De l’eau, pas des puces!

Le 1er avril 2023, nous étions mille à manifester à Crolles contre l’accaparement des ressources par les industriels de l’électronique et l’agrandissement du géant STMicroelectronics, qui produit des puces électroniques. Aujourd’hui c’est sa voisine Soitec qui veut s’agrandir, pour fabriquer des semi-conducteurs pour batteries de voitures électriques. Trois journées d’actions sont organisées début avril cette année. Par le Collectif StopMicro.

Accaparement de l’eau à l’heure des sécheresses à répétition, rejet de produits chimiques, consommation électrique délirante, le tout pour la production d’objets connectés et pour l’armement : ces projets d’agrandissements d’usines promettent un désastre environnemental.

Une consommation d’eau potable délirante

Le secteur de la microélectronique est très gourmand en eau : il faut 1700 litres pour rincer une seule plaquette de silicium. L’été, quand les particuliers n’ont plus le droit d’arroser leur potager, ST et Soitec continuent d’engloutir l’eau potable du réseau. Leur consommation, en constante augmentation, va encore monter avec les extensions : après son agrandissement, ST prévoit de consommer 21 500 m³ d’eau potable par jour, soit 249 litres par seconde, une augmentation de 190 % par rapport à 2021 (chiffres MRAE).

Le numérique pollue nos rivières

Les « 60% de recyclage » annoncés par l’industriel ne diminuent pas sa consommation d’eau, car il n’y a pas de recyclage chez STMicroelectronics, juste une « réutilisation » de l’eau qui sert à la climatisation des salles (25% de sa consommation). Pour les 75% restants, l’eau potable en entrée ressort chargée des produits hautement toxiques que l’usine utilise à hauteur de 20 000 tonnes par an : ammoniac, chlore, hexafluorure, phosphore, azote, cuivre… L’eau qu’elle souille est retraitée par sa station de traitement puis rejetée dans l’Isère. Par exemple, pour l’azote, ST est autorisé à déverser l’équivalent d’une ville de 53 000 habitants qui ne traiterait pas ses rejets. ST et Soitec doivent cesser de polluer l’Isère !

Démocratie : le compte n’y est pas

Ces agrandissements d’usines se font dans un véritable déni de démocratie. L’enquête publique pour l’exploitation du site de Crolles a eu lieu alors que les travaux de la première tranche étaient presque achevés. Les gendarmes ont relevé les plaques des voitures de tous les participant-es à la deuxième réunion de l’enquête publique. Cette situation témoigne de la façon dont fonctionnent nos sociétés industrielles : plus la technologie est complexe, moins les populations ont de pouvoir sur leurs vies.

L’électronique au service de l’armée

Les semi-conducteurs de ST équipent les drones kamikazes KUB-BLA de l’armée russe, et ST est un acteur majeur en semi-conducteurs de la défense. C’est vrai aussi de Soitec, qui participe de longue date à l’industrie de l’armement. La technologie SOI a été créée par le CEA pour disposer de composants adaptés au nucléaire militaire. Championnes de la « death.augmented », ST et Soitec sont complices des guerres et de la menace nucléaire. Leurs activités reposent sur la mort et la destruction : elles sont immorales.

Une fabrique de gadgets

Les puces fabriquées dans le Grésivaudan sont utilisées dans des machines à gazon automatiques, dans des bouteilles d’eau connectées, par le réseau de satellites Starlink d’Elon Musk ou dans les smartphones (Google Pixel 7 par exemple). Les batteries des voitures électriques sont également très demandeuses en semi-conducteurs. Mais avons-nous vraiment besoin de tout cela ? Pour notre part, nous refusons le monde connecté, l’« internet des objets » et la « life.augmented » Nous voulons une société avec plus d’humain et moins de numérique, une société où l’on ne soit obligé d’utiliser des outils extrêmement perfectionnés pour chaque acte du quotidien.

Des subventions publiques pour des profits privés

Entreprise « franco-italienne », STMicroelectronics a son siège en Suisse et paye ses impôts aux Pays-Bas, le 4ème paradis fiscal au monde. C’est néanmoins l’État français qui finance l’agrandissement à hauteur de 2,9 milliards d’euros (soit 2,9 millions d’euros par emploi créé). Ce budget est provisionné dans le volet semi-conducteurs de France 2030 (5,5 milliards d’euros), lui-même inclus dans le European Chips Act, un plan européen qui veut augmenter drastiquement la production de puces en Europe.

La « souveraineté industrielle » est un mensonge

Les nouvelles usines de ST et Soitec auraient soi-disant pour but de rendre l’Europe « souveraine » en puces électroniques. En réalité, comme on consomme de plus en plus de puces (+15 % par an), les usines du Grésivaudan ne vont pas remplacer des usines en Asie mais s’y ajouter. Et de quelle souveraineté parle-t-on quand on sait que 95% de la production mondiale des métaux rares utilisés pour la fabrication des puces vient de Chine ?  La meilleure façon de ne pas dépendre des usines asiatiques est d’utiliser moins d’électronique. Cela passe par reconquérir notre autonomie face au mode de vie industriel et connecté qu’on nous impose, face au pouvoir des multinationales.

Le numérique est anti-écologique

On entend souvent que le numérique participerait à se passer de pétrole et à « construire un monde bas-carbone ». En réalité, on n’a jamais autant consommé de pétrole qu’aujourd’hui : le numérique accélère la consommation d’énergies fossiles. On nous fait croire que le numérique « dématérialise » les activités, mais chaque objet connecté dépend en fait d’une immense infrastructure technologique. La numérisation a un impact concret sur les milieux (mines, consommation électrique, décharges, pollution des rivières…). L’augmentation de la production de puces constitue un renforcement des logiques de destruction planétaire.

Nous n’avons pas besoin du monde connecté

Les puces électroniques sont-elles indispensables à la vie en société ? À la différence de l’eau qui, elle, est un besoin, les semi-conducteurs ne relèvent ni de la nécessité ni de la fatalité, mais d’un choix politique : celui du mode de vie connecté. En quelques dizaines d’années, nous semblons avoir oublié que d’autres manières de se rapporter au monde sont possibles, et sans doute plus désirables que le mode de vie du tout-écran, de la connexion permanente et de la surconsommation de ressources (eau, électricité, métaux rares).

La course à l’innovation : une aberration historique

Le projet de faire du Grésivaudan un pôle de la microélectronique ne répond pas à des enjeux locaux, mais à des choix géopolitiques, économiques et militaires : Taïwan est le leader mondial des puces, l’Europe doit lui courir derrière, financer le CEA et ses start-up, exploiter plus encore les pays du Sud. L’impératif de la compétitivité nous jette dans une course mondiale à l’innovation mortifère pour l’environnement, les animaux et la planète. À l’heure du dérèglement climatique et d’une extinction de masse des espèces, nous prônons la désertion de cette course qui nous fait perpétuer le désastre écologique et humain. Sortons de la course mondiale à l’innovation et finissons-en avec la recherche du profit à tout prix !

Empêchons les agrandissements de ST et Soitec
5, 6 & 7 avril 2024 à Grenoble et dans le Grésivaudan
Manifestation conférences & actions
No puçaran!

Collectif STopMicro
stopmicro(at)riseup.net
https://stopmicro38.noblogs.org
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