Saint-Denis dit non au projet du SEDIF et oui à la régie publique

 

Le conseil municipal du 28 mai a émis un avis défavorable au projet du SEDIF et s’est prononcé pour la création d’une régie publique de l’eau. C’est un basculement historique! Lire ci-dessous la délibération adoptée ainsi que sa présentation. Lien vers le débat au conseil municipal et débunkage des élucubrations de M. Hanotin, ancien maire de Saint Denis. Prochain rendez-vous le 11 juin à 19h à la bourse du travail de Saint-Denis pour poursuivre le débat avec les citoyen.nes, les associations et les élu.es.

Lire la délibération : avis sur le projet de traitement membranaire du SEDIF
Lire le rapport : avis sur le projet de traitement membranaire du SEDIF
Voir le débat du conseil municipal:
 

 

Focus: les élucubrations de Mathieu Hanotin

L’ancien maire de Saint-Denis, président de Plaine Commune et vice-président du SEDIF, réécrit l’histoire à sa façon.

En 2020, tout juste élu maire de Saint-Denis et président de Plaine Commune, Mathieu Hanotin avait fait voter l’adhésion de Plaine Commune au SEDIF. (Pour mémoire lire l’article : revirement à Plaine commune) A l’époque, M. Hanotin se prétendait favorable à la régie publique … au SEDIF! Mais on ne trouve pas de traces de ses interventions en faveur d’une régie publique au SEDIF. Et il explique aujourd’hui qu’il a défendu au SEDIF le choix d’une SEMOP pour assurer un contrôle public plus fort.

De quoi la SEMOP est-elle le nom?

Parlons donc des SEMOP! Les sociétés d’économie mixte à opération unique (SEMOP) ont été créées par la loi du 1er juillet 2014 et dans le domaine de l’eau, elles n’ont pas connu le succès escompté: on les compte aujourd’hui sur les doigts d’une main. Elles n’ont pas réussi à enrayer la progression des régies publiques, ce pourquoi elles étaient conçues.

Assurer un contrôle public plus fort ? Les droits de vote au sein du CA d’une SEMOP sont proportionnels à la participation de chaque actionnaire, dans notre cas le SEDIF, côté organisme public, et Veolia, côté entreprise privée. En général, c’est le privé qui est majoritaire et qui dirige donc la SEMOP. Le président est un élu qui porte tous les pouvoirs de la collectivité, dans notre cas, on imagine que cela aurait été feu M. Santini. Ce montage, loin de donner un contrôle public plus fort, donne l’essentiel des pouvoirs à l’entreprise privée sans aucun garde-fou. 

Lire : La SEMOP, une arme de destruction massive de la gestion publique directe ? Par Bernard Mounier.

Ensuite M. Hanotin explique qu’il a manqué les voix des territoires sortis du SEDIF pour obtenir une majorité  « si ce n’est en faveur d’une régie publique, du moins pour une SEMOP ». C’est un discours maintes fois entendu depuis plus de vingt ans. A Est Ensemble, en 2010, le PS en votant l’adhésion au SEDIF tenait le même discours. Non seulement les élu.es de gauche n’ont pu obtenir la moindre avancée vers la régie publique à l’intérieur du SEDIF mais ils ont tout avalé, des tarifs  discriminatoires pour les quartiers populaires à l’osmose inverse basse pression…

Il n’y a pas de privatisation de l’eau en Île-de-France selon M. Hanotin : la durée des derniers contrats du SEDIF avec Veolia, douze ans, le montrerait selon lui. Mais le SEDIF est sous contrat avec Veolia depuis sa création, il y a 103 ans! Et l’investissement colossal du projet de traitement de l’eau par osmose inverse basse pression vise aussi à rendre impossible pour les 30 ou 40 prochaines années toute séparation avec la multinationale. La gestion de l’eau est bien privatisée au SEDIF, même selon les critères de M. Hanotin, CQFD.

Où prendre l’eau?

M. Hanotin explique qu’il n’y a pas de possibilité de production d’eau potable sur Plaine Commune, ce qui est exact, et qu’Eau de Paris n’arriverait pas à fournir Est Ensemble, alors que ce territoire serait en meilleure position que Plaine Commune pour se connecter à Paris. Il est vrai que Mathieu Hanotin n’est plus aux affaires depuis quelques mois, mais là, il a plusieurs trains de retard à rattraper! Depuis un an, Eau de Paris fournit environ 30% de l’alimentation d’Est Ensemble. Ce pourcentage va passer à 50 % d’ici à 2030. D’ores et déjà, une partie importante des habitant.es d’Est Ensemble ne boit plus l’eau du SEDIF, dites le à M. Hanotin!

A Aubervilliers, il existe une interconnexion entre le réseau d’Eau de Paris et celui de Plaine Commune. Il s’agit d’une interconnexion de grande capacité, une des plus importantes de la région parisienne. Comme on dit dans le jargon technique, « l’eau pousse » vers Plaine Commune, elle est très bien orientée… Et Eau de Paris a les capacités nécessaires pour alimenter Plaine Commune, Est Ensemble et Grand Orly Seine Bièvre avec lequel un accord a déjà été conclu pour les prochaines années. Car la consommation d’eau potable connait une baisse continue à Paris depuis 2017 (Lire: La consommation d’eau potable en forte baisse à Paris).

Le naufrage 

Au doigt mouillé, M. Hanotin indique qu’il faudrait réaliser 20 à 30 millions d’euros de travaux de raccordement dans l’hypothèse d’une régie à Plaine Commune et que ce serait autant en moins pour réaliser une médiathèque ou une piscine. Là, on est dans la carabistouille intégrale ! Le budget de l’eau (comme celui d l’assainissement) est un budget séparé de celui de la collectivité. Il est abondé par les factures des usagers et par rien d’autre! Il n’y a donc aucune conséquence pour le budget de la collectivité. 

M. Hanotin essaie aussi de faire peur : la responsabilité de la collectivité devant les fuites d’eau, le maintien du niveau d’investissements… Tout cela ne tient pas devant l’examen des réalités. A Est Ensemble, le SEDIF lors de son dernier contrat avec Veolia avant le passage en régie renouvelait 0,4% du linéaire de canalisations chaque année. La nouvelle régie renouvelle 0,8%, soit le double! Tout en baissant les tarifs pour les usagers… Comment est-ce possible? Tout simplement en n’ayant plus une rente à verser à Veolia et à ses actionnaires.

M. Hanotin veut faire croire que sans l’OIBP et l’investissement pharaonique qu’elle nécessite, les citoyen.nes n’auront pas confiance dans l’eau du robinet et choisiront l’eau minérale. C’est ignorer la place déjà importante des eaux en bouteilles dans notre pays, construite par des dizaines années de publicité. Un changement technique ne produire pas automatiquement un recul des eaux en bouteille, c’est d’une question culturelle qu’il s’agit. Les campagnes pour l’utilisation de gourdes à Paris, par exemple, montrent la voie. 

Le fond du canal

M. Hanotin touche le fond avec une envolée sur la meilleure qualité de l’eau au SEDIF qu’à Eau de Paris: oubliés les branchements en plomb, pas encore totalement résorbés au SEDIF (Lire : Osmose inverse et plomb, la grande contradiction)  ou l’utilisation de sels d’aluminium, abandonnée depuis longtemps à Paris… Le retraitement des polluants serait plus facile si on les sort de l’eau, dit encore M. Hanotin, sauf que le SEDIF avec son projet, ne les sort pas justement, contrairement à d’autres techniques comme les charbons actifs…

M. Hanotin se croit autorisé à donner une leçon de solidarité au nom du SEDIF. Mais où est la solidarité chez un organisme qui fait payer l’eau plus cher aux habitant.es des quartiers populaires? Où est la solidarité chez un organisme qui rejette des déchets polluants dans nos cours d’eau, en amont d’autres producteurs d’eau potable?

En conclusion, la régie publique de l’eau est inimaginable pour M. Hanotin. Comme ont pu l’être la sécurité sociale, l’école gratuite ou les congés payés pour certains de ses prédécesseurs.  Pourtant elle est là et se développe partout en France (et dans d’autres pays) depuis une vingtaine d’années, il va falloir s’y habituer!

 

 

 

 

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