Le castor revient en Île-de-France

 Surveillant de rivière au Siarce depuis 20 ans, Thierry Fuhrer est le premier à avoir repéré des traces de cet animal disparu de la région depuis 150 ans. Article de Cécile Chevallier, publié le 22 juillet 2018 dans Le Parisien Essonne.

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Ces traces sont typiques du castor, plus gros rongeur d’Europe. LP/Cécile Chevallier

Thierry Fuhrer accoste sa barque « quelque part » sur une berge de l’Essonne. Il nous fait descendre. Au bout de quelques pas à peine, il sourit et montre : « C’est là, c’est ce terrier-hutte que j’ai découvert par hasard en mai 2016 ! » Deux ans plus tard, le surveillant de rivière au Siarce (syndicat intercommunal d’aménagement, de rivières et du cycle de l’eau) est toujours aussi émerveillé d’avoir été le premier à détecter des signes de passage du castor en Ile-de-France. Un miracle, puisque ce mammifère semi-aquatique, chassé pour sa fourrure jusqu’à la fin du XIXe siècle, avait totalement disparu de la région depuis plus de… 150 ans.

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Thierry Fuhrer, surveillant de rivière pour le Siarce, a été le premier en 2016 à découvrir des traces du retour de l’animal semi-aquatique en Ile-de-France, avec ce terrier-hutte en bord de l’Essonne. LP/Cécile Chevallier

Ce jour de mai 2016, Thierry Fuhrer s’en souvient parfaitement. « Un arbre était tombé et il fallait le couper, raconte-t-il. En arrivant sur place, je n’étais pas content car il y avait des branches partout. J’ai d’abord pensé que l’entreprise n’avait rien rangé. Puis en regardant de plus près, j’ai compris qu’il s’agissait d’une hutte de castor. » Une découverte à laquelle il n’aurait jamais osé rêver, lui l’ancien menuisier reconverti en surveillant de rivière après un accident de travail il y a 20 ans.

Pour ne pas passer pour un illuminé, il se contente d’envoyer les photos à ses collègues, au conseil départemental… C’est rapidement le branle-bas de combat lorsqu’il assure à tout ce petit monde qu’il a pris ses clichés dans la vallée de l’Essonne. Paul Hurel, chercheur à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS), en charge du suivi du plus gros rongeur d’Europe pour la région, vient sur place et confirme les intuitions de Thierry Fuhrer : le castor est de retour en Ile-de-France.

Depuis, le surveillant de rivière a suivi une formation avec Paul Hurel et est devenu référent castor pour le département. Il a découvert de très nombreuses autres traces : des arbres découpés, d’autres terriers-huttes, des branches disposées comme seul le castor sait le faire. « Autant d’éléments qui ne font aucun doute et qui sont très distincts des traces que peut laisser un ragondin, assure Thierry Fuhrer. On est donc certain que le castor est passé en Ile-de-France, en tous les cas dans la vallée de l’Essonne. »

Mais impossible d’affirmer qu’il s’y est réinstallé. « Car personne ne l’a vu dans la région, poursuit Thierry Fuhrer. Dans la région d’Orléans (NDLR : Loiret), on peut en voir rien qu’en se baladant. Nous n’avons pas non plus trouvé de castoréum (NDLR : une sécrétion huileuse et odorante produite par des glandes spécifiques du rongeur), ni de nouveau terrier. Il est donc passé par l’Essonne pour se nourrir, mais il n’y a pas élu domicile. Ou alors il est très bien caché. »

Avec les opérations de coupe d’arbres qui se déroulent en ce moment le long des rives, Thierry va redoubler de vigilance. « Le castor passe souvent après ces travaux d’élagage pour récupérer des branches », confie-t-il, espérant qu’un spécimen montrera un jour le bout de sa queue plate au fil d’une de ses inspections.

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