SEDIF: le grand retour de l’OIBP

Pendant le débat public, l’OIBP (osmose inverse basse pression) avait été bannie du vocabulaire du SEDIF  qui préférait brouiller les pistes avec « la filtration membranaire haute performance« . Elle est revenue en force au comité syndical du 25 janvier qui a, sans surprise, choisi Veolia pour continuer à gérer les installations du SEDIF. L’OIBP est le principal enjeu du prochain contrat.

A cinq heures du matin, le 25 janvier, au siège du SEDIF rue Saint Benoit à Paris, des graffitis revendiqués par des salariés du syndicat. Photo DR

La généralisation de l’OIBP aux trois principales usines du SEDIF est un projet pharaonique, estimé jusqu’à présent par le SEDIF à 870 millions d’euros. Ce montant a fait l’objet de nombreuses questions tout au long du débat public en 2023, sans qu’il ne soit jamais précisé, ni actualisé. A tel point que dans son avis final rendu le 10 janvier 2024, la commission du débat public recommande que  « le coût et le financement de l’ensemble du cycle de vie du projet soit précisé au plus vite après la désignation du concessionnaire« . Réuni jeudi 25 janvier en session extraordinaire, le comité syndical du SEDIF  a pour la première fois apporté une réponse et comme il fallait s’y attendre, c’est encore plus cher qu’annoncé. Dans l’offre de Suez, le montant du projet est estimé à 1,2 milliard d’euros, dans celle de Veolia (qui l’a emporté) c’est un milliard cinquante millions d’euros! Tout cela va se retrouver tôt ou tard dans la facture des usagers, même si le SEDIF concentre tous ses efforts pour cacher cette réalité. En effet, il semblerait qu’une partie de cette somme se retrouve dans la part du délégataire -Veolia Eau IDF (environ deux tiers de la facture d’eau proprement dite, hors assainissement et prélèvements de l’agence de l’eau) et une autre dans la part SEDIF (environ un tiers) de la facture d’eau stricto sensu.

Les usagers vont tout payer

Ainsi le SEDIF aurait une indemnité à verser à Veolia de 794 millions d’euros (qui serait donc financée par la part SEDIF de la facture?!)  L’amortissement de cette somme se retrouverait donc dans la part SEDIF qui exploserait dans les prochaines années. Rappelons qu’au 1er janvier 2023, la part SEDIF a déjà augmenté de 21,5%! Mais l’indemnité de 794 millions d’euros ne couvre pas le montant total du projet, il resterait 250 millions financés sur la part du délégataire.

Alors que Suez prévoyait une hausse de sa part de 10,7% en début de contrat et une hausse moyenne de 15,7% pendant toute la durée du contrat, Veolia propose une baisse de 6,2% en début de contrat et une hausse moyenne de 2,4%. Comment est-ce possible? Tout simplement parce qu’il s’agit d’une estimation de l’évolution de la part du délégataire et que rien n’est dit de l’évolution de la part SEDIF… Mais les usagers vont bien tout payer, jusqu’au dernier centime. Et puis Veolia a des réserves avec le SEDIF. Au 1er janvier 2023, sa part a augmenté de 5,5% alors que les dépenses d’énergie sur le contrat SEDIF avaient baissé de 37,6% en 2022 et que ses bénéfices avaient augmenté de 8%. Le SEDIF est la vache à lait de Veolia. 

La préscience de Veolia

André Santini qui entame sa cinquième décennie à la tête du SEDIF, a expliqué que les entreprises avaient déposé une offre initiale en mars 2022 et une offre améliorée le 18 novembre 2022.  La suite du processus a été neutralisée suite à un « dysfonctionnement informatique » (Lire Grosse fuite au SEDIF). Et le SEDIF s’est prononcé sur la base des offres de novembre 2022. Les offres de Veolia et de Suez ont ensuite été présentées et analysées par un bureau d’études, prestataire du SEDIF. Dans un moment grandiose, le rapporteur explique que l’offre de Veolia prend bien en compte le traitement des rejets polluants (les concentrats) selon les demandes du débat public. C’est une sacrée performance de la part de Veolia de répondre par son  offre déposée en novembre 2022, aux questions posées par le débat  public en mai 2023 : on n’est pas numéro un mondial pour rien!

Forte évaporation

Les résultats du vote sont sans appel:  88 pour continuer avec Veolia et 3 contre. Sauf qu’il y a beaucoup d’évaporation au comité syndical du SEDIF! Car le collège électoral comprend 133 votants! 42 représentant.e.s n’ont donc pas voté, ni donné de pouvoir. C’est quasiment un tiers! Alors que ce vote engage l’avenir du SEDIF. Pas davantage de débat non plus. Gilles Poux, maire communiste de La Courneuve, a apporté son habituelle caution de gauche: il est pour la régie publique mais  il doit bien reconnaître que l’offre de Veolia est épatante… Dina Saissac-Deffairi, élue écologiste de Saint-Ouen, s’est prononcée contre l’attribution du contrat à Veolia.  Un troisième élu s’est ému de la poursuite des discussions avec Veolia sur des sujets techniques complexes comme la mise en place de l’OIBP, effectivement il serait temps de s’y intéresser… Et c’est tout! A part Gilles Poux, aucune déclaration enthousiaste en faveur de Veolia, ni même d’argument pour justifier les orientations prises. Au SEDIF, il n’y a plus de débat ni de choix politiques, juste une machine technico-administrative qui fonctionne en roue libre. Cela s’était déjà vu au moment du débat public sur l’OIBP qui n’avait pas été assumé par les élu.e.s. Silence de fin de règne, en attendant la chute finale?

Rue Saint Benoit à Paris, le siège du SEDIF le 25 janvier. Photo DR

Pour aller plus loin

Voir le comité syndical du SEDIF en replay

Lire l’avis de la Commission du débat public qui dresse des constats éclairants et adresse des recommandations au SEDIF

SEDIF : ET À LA FIN C’EST TOUJOURS VEOLIA QUI GAGNE

L’invraisemblable saga du renouvellement du contrat de concession du plus grand syndicat d’eau français a connu une singulière accélération au début du mois, et Veolia, qui détient le contrat depuis 1923, va le voir renouvelé le 25 janvier 2024.

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