La nouvelle ligne de partage des eaux

Quels sont les nouveaux équilibres politiques dans le domaine de l’eau à la suite des élections municipales? Nos premières analyses et un article de la Gazette des communes qui pointe les derniers reculs du gouvernement dans le dossier de l’eau et les difficultés qui attendent les maires.

A Paris, la menace que faisait peser Rachida Dati, très liée aux groupes financiers, a été écartée. La nette victoire de la gauche et des écologistes  garantit l’avenir d’Eau de Paris qui est un point d’appui essentiel pour le développement de la gestion publique dans toute l’Île-de-France.

A Est Ensemble, Grand Orly Seine Bièvre et Grand Paris Sud, les équilibres politiques sont peu modifiés et vont permettre de consolider  les régies publiques créées au cours du dernier mandat.

De nouvelles perspectives pour la gestion publique

Autre motif de satisfaction en Île-de-France, de nouvelles perspectives s’ouvrent pour une gestion publique et citoyenne de l’eau à Plaine Commune, au Blanc-Mesnil et à Mantes-la-Jolie, avec les changements de maires intervenus lors des élections municipales. Bally Bagayoko a sèchement battu Mahieu Hanotin dès le premier tour à Saint-Denis. On se souvient qu’un des premiers actes de Mathieu Hanotin, élu président de Plaine Commune en 2020, avait été de faire adhérer ce territoire au Syndicat des Eaux d’Île-de-France (SEDIF) lié à Veolia (Lire Revirement à Plaine Commune), alors que les territoires Est Ensemble et Grand Orly Seine Bièvre faisaient à l’inverse le choix de rester hors du SEDIF pour créer leur propre régie publique au cours du mandat 2020-2026. Il faut compter aussi avec Aubervilliers qui passe de droite à gauche avec Sofienne Karroumi. Et la réélection de Mohamed Gnabaly (dès le premier tour avec 57% des voix!) à L’Île-Saint-Denis et d’Azzedine Taibi à Stains, deux maires engagés de longue date en faveur de la gestion publique. Tous les signaux sont au vert pour  le Collectif eau publique de Plaine Commune qui mène avec la Coordination EAU Île-de-France le combat pour la gestion publique de l’eau.

Quant au Blanc-Mesnil, la déliquescence de la gestion de l’eau  longtemps confiée à la Saur, puis à la Nantaise des eaux avant de tomber dans l’escarcelle de Suez, était notoire (Lire Le Blanc-Mesnil, une gestion de l’eau chaotique). Là aussi un changement est maintenant possible.

A Mantes-la Jolie, le maire sortant Raphaël Cognet, également président de l’intercommunalité GPS&O a été largement battu par Adama Gaye, soutenu par LFI. Ces dernières années ont été marquées par des changements de délégataire et par des hausses massives des factures d’eau et aussi par les luttes pour le retour à la gestion publique menées notamment par l’AREP-Val de Seine. Lire Pour une régie publique de l’eau, c’est le moment.

Incertitudes dans plusieurs métropoles

A Marseille, la gauche est les écologistes l’ont également emporté. Mais l’eau est gérée au niveau de la métropole d’Aix Marseille. On peut se féliciter de la défaite de Martine Vassal, ancienne présidente de la métropole, très liée au Conseil mondial de l’eau et à Veolia; son groupe est à présent très réduit. Il y a un important groupe de gauche et un important groupe de droite, sans qu’aucune majorité absolue ne se dégage. Rien d’automatiquement gagné dans cette situation, mais des avancées sont possibles.

A Montpellier, pas de changement au niveau de la ville mais dans la métropole, de nombreuses communes sont passées à droite. Le président de la régie publique de l’eau, René Revol a été battu. Maire de Grabels depuis 18 ans, il était le pilier du combat pour le retour en gestion publique de l’eau…

A Lyon aussi, le maire a été réélu mais la métropole est passée à droite. Ce qui peut susciter des inquiétudes au vu des revirements de la nouvelle présidente de la métropole, Véronique Sarselli. Répondant aux questions d’Eau bien commun Lyon Métropole, les réponses de sa liste étaient plutôt rassurantes. Mais dans un second temps, elle a remis en question la gestion de la régie. Lire Lyon, la régie publique menacée?

Dans la métropole Nice côte d’azur, le maire de Saint-Martin-du-Var, président de la régie publique de l’eau, a été élu au premier tour. Mais la ville de Nice est passée de la droite à la droite extrême. Le maire sortant, Christian Estrosi, avait été à l’initiative du passage en régie en 2015, après environ une centaine d’années de délégation à Veolia…

Si vous avez d’autres informations et analyses sur la gestion de l’eau après les élections municipales, n’hésitez pas à nous les partager en envoyant un message à coordination@eau-iledefrance.fr

L’eau de la discorde

L’eau sera l’un des sujets prioritaires du prochain mandat pour bon nombre de maires et leurs équipes. Face à la multiplication des incidents (sécheresses et pollution notamment), c’est toute la gouvernance de l’eau qui est en crise. D’autant que la position de l’État est tout sauf claire.
Voilà un dossier que nombre de maires vont prendre en pleine face, sans pouvoir l’esquiver, tant la pression est forte. On veut parler de l’eau, bien vital s’il en est. Au centre de toutes les attentions, mais aussi de toutes les convoitises, elle suscite des tensions qui augmentent au fur et à mesure que sa disponibilité s’amoindrit et que sa qualité se dégrade.
Pour le coup, l’adage qui veut que « le maire est l’élu à portée de baffes » trouve particulièrement à s’appliquer. Car c’est bien lui que les administrés interpellent quand les sécheresses tarissent les sources et l’eau au robinet ou lorsque la distribution doit être interrompue après la détection d’une pollution qui menace leur santé.
Face à la multiplication des incidents et des accidents, c’est toute la gouvernance de l’eau qui est en crise. D’autant que la position de l’État est tout sauf claire. Et que l’on peut se demander si, à la lumière de deux événements récents, il s’attache à défendre un bien commun ou les intérêts particuliers d’une catégorie d’utilisateurs – les industriels et les agriculteurs – au détriment de ceux de la population.

Intelligence locale

La lutte contre les PFAS, en premier lieu. Reçue par le cabinet de la ministre de la Transition écologique, juste avant le premier tour des élections, une délégation de collectivités, emmenée par Amaris, a appris le report de la publication d’un rapport qui devait identifier les pistes de financement de dépollution de l’eau potable. Dans le même temps, le décret exigé par la loi de 2025 pour taxer les PFAS rejetés par les industriels reste dans les limbes et les collectivités, le bec dans l’eau.
En second lieu, le « moratoire sur toutes les décisions relatives aux questions de la politique de l’eau » décidé par le Premier ministre en janvier, qui a conduit l’État à bloquer, début mars, le schéma d’aménagement et de gestion des eaux du bassin de la Vilaine, pourtant adopté par une rare unanimité des acteurs locaux.
À l’heure où le gouvernement ne cesse de vanter l’intelligence locale contre les oukazes hors sol parisiens, la décision fait tache. Et augure bien mal du nouvel acte de décentralisation annoncé par le Premier ministre.

Lien vers l’article de la Gazette en accès libre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *