Bernard Jarrige, premier adjoint (RES) de Rosny-Sous-Bois a exprimé un avis négatif sur le projet du SEDIF et a demandé l’étude d’une solution alternative fondée sur la sobriété, la prévention à la source, le traitement ciblé par charbon actif. Un vœu détaillant les vives préoccupations des élu.es a été adopté à l’unanimité du Conseil municipal du 2 juillet. Et de nombreux.ses habitant.es ont rejeté le projet sur le registre numérique de l’enquête publique…
Avis négatif sur le projet de traitement membranaire de l’eau à l’usine de Neuilly sur Marne
Monsieur le commissaire enquêteur,
Je souhaite formuler une contribution défavorable au projet de filière membranaire haute performance porté par le SEDIF sur l’usine de Neuilly-sur-Marne.
Cette position ne traduit en aucun cas une opposition au traitement des PFAS, ni une minimisation des enjeux sanitaires liés aux micropolluants. Les PFAS constituent une pollution préoccupante, durable, et qui impose une action publique déterminée. Toutefois, cette action doit être proportionnée, fondée sur l’état réel de la qualité de l’eau distribuée, sur une analyse économique complète et sur les meilleures connaissances scientifiques disponibles.
À ce stade, l’eau distribuée est conforme à la réglementation en vigueur.
Dans ces conditions, le projet ne répond pas à une situation d’urgence de non-conformité, mais à une stratégie d’amélioration maximale de la qualité de l’eau. Cette ambition peut être entendue, mais elle ne justifie pas nécessairement le choix d’une infrastructure aussi lourde.
Le coût du projet interroge fortement. Le coût d’investissement du programme a été réévalué à 1,07 milliard d’euros, contre 870 millions d’euros lors du débat public. Un tel engagement financier aura nécessairement des conséquences sur le prix de l’eau, directement ou indirectement, pour les consommateurs. Il me semble donc indispensable d’apprécier la proportionnalité du projet au regard du bénéfice sanitaire attendu, alors même que l’eau est aujourd’hui conforme.
Le projet pose également une question environnementale. La filtration membranaire ne supprime pas les polluants : elle les concentre dans des effluents ou refus membranaires qui doivent ensuite être gérés. Cette logique peut conduire à déplacer la pollution plutôt qu’à la réduire à la source. Les impacts des concentrats, des rejets et de leur traitement doivent être pleinement documentés, notamment dans un contexte de changement climatique, de baisse possible des débits d’étiage et de fragilisation des milieux récepteurs. (largement constaté ces derniers jours de canicule).
Par ailleurs, les connaissances scientifiques et réglementaires sur les PFAS évoluent rapidement. L’ANSES a récemment mis en évidence la présence diffuse de PFAS à chaîne courte et ultra-courte, notamment le TFA, qui n’est pas inclus dans la liste actuelle des 20 PFAS réglementés. Il serait donc prématuré de figer dès maintenant une solution industrielle massive alors que les substances à surveiller, les seuils sanitaires et les techniques de traitement les plus adaptées sont encore en cours d’évolution.
Une approche plus vertueuse consisterait à privilégier, dans l’intervalle, une stratégie graduée : surveillance renforcée, transparence des résultats d’analyse, protection de la ressource en amont, identification des sources de pollution, action auprès des industriels et des usages générateurs de PFAS, et recours à des traitements par charbon actif lorsque cela est nécessaire. Le charbon actif, sans constituer une réponse universelle à tous les PFAS, présente l’avantage d’être une solution transitoire, adaptable et moins irréversible, permettant de traiter certains micropolluants tout en laissant le temps à la recherche et aux techniques de progresser.
Pour ces raisons, je demande que le projet ne soit pas autorisé en l’état et qu’une solution alternative soit étudiée, fondée sur la sobriété, la prévention à la source, le traitement ciblé par charbon actif (déjà en œuvre à l’usine d’Orly et dans la région Lyonnaise) ainsi qu’une réévaluation du projet à la lumière des recherches en cours sur les PFAS, le TFA et les autres micropolluants émergents.
Il ne s’agit pas de différer indéfiniment l’action publique, mais de choisir une action plus proportionnée, plus soutenable financièrement, plus respectueuse de l’environnement et mieux adaptée à l’état actuel des connaissances.
Veuillez agréer, Monsieur le commissaire enquêteur, l’expression de ma considération distinguée.