Face à la dégradation continue de nos nappes et cours d’eau, l’Agence de l’Eau Seine Normandie et l’Institut des resources environnementales et du développement durable (IREEDD) publient une étude édifiante : la préservation à la source est 3 fois moins chère pour la collectivité et 13 fois moins chère pour les abonnés que le traitement en usine. Une étude qui prouve l’absurdité du « Tout curatif ».


Lire la Synthèse de l’étude « Comparaison économique de scénarios préventifs et curatifs sur les aires d’alimentation de captages du bassin Seine-Normandie »
En résumé …
Diagnostic et dégradation continue des ressources en eau
Une dégradation généralisée : l’état des lieux 2025 du bassin Seine Normandie met en évidence une hausse continue des pollutions diffuses d’origine agricole (nitrates, pesticides, phosphore).
Une projection à 2033 : si aucune mesure supplémentaire n’est prise, 72% des nappes souterraines et 44% des cours d’eau seront significativement dégradés par les pesticides. En nitrates, 51% des nappes et 32% des cours d’eau seront affectés.
Les limites des politiques actuelles : les contrats de captage locaux peinent à massifier les changements de pratiques et à offrir des résultats rapides en raison des temps de réponse hydrologiques du milieu.
La « tenaille » agricole : les agriculteurs se retrouvent pris entre logique économique incitative de la PAC d’une part, et les contraintes réglementaires environnementales d’autre part, engendrant une inefficacité globale.
Principaux résultats financiers et structurels
L’étude s’appuie sur 21 Aires d’Alimentation de Captage (AAC) représentatives du bassin et évalue les trajectoires financières sur un horizon de 40 ans:
Scénario du « Tout préventif » : action à la source pour éliminer le besoin de traitement en usine de potabilisation des nitrates et pesticides.
Scénario du « Tout curatif » : construction et exploitation d’infrastructures de potabilisation en usine à partir d’eaux brutes polluées (investissement, maintenance, énergie, réactifs, personnel).
Un coût total 3,2 fois plus élevé pour le curatif
En moyenne sur 40 ans, la dépollution en usine coûte 3,2 fois plus cher pour la collectivité au sens large que la prévention à le source.
Un reste à charge 13 fois supérieur pour le service d’eau et les abonnés
Déduction faites des subventions publiques (l’AESN et les financeurs soutenant la prévention jusqu’à 80%), le curatif coûte en moyenne 13 fois plus cher au service d’eau. Ce surcoût se répercute directement sur le prix de l’eau payé par l’usager.
Exposition extrême à l’inflation énergétique
L’énergie représente à elle seule 42% des coûts d’exploitation curatifs. En cas de hausse de l’inflation (énergie/travaux), la dépollution voit son coût multiplié par 2 à 5, tandis que le préventif reste très stable (multiplié par 1,2 à 1,7).
Co-bénéfices massifs du préventif
Le préventif préserve la santé publique et des agriculteurs (exposition aux pesticides), protège la biodiversité, les sols, l’air et le climat, et évite la surconsommation d’eau (le lavage des filtres en curatif consomme 10 à 20 % de l’eau prélevée).