Réuni mardi 16 juin, le Conseil de territoire de Plaine Commune a adopté un avis défavorable au projet du SEDIF pour l’usine de Neuilly-sur-Marne et demandé l’organisation d’un Grenelle de l’eau à l’échelle du bassin Seine-Normandie. Lire l’avis et voir les interventions au conseil. Nouveau débunkage des propos de Mathieu Hanotin.
L’avis adopté à une très large majorité
Le débat au conseil de territoire de Plaine Commune
Débunkage : les balivernes de Mathieu Hanotin
Nous avions débunké ses propos au conseil municipal de Saint-Denis (lire ici). L’ancien président de Plaine Commune et Vice-président du SEDIF a récidivé au Conseil de Territoire. Nouveau débunkage.

D’emblée, M. Hanotin reconnait qu’il n’y a pas de filière de retraitement des « polluants sortis de l’eau » dans le projet du SEDIF. Mais si on ne sort pas les polluants de l’eau, on est sûr de ne les traiter, indique l’ancien édile. La pollution resterait alors dans l’eau. Ce serait donc plus facile d’agir avec le projet du SEDIF lorsqu’une nouvelle technologie permettra de retraiter les polluants sortis de l’eau.
Incompétence ou malhonnêteté?
Sauf que, contrairement à ce que prétend M. Hanotin, le projet du SEDIF ne permet pas de retirer les polluants de l’eau. Les polluants sont (partiellement) retirés de l’eau potable produite mais restent toujours dans un liquide, le concentrat, qui sera rejeté dans le cours d’eau. Le volume de ce liquide sera de plusieurs dizaines de milliers de m3 par jour (des dizaines de millions de litres). Les polluants ne sont donc pas sortis de l’eau. Contrairement à d’autres technologies comme les charbons actifs qui fixent les polluants sur les particules solides du charbon qui sont ensuite retirées de l’eau et incinérées, ce qui permet de détruire les polluants.
Comme le fait souvent le SEDIF, M. Hanotin essaie de disqualifier les autres technologies existantes. Il prétend que les charbons actifs ne permettent « pas du tout » de retirer les PFAS ce qui est une contre-vérité grossière. Les charbons actifs sont largement utilisés pour retirer les PFAS, y compris dans des eaux particulièrement polluées comme au sud de Lyon. Voir ci-dessous.

PFAS : « une première en France », des réacteurs à charbon actif pour traiter l’eau potable
Un chantier innovant vient d’être lancé au sud de Lyon pour éliminer la quantité de PFAS de l’eau potable. Les filtres à charbon qui filtraient l’eau jusqu’à présent vont être complétés par des « réacteurs à flux descendant ». Ces réacteurs pourront filtrer l’eau en continu, sans devoir être arrêtés.
Lire ici
L’amélioration dans ce cas consiste à renouveler de façon continue les charbons actifs pour éviter leur saturation par les molécules de PFAS ou d’autres polluants. Une technique analogue est employée par l’usine d’Orly d’Eau de Paris depuis 2023.
M. Hanotin oppose l’eau potable à la meilleure eau possible qui les protège en terme sanitaire. Autrement dit, l’eau potable ne l’est pas! C’est jouer sur les inquiétudes des usager.es, c‘est un discours de la peur, inacceptable et indigne de la part d’un ancien responsable politique!
On ne peut pas demander au SEDIF de s’occuper de toutes les pollutions. Le SEDIF ne peut s’occuper que de l’eau. Là encore, M. Hanotin se fait le porte-parole du SEDIF (et de Veolia). Mais le SEDIF pourrait agir avec les autres producteurs d’eau potable, les collectivités, etc., pour faire reculer les pollutions, c’est tout le sens de la proposition de Grenelle de l’eau, portée par l’avis de Plaine Commune, que M. Hanotin ne semble pas avoir entendue. Pire le projet du SEDIF, d’une eau soi-disant pure, constitue une fausse assurance pour les usager.es qui continueront à être contaminé.es massivement par leur alimentation. C’est un permis de (continuer à) polluer pour les industriels.
Une petite intox en passant. Plaine Commune est lié contractuellement au SEDIF jusqu’à la fin de la DSP en 2035. M. Hanotin confond tout ou tente une nouvelle embrouille? Plaine Commune est membre du SEDIF et peut en sortir à tout moment, comme l’a fait d’ailleurs Grand Orly Seine Bièvre pour les villes de Villejuif et Athis-Mons après le démarrage du nouveau contrat entre le SEDIF et Veolia. C’est le SEDIF (et pas Plaine Commune) qui est lié à Veolia par contrat jusqu’en 2036. Mais cela ne veut pas dire le statu quo pour autant, un contrat peut être modifié par avenant, dans le cas d’un changement de périmètre, par exemple.
M. Hanotin souhaite agir à l’intérieur du SEDIF pour une prise en compte sociale plus importante. Mais pourquoi ne l’a-t-il pas fait quand il y était? Rappelons que le SEDIF pratique des tarifs discriminatoires pour les quartiers populaires (lire ci-dessous) et que M. Hanotin n’a jamais rien trouvé à y redire.
Lire : Le SEDIF surfacture les quartiers populaires au profit de Veolia
Pour M. Hanotin le problème n’est pas la privatisation et la marchandisation de l’eau avec le SEDIF et Veolia, qu’il ne veut pas voir, mais le morcellement consécutif à la création de « petites régies« . Au-delà du mépris affiché, les régies qui desservent plus de 400 000 habitant.es comme celles d’Est Ensemble ou de Grand Orly Seine Bièvre ne sont pas à proprement parler des petites régies, elles sont parmi les 20 plus importantes au niveau national… Le problème avec le SEDIF, c’est que la mutualisation, l’effet d’échelle, ne profitent pas aux usager.es mais à Veolia. Les quatre millions d’usagers du SEDIF paient l’eau plus cher que les 440 000 d’Est Ensemble, par exemple. En outre, les « petites régies » permettent aux élu.es territoriaux et aux habitant.es d’avoir les leviers de décision de la gestion de l’eau, ce qui n’est pas le cas au SEDIF.
Voir comparaison des tarifs entre le SEDIF à Aubervilliers et la régie d’Est Ensemble à Pantin
Autre grossière manipulation, la situation géographique de Plaine Commune, en aval de Paris, ferait, selon M. Hanotin, que ce territoire serait perdant, l’eau serait plus polluée et il y aurait moins de ressources disponibles. Tout cela est un baratin éhonté! Il y a bien d’autres producteurs d’eau potable en aval de Paris. Par exemple, Séneo avec Suez au Mont Valérien. Quant aux eaux usées de Paris, traitées par le Siaap à Achères, elles se déversent dans la Seine bien en aval de Plaine Commune…
La raréfaction de l’eau conduirait les producteurs d’eau à la garder pour eux et à ne pas fournir Plaine Commune, selon M. Hanotin. Hors du SEDIF, point de salut et plus d’eau au robinet! La réalité est toute autre. Les capacités de production d’eau potable en région parisienne sont largement excédentaires par rapport à la consommation qui est en baisse. Pas de pénurie en vue.
Lire La consommation d’eau potable en forte baisse à Paris
Au final, M. Hanotin plaide pour un super SEDIF, une entité unique qui gèrerait l’eau à l’échelle de l’Île-de-France. Ce serait selon lui la condition de l’égalité et tant pis pour celles et ceux qui n’ont pas la chance d’habiter en Île-de-France et qui devraient se contenter d’une eau de moindre qualité… Mais surtout, si on se place dans une perspective de partage et d’égalité, pourquoi ne pas se saisir de la proposition de Grenelle de l’eau formulée dans l’avis de Plaine Commune? Mettre tous les acteurs autour de la table plutôt que de laisser le SEDIF imposer à tous un projet dont personne ne veut…