citoyen.nes, à la mainmise de Suez sur le Réseau interconnecté du Sud francilien (RISF) a ouvert la voie à un nouveau modèle de gestion, transparent et maitrisé par les collectivités publiques au service de l’intérêt général. C’est que montre Jacky Bortoli* en évoquant aussi la coopération entre services publics et la préservation de la ressource à l’échelle de toute l’Île-de-France.

Rappel des épisodes précédents:
En 2019, avec Philippe Rio, vous avez proposé aux collectivités Grand Paris Sud, Grand Orly Seine Bièvre, Val d’Yerres Val de Seine, Paris Saclay, Cœur d’Essonne agglomération, la réappropriation publique des usines et des canalisations du Réseau interconnecté du Sud francilien (RISF), elles ont accepté. Vous avez proposé la création d’un syndicat pour la production de l’eau potable, elles ont accepté. Les trois commissions départementales de coopération intercommunale et les trois préfets concernés ont donné leur accord.
Vous avez refusé les propositions de Suez visant à prolonger avec votre accord leur monopole pour 20 ans, à maintenir un tarif allant de 0,90€/m3 à 1,19€/m3 quand le prix de revient est de 0,30€/m3 et à permettre à Suez d’encaisser au bout des 20 ans 400 millions d’euros.
Vous avez unilatéralement fixé un tarif à 0,55€/m3, le tribunal administratif de Versailles vous a donné raison : Suez a été débouté, vous faites des économies pour les usager.es.
Stéphane Beaudet, maire d’Evry-Courcouronnes (et nouveau président de Grand Paris Sud) et Philippe Rio, maire de Grigny, ont saisi l’Autorité de la Concurrence. Cela a permis d’ouvrir une enquête sur la mainmise de Suez sur le RISF…
Jacky Bortoli: Il y aussi la procédure contre le détournement par Suez de biens et d’argent public, qui est engagée auprès du TA de Versailles…
Vous touchez là au deuxième point faible de Suez auquel la multinationale essaie d’échapper par un accord amiable.
JB: Il ne peut y avoir un accord amiable.
Pourquoi ?
JB: Nous venons d’élire un nouveau Président du Syndicat mixte Eau du Sud Francilien en la personne de François Durovray, président du Conseil Départemental de l’Essonne. Nous devons prendre toutes les précautions afin qu’il ne puisse pas être accusé d’avoir été abusé dans ses choix, faute d’un consentement éclairé sur la réalité des droits sur le RISF… Car entre 400 millions d’euros voulus par Suez et 20 millions, peut-être même zéro, selon nous, nous devons justifier du moindre centime. Il s’agit d’argent public et nous savons que François Durovray comme tous les élus et services doivent être des exemples de probité.
Donc avec votre saisine du TA de Versailles, vous vous en remettez à la justice…
JB: Hé oui, fini les arrangements au nom du secret des affaires, finie la confidentialité. D’ailleurs François Durovray l’a rappelé dernièrement, je le cite: « Nous estimons que l’Essonne est de taille suffisante pour être souveraine, nos collectivités ont choisi de se rassembler pour traiter ensemble de ce sujet majeur. Avec un objectif : garantir une eau de qualité à 1,4 million d’habitants du Sud de l’Île-de-France, au juste prix dans un modèle transparent et maitrisé par ses collectivités publiques au service de l’intérêt général »
J’ajoute la coopération entre services publics et la préservation de la ressource à l’échelle de toute l’Île-de-France.
Là vous faites allusion au SEDIF qui poursuit son objectif d’ultra filtration pour ses 4 millions d’usagers dans le but de l’imposer aux 8 autres millions d’usagers de l’Île-de-France.
JB: Ce n’est pas une allusion, c’est un fait! Le remplacement d’André Santini et le maintien du vieux monde qui s’accroche avec ce projet du Sedif qui n’incarne pas le changement et l’innovation mais la poursuite d’un modèle qui a fait les preuves de son inefficacité. Ce projet est inadapté aux enjeux futurs bien plus encore dans le contexte du changement climatique. Il n’est pas désiré par la population qui attend une eau, une alimentation, un environnement de qualité et non pas une eau ultra-filtrée par un process qui renvoie ses déchets aux populations situées en aval…
Ce qui doit nous unir, nous les opérateurs publics, c’est :
1 La protection prioritaire des aires d’alimentation des captages.
2 Le juste traitement, sans excès technologique coûteux et respectueux de l’environnement.
3 L’organisation à la bonne échelle, adaptée au territoire, aux caractéristiques des ressources et aux attentes des habitants.
4 L’attention particulière accordée aux populations modestes, aux moyens limités.
5 La volonté de coopérer avec les autres territoires, de mutualiser les ressources et les moyens de traitement, pour mieux sécuriser l’alimentation en eau et maîtriser les coûts.
Ce sont tous les élus de l’Île-de-France, Paris y compris, qui doivent réfléchir ensemble en associant l’Etat, les associations, les citoyen.nes.
Comme vous dites, il s’agit d’un autre monde, le nouveau monde…
JB: M. Girre, DG de Suez, vend la mèche dans les Echos quand il dit: « Le marché français est trop mûr, concurrentiel ». J’affirme qu’il faut entendre dans ce propos que Suez s’apprête à laisser le monopole de l’eau potable en Île-de-France à Veolia.
Et bien, nous ne voulons ni l’un, ni l’autre! Ni Suez, ni Veolia!
La gestion de la ressource, d’un bien commun comme l’eau ne peut se résumer pour l’Etat, un département, un syndicat, à la répartition de parts de marché en fonction du besoin de dividendes des actionnaires privés. Ça, c’est l’ancien monde !
*Conseiller municipal de Grigny, Conseiller communautaire délégué en charge du cycle de l’eau de Grand Paris Sud, Administrateur du Syndicat mixte Eau du Sud Francilien.