Lettre ouverte des collectifs eau publique

Les collectifs eau publique  s’adressent à Matthieu Hanotin, nouveau président (PS) de Plaine Commune, qui a mis à l’ordre du jour du prochain conseil de territoire mercredi 9 septembre l’adhésion au SEDIF. Une initiative prise sans faire le bilan de l’étude menée et sans informer ni consulter les habitants. Le maire de Saint-Denis est soutenu par Gilles Poux (PCF), maire de La Courneuve, et les maires de droite mais prend à contre-pied une partie de sa majorité qui a pris des engagements en faveur de la gestion publique devant les électeurs. Les collectifs  eau publique appellent à un rassemblement mardi 8 septembre à 18h30 devant la mairie de Saint-Denis.

Le collectif a envoyé le courrier ci-dessous à tous les élus  municipaux et territoriaux:

« Cher.e.s conseiller.e.s municipaux et territoriaux,

Nous venons d’apprendre que Mathieu Hanotin souhaite mettre à l’ordre du jour du prochain conseil de territoire du 8 septembre le vote du retour au SEDIF pour l’ensemble des villes de Plaine Commune.

Vous n’êtes pas sans savoir qu’en 2017 l’ancien conseil de territoire fait le choix de ne pas réadhérer au SEDIF et qu’en 2018 il a décidé de passer une convention avec le SEDIF pour étudier un possible passage en régie après les élections de 2020, avec les EPT d’Est Ensemble et du Grand Orly Seine Bièvre.

Un budget de 200 000€ a été voté et une étude a été lancée avec un comité de pilotage auquel ont participé des collectifs d’habitants, le Conseil de développement et des élus.

Retourner au SEDIF dès le premier conseil territorial revient donc à ne pas tenir compte de cette étude, mais aussi du travail des élus (actuels et anciens) et de l’engagement des habitants sur cette question primordiale qui les concerne.

C’est aussi prendre au dépourvu les équipes municipales qui se sont engagées, pendant leur campagne, sur un passage en régie publique de l’eau.

Cette décision est très lourde de conséquences et engage l’avenir du service de l’eau pour tous les habitants du territoire bien au delà de la durée de votre mandat. L’attachement aux principes de la democratie implique que la population soit informée des enjeux, associée à un débat public, consultée. A minima tous les élus territoriaux et municipaux devraient avoir accès à l’ensemble d’un dossier étayé. Force est de constater que nous n’y sommes pas.

L’étude sur laquelle doit s’appuyer votre décision apporte la conclusion suivante : « Aussi, ne faut-il pas déduire des simulations effectuées que la régie est un mode de Gestion conduisant à des tarifs non compétitifs ». Une double négation s’annulant il aurait été plus simple d’écrire : « Aussi, faut-il déduire des simulations effectuées que la régie est un mode Gestion conduisant à des tarifs compétitifs »

Pendant les auditions menées par le COPIL, Claire Carpentier, secrétaire générale d’Eau de Paris, et Gabriel Amard, ancien maire de Viry-Chatillon, ont été très clairs : le passage en régie publique de l’eau n’est absolument pas un problème technique, mais une volonté politique.
Jacques Tcheng, Directeur Général des Eaux de Grenoble, a lui aussi clairement expliqué que les travaux demandés par le SEDIF n’étaient pas nécessaires et ne se justifiaient aucunement. De plus, sur la question de la rétrocession et du prix de l’eau, des négociations seront à mener, pour faire valoir nos droits.

Dans tous les cas, les villes qui ont créé une régie publique de l’eau, ont permis aux factures des usagers de baisser. Il n’existe pas de cas dans lequel un passage en régie publique s’est soldé par une augmentation du prix de l’eau. Il n’y a aucune raison pour qu’il en soit autrement à Plaine Commune à partir du moment où la volonté politique est forte et sans faille : Nice, Grenoble, Paris, Brest, Reims, Besançon, Rennes et près de nous Viry-Chatillon… Le passage en régie publique est un mouvement de fond, pas une lubie de radicaux.

Voilà 98 ans que le SEDIF donne la délégation du service public de l’eau à Véolia. Jamais le SEDIF et les élu.e.s y siégeant n’ont fait la moindre avancée vers une gestion publique de l’eau. Nous pouvons raisonnablement considérer qu’après 98 ans, ceci n’est pas dû au hasard, que ce statu quo est bien le fruit d’une non-volonté politique et d’intérêts financiers qui sont à l’œuvre aujourd’hui comme hier.

Véolia c’est :

Un chiffre d’affaires sur l’Eau en retrait de -0,1 % à périmètre constant au 31 décembre 2018 par rapport au 31 décembre 2017 (sous l’effet de la baisse des volumes de -0,7 %). Ces baisses sont partiellement compensées par une indexation tarifaire en hausse (+0,7 % en 2018 contre +0,2 %en 2017), P79 bilan financier 2018

Paiement du dividende : L’assemblée générale mixte des actionnaires du 19 avril 2018 a fixé au titre de l’exercice 2017 le paiement d’un dividende à 0,84 euro par action, soit une augmentation de +5 % par rapport à 2016. Ce dividende a été versé en numéraire le 16 mai 2018 pour un montant total de 463 millions d’euros P 76 bilan financier 2018

Pensez-vous vraiment que ces dividendes et que ces augmentations ne pèsent pas sur les usagers ?

Le SEDIF c’est

– Une délégation de service public (DSP) à Veolia depuis sa création en 1922 -98 ans-,
– Un président André Santini élu depuis 1983 -37 ans-.
– C’’est, en 2010, une majorité d’élu.e.s de gauche,officiellement pour la régie publique, qui vote à bulletin secret pour la délégation de service public à Veolia.

Jamais une majorité de gauche n’a remis la DSP en question. Elles n’ont pas même réussi en 37 ans à changer de Président.

Pensez-vous sincèrement qu’un retour au SEDIF permettra un jour une gestion publique de l’eau ?

Reprendre en gestion publique la distribution de l’eau pour que celle-ci soit vendue à prix coûtant c’est créer les fondations pour sortir de ce système qui pénalise les usagers pour enrichir quelques-uns.

Le SEDIF c’est Véolia, ça pourrait être Suez, mais ça ne sera jamais la régie à prix coûtant. Du reste, on serait en droit de se demander pourquoi le SEDIF fait tant de difficultés aux villes qui veulent le quitter, si son seul souci était simplement l’intérêt général.

Le SEDIF fait tellement de difficultés (travaux, rétrocession du patrimoine, vente d’eau en gros, …) que pour être à l’équilibre il a été proposé et retenu par le COPIL de baser la durée du renouvellement des canalisations sur celle en vigueur dans la plupart des territoires en France. Il ne s’agit pas ici d’un entretien du réseau au rabais, mais là encore d’un moyen temporaire de contourner les problèmes et de reprendre notre liberté.

Un des points soulevés par Eau de Paris était aussi de faire des investissements justes et nécessaires et de stopper la course folle du SEDIF aux investissement coûteux, pas toujours réellement justifiés et toujours réalisés par Veolia ou des filiales.

Retourner au SEDIF c’est se retrouver soumis à des décisions contraires aux intérêts des usagers, sans avoir la moindre chance de pouvoir s’y opposer, comme ce fut déjà le cas par le passé, et ce qui a conduit des élus et des citoyens à lutter pour en sortir.

Pour terminer, le changement climatique et la pollution de l’eau sont autant de promesses de bénéfices pour Veolia. La gestion écologique de la ressource est contraire à ses intérêts et, à l’heure où vous êtes censés vous engager pour le Pacte Climat et faire de l’écologie une de vos priorités, ce retour précipité au SEDIF pose de sérieuses questions sur la cohérence, pour ne pas dire la sincérité, du projet qui vous a été présenté.

Si nous sommes clairement pour la création d’une régie publique de distribution, ce que nous demandons aujourd’hui c’est un débat public, qui ne devrait faire peur à personne, encore moins à des élu.es. Nos arguments sont solides.

Vous avez fait le choix d’être élu.e.s, vous vous êtes engagé.e.s devant les citoyen.ne.s et aujourd’hui vous devez faire un choix pour notre avenir. Nous vous demandons d’obtenir, avec nous, un débat devant les habitant.e.s pour qu’ils connaissent les enjeux sur l’eau et de ne pas laisser cette question cruciale se décider, dans une enceinte à huis clos, sans donner la moindre information aux habitant.e.s, citoyenn.e.s et usagers.

Nous en appelons particulièrement aux maires et aux élu.e.s qui avaient inscrit cet engagement dans leur programme, à le respecter. Nous vous soutiendrons. Soutenez-nous.

Bien à vous,

Les Collectifs Eau publique Plaine Commune »

2 réflexions sur « Lettre ouverte des collectifs eau publique »

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