La saga des régies publiques, confortées par les résultats des élections municipales, se poursuit en Île-de-France. Les conseils d’administration d’installation ont procédé à l’élection de leurs présidents: Jean-Claude Oliva pour Eau Publique par Est Ensemble et Fatah Aggoune pour Eau, Seine et Bièvre. Voici leurs déclarations à cette occasion.

Jean-Claude Oliva
Vice-président d’Est Ensemble, réélu Président de la régie Eau publique par Est Ensemble

Bienvenue aux nouvelles et aux nouveaux élu.es qui êtes en nombre dans ce Conseil d’administration, comme dans le Conseil de territoire.
Au cours du dernier mandat, nous avons effectué le passage en gestion publique, un choix politique mûrement réfléchi. Dès le début des années 2000, des villes comme Bagnolet et Montreuil posaient la question de la gestion publique et même de l’alimentation en eau par Paris. En 2010, à la création d’Est Ensemble, le débat s’est enflammé mais n’a pas abouti… Depuis 2020, une discussion approfondie entre les élu.es et des négociations avec le SEDIF se sont engagées et se sont conclues début 2022 par la décision unanime de créer une régie publique. La régie est opérationnelle depuis janvier 2024 et Est Ensemble est alimenté (à hauteur de 30%) par Eau de Paris depuis bientôt un an.
La mise en place est réussie, non sans efforts, ni sans difficultés.
C’est un acquis pour notre collectivité. Au Conseil de territoire d’installation, tous les groupes politiques ont mentionné la régie comme un des acquis principaux de la mandature écoulée, le premier même pour le Président Bessac.
Cette période écoulée a été très intense, beaucoup de choses ont été réalisées dans l’urgence.
Aujourd’hui et pour tout le mandat qui s’ouvre, il s’agit d’approfondir, de développer et de transmettre.
Cela concerne tous les grands sujets: la tarification écologique et solidaire; la proximité avec les usagers avec l’ouverture d’un accueil physique ou encore avec l’application proactive de la loi Warsmann qui plafonne les factures en cas de fuite; l’alimentation par Eau de Paris qui doit atteindre 50% de notre consommation d’ici à 2030; la place des citoyen.nes, déjà importante dans notre conseil d’administration; la sobriété avec l’entretien du réseau qui a fortement progressé depuis la reprise en régie et avec la réduction de la consommation à confirmer; le déploiement de fontaines qui a commencé mais n’est sans doute pas suffisant au regard de l’épisode de street-pooling que nous venons de vivre ces derniers jours; les risques liés à l’installation de datas centers, potentiellement très consommateurs d’eau…
Si nous sommes réuni.es pour la gestion d’un service public, les questions posées vont bien au-delà et je souhaite vous faire partager tout mon intérêt pour l’eau, commun du vivant et de la société. Dans les prochains mois, avec le Directeur et toute l’équipe de la régie, nous allons vous proposer plusieurs séances de formation pour vous permettre d’entrer de plain-pied dans le monde l’eau et de porter dans vos villes l’action de la régie et réciproquement, de remonter toutes les questions. C’est un vrai rôle politique qui vous attend!
La régie publique se situe à présent dans le long terme. Dans cette perspective, je vais solliciter une rencontre avec chacun des maires des villes d’Est Ensemble pour écouter son appréciation sur la mise en place de la régie, les manques éventuels qu’il a pu constater et ses attentes pour l’avenir.
Dans la nouvelle période qui s’ouvre, il s’agit de développer tout un écosystème autour de la régie:
–en renforçant les relations avec les autres régies, Eau de Paris bien sûr qui nous alimente en partie en eau, mais aussi Eau Seine et Bièvre, Eau Seine et Orge, avec lesquelles nous étions l’an dernier au salon de l’AMIF. Il faut citer aussi la régie de Grand Paris Sud, etc.
–en systématisant notre action culturelle. Ces derniers mois, nos avons soutenu l’exposition Aquasens, sur les économies d’eau à domicile, produite par la CNL Montreuil, et l’exposition eau et changement climatique, dans le cadre du projet d’une pétition visuelle de graphistes du monde entier. Nous pourrons envisager aussi des conférences-débats…
-en associant davantage de citoyen.nes sur tous les sujets de l’eau, au-delà de la stricte gestion de la régie. Les expériences de l’assemblée de l’eau à la Métropole de Lyon, ou plus près de nous, du comité citoyen de la régie Eau, Seine et Bièvre, doivent nous inspirer. Un Forum citoyen de l’eau a été initié par des associations, donnons les moyens d’exister et de se développer.
-en participant à des actions communes avec d’autres régies, des élu.es, des associations qui partagent la même conception de l’eau, pour se faire entendre. Par exemple sur la qualité de l’eau, sur la protection des captages, pour obtenir des mesures concrètes contre la production et l’utilisation des PFAS et des pesticides. Par exemple, pour qu’à la Conférence des Nations Unies pour l’eau prévue en décembre soient entendues les voix de la société civile organisée et pas seulement celles des Etats et des multinationales.
Pour terminer, je ne vais pas vous détailler les réflexions et les actions sur chacun des grands thèmes évoqués précédemment, nous n’en avons pas le temps ce soir. Je veux simplement partager avec vous deux sujets de préoccupations actuels.
Le projet du SEDIF de mise en place d’une filtration membranaire utilisant l’osmose inverse basse pression pour produire l’eau potable. Une enquête publique concernant l’usine de Neuilly-sur-Marne se déroule en ce moment. Nous n’y sommes pas conviés alors que nous achetons 16% de la production de cette usine et que ce projet va renchérir considérablement le tarif de vente de l’eau : le prix de production de l’eau du SEDIF va doubler!
Nous n’avons aucune visibilité sur les datas centers qui risquent d’être construits sur notre territoire dans les prochaines années. Nous avons réussi à réduire la consommation d’eau malgré l’augmentation de la population. Une augmentation importante et rapide de la consommation à cause de nouveaux datas centers pourraient nous conduire à acheter à nouveau davantage d’eau au SEDIF et donc mécaniquement à augmenter les tarifs pour tous les usagers.

Fatah Aggoune
Maire de Gentilly, réélu Président de la régie Eau, Seine & Bièvre

« Merci. Merci de la confiance que vous venez de m’accorder. Je m’efforcerai d’être au niveau de notre collectif de qualité et de ses attentes. Une chose est sûre : vous pouvez compter sur mon engagement total sur ce projet qui me tient particulièrement à cœur.
Je veux dire d’emblée que j’ai bien conscience que nous venons d’horizons différents, de onze villes différentes, parfois de sensibilités différentes. Cette diversité, on dit souvent qu’elle est une chance. Nous avons quoiqu’il en soit le devoir de la faire vivre. Car concernant l’eau, ce qui nous rassemble est bien plus grand que ce qui nous distingue. Et je le dis aux nouveaux administrateurs comme aux plus aguerris : nous aurons besoin de chacune et de chacun d’entre nous pour poursuivre le chemin que nous avons ouvert ensemble.
Ce chemin, reconnaissons le, c’est déjà un chemin de réussite.
Notre régie est jeune — à peine quatre ans depuis que nous avons décidé de nous engager dans cette direction. Et pourtant, regardons le chemin parcouru. En reprenant ce service en gestion publique, sur le territoire de onze communes, pour près de 430 000 habitants et 41 000 abonnés, nous avons fait un pari : croire qu’un service public moderne pouvait être autre chose qu’un guichet lointain.
Nous n’avons pas seulement « re-socialisé » l’eau comme un bien commun. Certes, c’est déjà une beau progrès. Mais je crois pouvoir dire que nous contribuons à inventer un service public d’un nouveau genre, un service public qui serait en quelque sorte co-produit.
Co-produit par les collectivités, qui en sont les garantes.
Co-produit par les agents de la régie, qui font chaque jour, sur le terrain, le travail concret et exigeant de l’eau.
Et co-produit, par les usagers eux-mêmes. Depuis la création de notre régie jusqu’au quotidien d’aujourd’hui, nous avons associé les habitants, jusqu’au cœur de ce conseil d’administration, et avec notre Comité citoyens, une instance unique en France. Je le crois profondément : un service public performant, c’est d’abord un service public démocratisé. C’est aussi une aspiration croissante dans la population et cela donne des résultats.
Réussite, aussi, dans ce qu’il y a de plus concret dans notre activité. Nous avons engagé d’importants travaux sur notre réseau. Notre taux de renouvellement des canalisations a plus que doublé en deux ans, dépassant désormais la moyenne nationale. Nous traquons les fuites, ce premier gaspillage de la ressource, avec des résultats très encourageants. Et nous renouvelons les compteurs, pour alerter plus vite les habitants concernés et mieux gérer la facturation.
Réussite, enfin, sur le prix. Dans une période d’inflation qui étouffe le pouvoir d’achat de nos concitoyens, nous avons gelé le prix de l’eau. Chaque année depuis 2023. Geler le prix quand tout augmente, c’est, en réalité, le faire baisser.
Enfin nous posons des pierres d’avenir, par exemple en signant avec Eau de Paris une convention de recherche, de développement et d’achat d’eau en gros.
Sur ces belles fondations, mes chers collègues, nous allons pouvoir continuer notre travail avec confiance et même aller plus loin.
Avec Eau de Paris, nous avons une perspective décisive pour les prochaines années : déconnecter progressivement notre réseau de celui du SEDIF pour nous reconnecter à une eau de qualité, à un prix maîtrisé — autour de 49 centimes le mètre cube, contre 59 centimes aujourd’hui.
En reprenant ainsi la main sur notre approvisionnement, sur notre ressource, et sur nos factures, nous pourrons aller plus loin pour les familles. Le projet que nous avons voté en février – les dix premiers mètres cubes d’eau gratuits pour chaque foyer, est bien plus qu’une mesure technique. C’est un ballon d’oxygène pour les familles dans le contexte que je viens de mentionner. Et c’est un marqueur d’égalité républicaine que nous pouvons tous partager : les premiers litres, ceux qui sont essentiels à la vie, ne devraient jamais être un luxe.
Autre chantier que j’évoquais à l’instant, nous continuerons, à ouvrir notre gouvernance car rien de durable ne se fait sans l’appropriation des habitants. Ni bien sûr par l’appropriation des enjeux et des dossiers par chacune et chacun d’entre vous, administrateurs. Je m’assurerai personnellement que vous soyez associé·e· à des groupes de travail : sur la tarification sociale, sur les travaux, sur la gouvernance elle-même. Je le redis, cette maison est la vôtre.
Sa réussite dépend de notre capacité à travailler ensemble. J’en donnerai un exemple, pour parler avec franchise et comme Maire, à mes homologues présents. Notre programme de travaux pour les quatre années à venir sera lourd. La déconnexion des grandes canalisations qui nous relient au SEDIF, ces « feeders », imposera des chantiers importants. C’est un progrès : nous reprenons le contrôle de notre eau. Mais c’est aussi, provisoirement, une source de nuisances pour nos habitants. Ces nuisances, nous devons les anticiper, les expliquer, les accompagner. Et nous ne le pourrons qu’ensemble, au plus près de chaque ville. Je compte sur ce travail étroit, et de confiance, avec chacune de vos collectivités.
Je veux, pour finir, redire mon plaisir et ma gratitude. À vous, élues et élus, pour votre confiance. Aux représentants des usagers et des personnels, qui font vivre cette gouvernance partagée. Et aux équipes de la régie, pour leur implication et leur professionnalisme de chaque instant – à commencer par notre directeur général, Quentin Deffontaines, dont je salue l’engagement d’une très grande qualité pour ce service public. Merci à lui.
L’eau est notre bien commun. Le plus précieux, le plus fragile, celui que nous devons aux générations qui viennent. Faisons-en, ensemble, la plus belle des réussites publiques. »
