Est Ensemble : une étude invraisemblable

L’étude fournie par Calia apparaît outrageusement favorable à l’adhésion de la CAEE au SEDIF pour ne pas dire largement bidonnée !

C’est le cas sur trois points essentiels:

1/Panégyrique du contrat SEDIF-VEOLIA, ignorance et suspicion pour Eau de Paris

La collaboration avec Eau de Paris est l’alternative publique la plus crédible à l’adhésion au SEDIF : l’étude de Calia s’emploie à l’ignorer ou à la disqualifier.

Selon Jacques Jakubowicz, adjoint au Maire de Bondy et conseiller communautaire (PCF), qui a rencontré le Directeur Général d’Eau de Paris, M. Thierry WAHL, le DGA chargé de la production et distribution, M. Nicolas GENDREAU et le DGA chargé de l’ingénierie et des systèmes, M. François LEBLANC, le 3 septembre :
« Alors que l’option « Eau de Paris » semble la seule piste possible pour une gestion publique de l’eau de la CAEE, à moins de 15 jours de la remise de la phase 2 du rapport devant présenter les choix de gestion alternatifs, aucun contact officiel n’a été pris et aucune étude n’a donc pu être menée par le Cabinet.

La direction d’Eau de Paris s’est dite surprise mais disponible pour nous aider dans notre démarche, pour peu qu’on la sollicite officiellement. »
Ces propos ont été confirmés par Anne le Strat, présidente d’Eau de Paris, lors de la réunion publique tenue aux Lilas le 13 septembre, deux jours avant la remise de l’étude.

2/Dans le rapport final de l’étude de Calia, figure « une étude comparative des services d’eau en région parisienne » sans Eau de Paris ! Il apparaît en plusieurs points du rapport que la faisabilité technique du raccordement à Paris n’a pas été étudiée. Bref le travail n’a pas été fait, le cahier des charges de l’étude n’a pas été respecté.

3/Concernant le SEDIF, le rapport prend pour référence tarifaire 1,41 €/m3 ce qui correspond peut-être à une « anticipation » mais pas à un engagement contractuel. Il faut rappeler que le tarif appliqué aujourd’hui par le SEDIF est de 1,73 €/m3 et qu’avec le nouveau contrat SEDIF-VEOLIA en vigueur au 1er janvier 2011, il sera de 1,51 €/m3. Il faut rappeler aussi que le tarif du SEDIF a augmenté de 17% ces six dernières années et qu’il est révisé chaque trois mois. A l’inverse pour Eau de Paris, l’étude ignore l’engagement pris à la création de la régie publique, qu’aucune hausse n’interviendrait jusqu’en 2014 (ce qui équivaut à une baisse en EUROS constants).

Surenchère juridique

Suite à nos critiques sur la première phase de l’étude, le rapport final reconnaît que « cette nouvelle adhésion (de la CAEE au SEDIF) doit se faire dans un délai de deux ans maximum à compter de la signature du contrat (SEDIF-VEOLIA) ».

Pourquoi se précipiter alors ?

Il note aussi que la convention provisoire actuelle entre la CAEE et le SEDIF ne peut pas être prolongée car elle est établie sur la base du contrat SEDIF-VEOLIA qui arrive à échéance le 31 décembre 2010, ce qui est exact.

Le rapport final de Calia met en avant des obstacles juridiques à l’établissement d’une nouvelle convention entre la CAEE et le SEDIF, basée sur le nouveau contrat SEDIF-VEOLIA.

En particulier, cette « convention de mandat » devrait être re-qualifiée en marché public et donner lieu à un appel d’offres pour lequel la CAEE ne disposerait pas du temps nécessaire. Mais l’analyse juridique (p86, dernier paragraphe) montre que sur la base de l’article 144 du code des marchés publics, elle pourrait en réalité se faire sous forme d’une procédure négociée entre la CAEE et le SEDIF sans appel d’offres, comme cela a été le cas de la première convention provisoire. Pourquoi cela devrait-il changer pour la seconde convention provisoire?

Un coût hallucinant

Le tableau p 65 et les conclusions qui en sont tirées sont proprement hallucinantes et relèvent du bidonnage caractérisé.

Le coût du service hors achat d’eau est estimé « en l’absence d’étude précise, les estimations macro-économiques (investissement, fonctionnement) ont été réalisées selon une fourchette, sur la base de nos expériences sur des missions comparables » (p39) : en clair, il s’agit d’un argument d’autorité, invérifiable.
Pas étonnant dans ces conditions que la « fourchette » pour le coût de la modification du réseau varie entre 0 et 15 millions d’euros ! Ou que le coût de construction d’un réservoir varie entre 20 et 100 millions d’euros. La « fourchette » totale étant comprise entre 60,5 et 190,8 millions d’euros. Il ne s’agit pas de fourchettes, mais de fourches !

A remarquer aussi, un coût de 10 à 12 millions d’EUROS indiqué pour le « rachat du patrimoine », or les communes de la CAEE ont contribué a la constitution du patrimoine général du SEDIF (environ 10%). On peut donc considérer que ce coût sera de zéro (cas similaire pour la ville de Viry-Châtillon qui s’est retirée du SEDIF).

« A ce stade de la réflexion, les éléments disponibles sont insuffisants pour prendre des hypothèses définitives » indique le rapport p67 : il faudrait sans doute réaliser une étude !


Conclusion :

L’inconsistance de l’étude fournie par Calia ne permet pas aux élus communautaires de prendre une décision en connaissance de cause le 19 octobre. Il convient donc de surseoir à cette décision et d’informer et de consulter largement la population ce qui n’a pas été le cas jusqu’à présent.

Fin de partie au SEDIF

Le vote du Comité syndical du SEDIF le 24 juin désignant VEOLIA comme délégataire pour douze ans marque la fin d’une époque.

L’époque où, année après année, M. Santini justifiait de nouvelles hausses du tarif de l’eau est terminée. Le 1er janvier 2010 comme une dernière pirouette, il a concédé une baisse ridicule de trois centimes par m3, mais le 1er janvier 2011, la baisse atteindra près de 20% ! La « surfacturation » estimée par l’UFC Que Choisir ? à plus de 80 millions d’EUROS par an et avérée par les audits officiels du SEDIF à hauteur de 40 millions d’EUROS par an est à présent reconnue dans les faits et le contrat (et la facture des usagers) se verront amputés d’une somme équivalente. Cela légitime notre demande de remboursement des sommes indûment perçues par VEOLIA ces dernières années. Si M. Santini et le bureau du SEDIF étaient les représentants de l’intérêt général des usagers, ils exigeraient en notre nom ces sommes colossales qui nous ont été dérobées. Mais malgré toute son arrogance et même si le compte n’y est pas, M. Santini et ses amis ont cédé du terrain sous la pression des citoyens, des associations et des élus qui exigent une gestion publique, écologique et transparente de l’eau.

L’époque où toute la gauche -à de très rares exceptions près- cautionnait le système SEDIF-VEOLIA est, elle aussi, bien terminée. Le 15 mai 2008, sous la pression des nouveaux élus aux municipales, un candidat a été présenté contre M Santini pour défendre une gestion publique. Il a obtenu 55 voix. Il s’est trouvé encore 54 voix le 11 décembre 2008 pour rejeter la proposition par M. Santini d’une régie intéressée. C’est la défense de ses valeurs qui donne du poids à la gauche. A l’inverse, quand les vice-présidents socialistes et communistes du SEDIF, au nom de leurs groupes politiques respectifs, font marche arrière et cautionnent la démarche de M. Santini, allant jusqu’à s’abstenir sur le choix de VEOLIA le 24 juin 2010, cela les conduit à la déroute avec 22 voix ! Dix voix de gauche ont disparu car Viry-Châtillon et les villes de la communauté d’agglomération Est Ensemble ont préféré ne plus faire partie du SEDIF. Et 20 ont voté contre, parmi lesquelles il faut compter bien sûr de nombreux élus socialistes et communistes qui ont choisi de résister.

Et maintenant ? Il y avait hier un côté dérisoire et lamentable à voir le premier service public d’eau en Europe, confié à la plus grande multinationale de l’eau dans le monde, par une assemblée barricadée, devant …quelques dizaines de manifestants ! Le SEDIF apparaît comme une forteresse assiégée et surtout sclérosée. Les appels à le quitter se multiplient et cette possibilité doit être examinée sérieusement. Bien sûr, la Coordination EAU Île-de-France souhaite que tous les usagers domestiques de notre région bénéficient du même tarif et de la même qualité de l’eau qu’à Paris, par exemple. Logiquement, cela aurait plutôt du conduire à envisager un regroupement dans un opérateur public unique à terme… Mais si, face au verrouillage du SEDIF, il faut passer par la création de nouvelles entités publiques locales, allons-y ! Cela n’empêchera pas de construire des formes de mutualisation profitables aux usagers. Et c’est peut-être aussi le bon moyen pour les usagers de gagner toute leur place dans la gestion de l’eau.

Paris, Viry-Châtillon, Brest, Montbéliard… La liste des villes et des agglomérations qui retournent à une gestion publique de l’eau ne cesse de s’allonger ! Construisons ensemble la vague citoyenne qui amènera une gestion publique, démocratique et transparente, écologique de l’eau dans toute l’Île-de-France !

Invitation aux débats!


La veille et le soir du grand vote,

pour mieux comprendre, débattre, échanger autour de la gestion de l’eau de nos robinets,

exiger une baisse significatives de nos factures

et partager les dernières nouvelles de ces journées pétillantes…



Mercredi 23 juin, 19h


Débat Public

Hôtel de Ville de Saint-Denis

Salle de la Résistance.

Jeudi 24 juin, 19h

Au bord du Canal,

Café ches Agnès, rue Délizy

M°Eglise de Pantin

Rassemblement à Choisy le 24 juin

Communiqué de la Coordination EAU Île-de-France, d’Action Consommation, de l’ACME France, d’ATTAC France, du Collectif de défense et de développement des services publics de Paris et de l’Île-de-France, de la Convergence nationale des collectifs de défense et de développement des services publics, de la Fondation France Libertés Danielle Mitterrand et du Mouvement Utopia

Il y a quelques mois, nous avons lancé une pétition « faisons cesser le scandale du tarif de l’eau en Ile-de-France » qui a été signée par plusieurs milliers de personnes . Nous évoquions notamment une « surfacturation » de l’ordre de 85 millions d’EUROS dénoncé par l’UFC Que choisir ? et « des possibilités d’économie » chiffrées par les audits officiels du SEDIF autour de 40 millions d’EUROS. Cette action, et d’autres (notamment le recours de la Coordination EAU Île-de-France au tribunal administratif contre la délibération du 11 décembre 2008 *), ont visiblement pesé sur le SEDIF.

En effet, le projet de contrat entre VEOLIA et le SEDIF pour une période de douze ans à compter du 1er janvier 2012, présente une baisse du prix de facturation de l’eau potable qui correspond quasiment à une diminution du coût de facturation du délégataire approchant les 40 millions d’EUROS. Nous nous réjouissons de ce premier pas.

Il reste néanmoins qu’un surcoût important, de l’ordre de 40 à 85 millions d’EUROS par an a été facturé indûment aux usagers pendant des années et qu’il faut donc les rembourser ! Aussi nous appelons à un rassemblement le 24 juin à 9h30 lors de la réunion du comité syndical du SEDIF (à l’usine Edmond Pepin, 2 Av Guynemer, à Choisy-le-Roi ; ACCES : RER C, direction C2, C4, C6, C8 arrêt Choisy-le-Roi) pour exiger du SEDIF qu’il engage une action visant au remboursement des sommes indûment perçues.

Nous exigeons aussi la création d’une première tranche gratuite pour tous (40 litres par jour et par personne) et une forte progressivité ensuite. Cela rendrait effectif le droit à l’eau dont sont aujourd’hui exclus les plus démunis. Nous réaffirmons la nécessité urgente d’une gestion publique de l’eau, économique pour les usagers, transparente pour les citoyens et respectueuse de l’environnement.

18 juin 2010

* cette requête a finalement été rejetée par le tribunal administratif pour des raisons de procédure sans qu’il se prononce sur le fond (respect de la loi Sapin). La coordination doit verser mille EUROS au SEDIF –ce qui n’est pas cher payé, si on considère que cela a contribué à obtenir 40 millions d’EUROS d’économies pour les usagers !

TOUS ET TOUTES A CHOISY-LE-ROI LE 24 JUIN

Nous avons appris hier par courriel du SEDIF que la séance tant attendue du 24 juin, la bien nommée pour ou contre VEOLIA, n’aura pas lieu comme prévu initialement à la Maison de l’Amérique Latine, mais bien comme d’habitude, à l’usine Edmond Pépin de Choisy-le-Roi, site classé Vigipirate.

Outre l’accès difficile de l’usine, contrairement à la centralité de la Maison de l’Amérique Latine à Paris, l’usine ne permet pas au public d’être dans la même enceinte que les élus, et les citoyens sont donc relégués dans un petit espace au rez-de-chaussée, d’où ils peuvent admirer sur un écran les débats, frasques et envolées lyriques de leurs élus.

Il serait fort malvenu de mettre ce changement de lieu, décidé in extremis, sur le compte d’une quelconque frilosité de l’exécutif du SEDIF, ni de mettre cette décision en rapport avec les articles et nombreux commentaires des activistes d’ultragauche mettant en accusation le processus d’appel d’offre liant le SEDIF et son cher délégataire attitré VEOLIA.

Non, il ne faut y voir que des convenances matérielles, les fauteuils de Choisy-le-Roi sont bien plus confortables.

J’appelle donc tous les citoyens, usagers, élus, attentifs à la gestion de l’eau à se rendre à Choisy Le Roi afin de suivre les débats, à défaut de s’asseoir sur des sofas, et à vivre en direct la décision qui engagera peut-être notre syndicat dans la gestion privée pour 12 ans…….. A rebours de l’Histoire.

Madjid MESSAOUDENE

Conseiller municipal de Saint-Denis

Délégué titulaire au SEDIF

un réseau qui réunit citoyens et associations autour de la ressource en eau en Île-de-France et sur tout le territoire français, sur tous les aspects: social, environnemental, économique, juridique, de la santé, culturel…