Précipitations extrêmes et climat

Les précipitations extrêmes et les inondations catastrophiques survenues en Allemagne, en Belgique et aux Pays-Bas relancent les interrogations sur les effets du changement climatique concernant le cycle de l’eau. La hausse des températures augmente la quantité de vapeur d’eau contenue dans l’atmosphère. La vapeur d’eau étant le principal gaz à effet de serre, cela renforce en retour le réchauffement climatique. Mais la dégradation généralisée des cycles de l’eau n’est toujours pas perçue comme une cause essentielle du changement climatique. Il y a un hiatus entre le changement climatique perçu comme un phénomène global et les cycles de l’eau caractérisés au niveau local.  Ce qu’illustrent à leur corps défendant les articles de Reporterre et Theconversation ci-dessous.

Les précipitations extrêmes sont bien causées par le changement climatique

Les activités humaines, par les émissions de gaz à effet de serre, jouent un rôle déterminant dans la survenue de précipitation extrêmes, selon une étude parue dans « Nature Communications ». Un signal anthropique a été identifié dans tous les records de précipitation étudiés de 1982 à 2015. Par Hortense Chauvin dans Reporterre

Une étude, publiée le 6 juillet dans Nature Communications, montre que ces évènements ne sont pas uniquement dus à la variabilité naturelle du climat. Les activités humaines, et en particulier les émissions de gaz à effet de serre, ont joué un rôle déterminant.

De nombreux modèles avaient déjà montré que le réchauffement climatique devrait entraîner une intensification des précipitations dans les années à venir. Jusqu’à présent, les scientifiques éprouvaient cependant des difficultés à prouver que cela avait été le cas historiquement. « Étant donné que le monde s’est déjà réchauffé de plus d’un degré Celsius depuis la révolution industrielle, il est logique que des changements dans le cycle de l’eau aient commencé à se produire », dit à Reporterre Gavin Madakumbura, doctorant à l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA) et coauteur de cette étude.

À mesure que l’air se réchauffe, la quantité de vapeur d’eau qu’il contient augmente

D’autre part, la majorité des études publiées précédemment sur le sujet n’avaient identifié un lien de causalité entre les activités humaines et les précipitations extrêmes qu’à une échelle régionale, et non mondiale. « Afin de détecter une influence humaine, les méthodes utilisées auparavant nécessitaient des bases de données couvrant plusieurs décennies, précise le chercheur. Mais ces bases de données sont rares, et limitées à quelques régions seulement. » (…)

À mesure que l’air se réchauffe, la quantité de vapeur d’eau qu’il peut contenir augmente. « Ce mécanisme peut rendre les tempêtes plus violentes. Et cette intensification devrait être plus ou moins homogène spatialement dans le monde. »

Si cette étude a le mérite de prouver l’existence d’un lien entre précipitations extrêmes et activités humaines, certains aspects de la question doivent encore être précisés : « Nous n’avons pas quantifié dans quelle mesure chaque type d’activités humaines contribue aux précipitations extrêmes, dit Gavin Madakumbura. Les émissions de gaz à effet de serre, les aérosols et les changements d’usage des sols peuvent tous avoir une influence. » (…)

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La dégradation du cycle de l’eau

C’est ce que souligne le témoignage ci-dessous, recueilli par Thomas Schnee dans un autre article de Reporterre, En Allemagne, les inondations obligent les politiques à prendre le climat « plus au sérieux »

Pour Dirk Jansen, directeur régional du Bund, l’une des principales associations allemandes de protection de l’environnement, le changement climatique est clairement en action, mais pas seulement : « Les dégâts humains et matériels causés par les flots sont aussi dus à l’impossibilité des sols d’absorber le trop-plein d’eau. Non seulement les sols étaient déjà détrempés, mais la densité de bâtiments, de routes et de champs agricoles que nos lois ont permis empêche tout simplement le trop-plein d’eau de s’écouler dans le sol. Le résultat, ce sont des crues violentes comme dans la vallée de l’Ahrtal, où les dégâts sont majeurs. »

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Pluies intenses et changement climatique, quel rapport ?

Dans le contexte des intempéries récentes, on entend dans les médias tout et n’importe quoi sur les relations entre précipitations record et changement climatique. Comment relier un évènement ponctuel, lié à la situation météorologique, et des changements sur le long terme ? Par Valérie Masson-Delmotte dans Theconversation.com 

Les chercheurs en sciences du climat développent analyses, observations et simulations pour évaluer s’il y a des changements significatifs dans l’intensité ou la fréquence des évènements extrêmes (ce qu’on appelle « la détection ») et, le cas échéant, comprendre les causes de ces changements (ce qu’on appelle « l’attribution »). De nouvelles méthodes sont mises au point pour comprendre si la même situation météorologique aurait eu le même effet, avec ou sans réchauffement du climat.

L’augmentation de l’effet de serre, due aux activités humaines, entraîne un réchauffement des océans et de l’atmosphère, près de la surface. Ce phénomène peut renforcer l’évaporation. Une atmosphère plus chaude peut potentiellement transporter 7 % d’humidité en plus par degré de réchauffement, conformément à la relation de Clausius-Clapeyron.

Des questions restent cependant ouvertes sur la manière dont le réchauffement peut affecter la circulation atmosphérique ou les mouvements verticaux, importants pour les pluies de forte intensité.

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