Osmose inverse : l’agence de l’eau ne soutient pas le projet du Sedif

L’agence de l’eau Seine Normandie ne subventionnera pas le projet pilote d’osmose inverse porté par le syndicat des eaux d’Ile-de-France (Sedif). La commission des aides considère qu’il présente plus d’effets négatifs que positifs pour l’environnement. Une décision clé sur un sujet sensible. Par Sylvie Luneau.

L’osmose inverse, qu’est-ce que c’est ? Cette technique consiste à filtrer l’eau avec une membrane qui laisse passer uniquement les molécules d’eau. Le syndicat des eaux d’Ile-de-France (SEDIF) souhaite installer un pilote d’osmose inverse basse pression (OIBP) sur son usine d’eau potable d’Arvigny à Savigny-le-Temple (Seine-et-Marne). Objectif : éliminer les micropolluants (dont les perturbateurs endocriniens), le calcaire et « idéalement » se passer
totalement de chlore dans les réseaux de distribution.

Bilan global négatif

Dans ce but, le syndicat avait sollicité une subvention de l’agence de l’eau Seine Normandie. Mais la commission des aides a donné un avis défavorable en septembre dernier. Elle considère que le projet « présente des effets sur l’environnement (rejets au milieu, bilan énergétique défavorable) qui ne semblent pas suffisamment contrebalancées par un intérêt visé par le programme de l’agence (sécurité de l’approvisionnement, impact positif pour la ressource en eau, impact positif sur la santé). »

La commission des aides souligne également que « le caractère expérimental et innovant du process mérite d’être davantage exploré, tant sur le plan environnemental, technique et économique que sur ses effets potentiellement positifs sur la santé publique ». Enfin, elle estime que ce projet ne rentre pas dans le cadre du programme de l’agence. « L’eau distribuée par le Sedif est déjà d’excellente qualité, la réduction du calcaire et du chlore relève du confort. Par ailleurs, un traitement contre les pesticides a déjà été subventionné par l’agence sur l’usine d’Arvigny » précise Nathalie Evain-Bousquet, directrice du programme et des interventions. « L’agence ne soutient pas de projet d’osmose inverse à ce jour, mais n’y est pas totalement fermée et les étudiera au cas par cas » poursuit-elle.

800 millions d’euros d’investissement

Le SEDIF n’a pas souhaité commenté cette décision. Cependant, son directeur de la communication nous a indiqué que le syndicat poursuit son projet « Vers une eau pure », « réalisation majeure du XVIe plan d’investissement (2022-2031), d’un montant total de 2,5 milliards d’euros (dont 800 millions d’euros pour l’OIBP) ». Dans un communiqué de presse, le SEDIF précise que cette décision a pour but de répondre à l’augmentation des micropolluants dans les eaux brutes, ainsi qu’à la nouvelle directive européenne du 16 décembre 2020 sur ce sujet.

L’enquête publique a délivré en juillet dernier un avis favorable. L’installation du pilote est prévue pour 2024 et la technologie devrait être étendue aux trois autres usines du SEDIF en 2030-2031.

Plus de prélèvements d’eau, plus d’énergie dépensée

Pour les opposants au projet, en revanche, l’osmose inverse n’est pas une solution durable. « Cette technologie nécessite davantage de prélèvements dans les eaux brutes et accroit donc la pression sur la ressource pour faire de l’eau potable. Par ailleurs, le dispositif rejette des eaux chargées en calcaire et en micropolluants directement dans la Seine. Enfin, la consommation d’énergie est multipliée par trois » explique Jean-Claude Oliva, directeur de la Coordination EAU Ile-de France, qui regroupe une douzaine de villes qui sont sorties du Sedif depuis 2018. Ces collectivités sont en désaccord total avec la politique menée par ce syndicat, tant sur la forme (pour la régie contre la DSP), que sur le fond. « Nous considérons que cette option technologique est une fuite en avant. Pour nous, la solution est d’agir en amont sur l’environnement et la ressource en eau, en protégeant les captages d’eau, comme le fait par exemple Eau de Paris en mettant en place de l’agriculture biologique. Cette démarche du SEDIF présente en outre le risque d’obliger toutes les collectivités à s’aligner sur une norme superflue et coûteuse » conclut Jean-Claude Oliva, également vice-président chargé de l’eau à Est Ensemble.

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