Pas de fracturation à l’ONU !

Le 10 Octobre 2014,

Nous signons la lettre envoyée à Ban Ki-Moon, au sujet de l’initiative « Energie Durable pour Tous » (Sustainable Energy For All, SE4All) de l’ONU qui semble rester ambigüe au sujet de la place des gaz et pétrole de schiste.

Son Excellence Ban Ki-moon
Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies
Siège des Nations Unies
New York, NY 10017

CC: Kandeh Yumkella, Représentant spécial du Secrétaire général et chef de la direction, SE4ALL
Helen Clark, Administrateur du PNUD
Achim Steiner, Sous-secrétaire général des Nations Unies et Directeur exécutif du PNUE
Monsieur le Secrétaire général,

À la veille du Global Frackdown de 2014, et à la suite de la plus grande mobilisation sur le changement climatique de l’histoire – événement auquel vous avez participé – nous vous appelons à établir sans équivoque que la fracturation hydraulique n’a pas de place dans l’initiative « Energie Durable Pour Tous » (SE4All).

Demain, de nombreuses manifestations auront lieu dans les communautés à travers le monde pour s’opposer à la fracturation hydraulique, ou «fracking», le processus d’injecter dans le sous-sol des millions de litres d’eau, de sable et de produits chimiques toxiques pour extraire le pétrole et le gaz naturel.

De plus en plus de preuves scientifiques montrent que la fracturation n’est pas seulement intrinsèquement dangereuse pour la santé publique et les écosystèmes, mais que la fracturation, plus encore que les combustibles fossiles conventionnels, contribue au réchauffement climatique en raison des fuites de méthane provenant de l’exploitation et du forage de pétrole et de gaz et de leurs infrastructures auxiliaires.

Selon le cinquième rapport de synthèse du Groupe d’Experts Intergouvernemental sur le Changement Climatique de 2013, le méthane du pétrole et du gaz est 87 fois plus puissant à retenir la chaleur que le dioxyde de carbone sur une période de 20 ans et 36 fois plus puissant sur une période de 100 ans. Ainsi, s’il est vrai que le gaz naturel peut être brûler dans des conditions moins polluantes que le pétrole ou le charbon, l’effet cumulatif de l’extraction de gaz et la construction de l’infrastructure de transport nécessaire est une plus grande menace pour la planète. En outre, ces investissements à courte vue ne servent qu’à retarder la transition obligatoire pour les sources d’énergie vraiment renouvelables comme le vent et l’énergie solaire.

Un rapport de 2012 du Programme des Nations Unies pour l’Environnement a conclu que «la fracturation peut entraîner des impacts environnementaux inévitables même si le GNC [le Gaz Non Conventionnel] est extrait correctement, et d’autant plus si la fracturation est faite de manière inappropriée. » (1) Pourtant, lors d’une conférence de presse de l’année dernière, votre porte-parole a déclaré que, « le gaz naturel a un rôle important à jouer dans la transition vers des sources plus sobres en carbone « . (2) Nous vous implorons de voir, au-delà du dioxyde de carbone, la grave menace que représente le méthane pour le réchauffement global. Nous vous encourageons plutôt à vous engager à poursuivre un programme visant à promouvoir les énergies renouvelables à 100% et l’efficacité énergétique.

En outre, il y a des preuves scientifiques bien documentées que la fracturation hydraulique contamine l’eau, pollue l’air, menace la santé publique, provoque des tremblements de terre, et nuit à l’économie locale. Dès 2008, plus de 1000 cas de contamination de l’eau à proximité des sites de forage ont été documentés par les tribunaux, les États et les gouvernements locaux aux Etats-Unis. (3) Beaucoup d’autres cas ont été documentés depuis. De plus, le ‘US Geological Survey’ a mis en évidence un lien entre les tremblements de terre et l’injection des eaux usées pour la fracturation, y compris dans le cas du séisme de magnitude 5-6 qui a frappé l’Oklahoma en 2011. Tandis que l’Oklahoma n’a connu que quelques tremblements de terre par an, ce nombre a grimpé au-delà de 1000, depuis que l’extraction de gaz a vraiment commencé dans cet état. Auprès des sites de fracturation, des polluants dangereux ont été trouvés dans l’air, y compris le benzène (4) , le méthanol, le formaldéhyde et le sulfure de carbone. (5)

Sous prétexte de réaliser l’indépendance énergétique, certains pays veulent se lancer rapidement dans la fracturation tandis que d’autres, comme la Bulgarie, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas, ainsi que des centaines de municipalités à l’échelle mondiale, ont émis des interdictions ou des moratoires. Compte tenu des risques inhérents et des impacts négatifs, la fracturation hydraulique ne devrait pas avoir sa place dans une initiative qui cherche à atteindre la durabilité.

Bien que nous apprécions que la SE4All met l’accent sur l’intensification des énergies renouvelables, nous sommes profondément préoccupés par l’absence de définition des termes essentiels comme « l’énergie moderne » et « durable », qui laisse ainsi la place à une interprétation erronée incluant le gaz naturel, la fracturation et autres pratiques nuisibles. L’initiative SE4All a déjà été utilisée par certains États pour justifier l’énergie nucléaire, des méga-barrages, et l’augmentation de l’extraction de gaz naturel. Le secteur privé utilisera le SE4All comme une initiative sanctionnée par l’ONU et les états pour justifier des investissements dans des pratiques non durables. Beaucoup de ces pratiques seront installées dans des communautés qui n’ont pas accès aux services énergétiques de base.

Nous nous trouvons dans la première année de la Décennie 2014-2024 de l’énergie durable pour tous. Par conséquent, il y a une opportunité de vraiment saisir le leadership pour le climat au plus haut niveau. Cependant, ce leadership ne peut pas être atteint, en ignorant des preuves scientifiques, ni en permettant un cadre de politiques énergétiques, qui ne fait pas de choix clairs et qui inclut le gaz naturel, les méga-barrages, des biocarburants et de la bioénergie industrielle. Ces sources d’énergie nuisent aux objectifs déclarés de véritablement fournir de l’énergie durable pour tous.

Monsieur le Secrétaire-Général, nous demandons que le gaz naturel, extrait par la fracturation hydraulique, ne soit pas considéré comme une source d’énergie durable dans le ‘Sustainable Energy for All Initiative’. Pouvez-vous nous confirmer que la fracturation hydraulique est actuellement exclue des paramètres de SE4All ? Et si ce n’est pas le cas, pouvez-vous nous dire quelles mesures vous allez prendre pour remédier ce problème ?

Nous attendons votre réponse avec impatience.

Signé par,
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(1) https://www.unep.org/pdf/UNEP-GEAS_NOV_2012.pdf
(2) https://www.un.org/News/briefings/docs/2013/db131018.doc.htm
(3) Lustgarten, Abrahm. “Buried Secrets: Is natural gas drilling endangering U.S. water supplies?” ProPublica. November 13, 2008.
(4) https://www.latimes.com/science/sciencenow/la-sci-sn-fracking-benzene-worker-health-20140910-story.html#page=1
(5) United States House of Representatives. Committee on Energy and Commerce. [Minority Staff Report].

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