Osmose inverse basse pression et plomb : la grande contradiction

Quand le projet d’eau ultra-pure du SEDIF s’éloigne des recommandations sanitaires basiques. Une nouvelle contribution de la Coordination EAU Île-de-France à l’enquête publique sur les travaux prévus dans les usines de Choisy-le-Roi et Méry-sur-Oise.

Le SEDIF justifie son projet Filtration Membranaire Haute Performance/Osmose Inverse Basse Pression par une exigence accrue de « pureté » de l’eau potable, au nom de la santé publique et de la protection des usagers. Présenté comme une réponse technologique aux micropolluants, ce projet lourd et coûteux se veut emblématique d’une ambition sanitaire renforcée.

Pourtant, cette posture entre en contradiction avec une réalité structurelle non traitée exhaustivement : la persistance de branchements en plomb sur le réseau de distribution d’eau potable et celles de certaines canalisations.

Depuis longtemps, la dangerosité du plomb est établie, en particulier pour les femmes enceintes et les enfants. Cette considération a conduit à une évolution claire du droit. La directive européenne 98/83/CE, transposée en droit français dans le Code de la santé publique (notamment l’article L.1321-1), impose une eau propre à la consommation humaine. Le décret n°2001-1220 du 20 décembre 2001 a fixé une valeur limite de concentration en plomb dans l’eau potable à 10 µg/L, seuil devenu pleinement opposable au 1er janvier 2013. En pratique, cette exigence rend illégale la présence de branchements en plomb, leur remplacement constituant la seule solution pérenne.

Or, le SEDIF ne peut ignorer l’existence de branchements en plomb résiduels, en dépit des campagnes de renouvellement menées, de même que de joints, en plomb, permettant la jonction d’anciennes canalisations en fonte grise. En effet, les plans de remplacement des branchements en plomb n’ont pas été achevés de façon exhaustive, sans parler des nombreuses conduites en fonte grise subsistantes, de fait associé à du plomb. Or, l’OIBP va faire circuler dans les conduites et branchements une eau plus agressive, ce qui va conduire à abraser les conduites de façon accrue et donc à des départs dans l’eau de matériaux enrobant ces conduites, en premier lieu le plomb, connu pour sa fragilité.

Il y a là une incohérence majeure : d’un côté, promouvoir une ultra-purification de l’eau brute, dans une logique technologiste ; de l’autre, laisser subsister dans les réseaux des matériaux néfastes pour la santé, dont la nocivité va être accentuée par la technologie prônée elle-même, technologie pourtant censée portée une eau plus pure.

Cette contradiction interroge sur les priorités affichées. Car purifier toujours plus une eau qui sera ensuite dégradée par son mode de distribution n’apparaît ni rationnel, ni conforme à l’objectif de santé publique. La protection des usagers commence par l’élimination des sources de pollution les plus basiques, les plus connues, et les plus directement dangereuses.

Le débat autour de l’OIBP ne peut donc être réduit à une opposition entre technophile et technophobe. Il pose une question politique centrale, notamment en termes de priorités : pourquoi investir des milliards dans une fuite en avant technologique, tout en occultant des obligations légales ou fondamentales de mise en conformité des réseaux ?

Tant que les branchements en plomb et les anciennes canalisations en fonte grise ne seront pas intégralement remplacés, la prétention à une eau « toujours plus pure » restera un discours de façade, déconnecté des réalités sanitaires et réglementaires.

Liens vers l’enquête publique

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