Gaz et pétroles de schiste : la mobilisation continue

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La première journée internationale d’actions contre les gaz et pétrole de schiste du 22 septembre a été une réussite. Y compris en France, malgré les récentes déclarations de François Hollande. Les collectifs citoyens et organisations mobilisées ne manquent pas de raisons pour renforcer et étendre leurs actions,notamment dans la perspective du débat national sur la transition énergétique.

Ce 22 septembre s’est tenue la première journée internationale d’actions coordonnées contre les gaz et pétrole de schiste, contre la fracturation hydraulique mais également pour repousser avec force la propagande actuellement déployée par l’industrie pétrolière et gazière pour promouvoir ses projets dévastateurs. De la Pennsylvanie à la Bulgarie, en passant par le Texas et l’Afrique du Sud, près de 150 actions ont été organisées dans la très grande majorité des pays concernés : Etats-Unis, Canada, Mexique, Argentine, Irlande, Royaume-Uni, Espagne, Allemagne, Pays-Bas, Autriche, République Tchèque, Bulgarie, Roumanie, Australie, Afrique du Sud, etc. Preuve que la France est loin d’être une exception, à l’inverse de ce que clament industriels et éditorialistes pro-gaz de schiste, oubliant que la fracturation hydraulique fait l’objet d’interdictions, de moratoires ou de restrictions dans plusieurs centaines de lieux de la planète, y compris aux Etats-Unis (voir cet article pour un tour d’horizon quasi-exhaustif des mobilisations contre les gaz et pétrole de schiste).

En France, ce sont plus de 3500 personnes qui se sont réunies autour d’une journée de forums et actions à Saint-Christol les Alès (Gard), près de 1000 à Tournant en Brie (Seine-et-Marne), plus de 2500 à Aix les Bains (Savoie), 500 à Beaumont de Lomagne (Tarn-et-Garonne), une action symbolique sur le Trocadéro, une autre à Strasbourg, etc. Preuve que les déclarations de François Hollande lors de l’ouverture de la Conférence environnementale n’ont pas mis fin à la mobilisation citoyenne. Comment pourrait-il en être autrement alors que des dizaines de permis concernant les gaz de schiste sont toujours valides ou en cours d’instruction ? Si « personne ne peut affirmer que l’exploitation des gaz et huiles de schiste par fracturation hydraulique, seule technique aujourd’hui connue, est exempte de risques lourds pour la santé et l’environnement » comme l’a affirmé le Président de la République, alors il faut mettre fin à l’ensemble des permis ou demande de permis qui ont pour cible l’exploration et l’exploitation des pétroles de gaz de schiste.

Pour les collectifs citoyens réunis en coordination nationale, « il n’y a plus, aujourd’hui, en France, de gisements d’hydrocarbures accessibles sans stimulation ou techniques néfastes pour l’environnement à court, moyen et très long terme ». Compte-tenu du flou entretenu par les entreprises détentrices de ces permis, dont la majorité se gardent bien de déclarer vouloir utiliser la fracturation hydraulique pour ne pas tomber sous le coup de la loi, seule une détermination sans faille sur le terrain et une vigilance à toute épreuve permettront de mettre sous le feu des projecteurs médiatiques ces permis oubliés par le gouvernement. C’est donc sans doute un par un que l’on obtiendra l’abrogation des permis existants et le rejet des demandes en cours d’instruction par l’administration.

Gaz et pétroles de schiste: ce n’est pas fini !


La Coordination EAU Île-de-France appelle à participer à la journée internationale d’action contre la fracturation hydraulique:

22 septembre 2012

JOURNÉE DE MOBILISATION INTERNATIONALE

à Paris >>VOIR ICI

en Seine et Marne >>VOIR ICI

 

« Gaz de schiste, c’est terminé ? ». C’est ce que le discours du Président de la République à la Conférence environnementale de ce week-end laissait croire. Pourtant, seulement un infime pourcentage de permis a été annulé; le bassin parisien est toujours en danger.



Nous sommes directement concernés dans notre région, avec de nombreux permis de recherches en cours ou en instruction, en Seine-et-Marne surtout. Dans le bassin parisien, il n’y a pas de gaz de schiste, mais du pétrole de schiste (huile de roche mère). Les territoires menacés par l’exploration de l’huile de roche mère sont concernés par :

o des permis de recherche accordés par M. Borloo en 2009 et pour lesquels des demandes de travaux ont été accordées par la préfecture (par exemple le permis de Château Thierry et les demandes de travaux accordées à Doue),

o 12 nouvelles demandes de permis en cours d’instruction,

o des concessions d’exploitation accordées il y a longtemps et sur lesquels les compagnies peuvent faire des recherches. Certaines d’entre elles ont déjà demandé et obtenu des autorisations de travaux portant sur des forages profonds (3000 mètres) et horizontaux dont la cible est clairement la roche mère. C’est probablement là que le danger est le plus immédiat (exemple de la concession de Nonville).

Par ailleurs, tant que la loi du 13 juillet (dite loi Jacob[2]) n’est pas modifiée, les forages profonds à titre d’expérimentations scientifiques ne sont pas formellement interdits en France. C’est de cette façon que des travaux doivent recommencer cet autonome en Seine-et-Marne (notamment à Doue).



La ressource en eau est particulièrement menacée par ces forages qui nécessitent de très importantes quantités d’eau. Chaque fracturation envoie 15 à 20 000 m3 d’eau dans un puits et un même puits peut être fracturé une dizaine de fois ! Cela conduit à une situation tendue entre agriculteurs et pétroliers, en ce moment même, aux Etats-Unis, pays pionnier de cette technique. La nappe du Champigny, en Seine et Marne, déjà fortement sollicitée par l’agriculture et par la production d’eau potable, voit son niveau baisser depuis des années et des restrictions de consommation sont décidées régulièrement. Il n’y a pas besoin d’en rajouter !


Les nappes phréatiques traversées par les forages risquent d’être contaminées de façon irréversible par les dizaines de substances chimiques, injectées avec l’eau lors de la fracturation.


Les rejets, très pollués, de ces installations ne trouvent pas de traitement satisfaisant et leur entreposage constitue autant de bombes à retardement pour l’environnement et la santé.


Autant de raisons d’agir pour l’annulation des permis et l’arrêt des recherches pétrolières en cours !


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RÉACTION DES COLLECTIFS CITOYENS À L’ANNONCE DE FRANÇOIS HOLLANDE

Collectif citoyen Ile-de-France « Non aux gaz et pétrole de schiste », Collectif Carmen, Collectif Briard, Collectif Sud 77 Stop-pétrole-de-schiste, Non au pétrole de schiste Bocage gâtinais, Collectif 92


Pétrole de schiste en Ile-de-France : pourquoi le Bassin parisien est-il toujours en danger ? Pourquoi est-il faux de dire que « la France ferme la porte aux gaz et huile de schiste » ?

 

« Gaz de schiste, c’est terminé ? ». C’est ce que le discours du Président de la République à la Conférence environnementale de ce week-end laissait croire. Pourtant, au-delà de l’effet d’annonce escompté, il n’a évoqué que le rejet des 7 demandes de permis en cours d’instruction. 7 sur combien ? Qu’en est-il des autres projets ? Au vu du raccourci fait par presque tous les medias entre « les 7 demandes rejetées» et « la fin des gaz de schiste », un exercice de calcul s’impose.


Afin de clarifier le propos, les collectifs mobilisés contre l’exploitation du pétrole (huile) de schiste dans le Bassin parisien tiennent à porter à l’attention du public et de la presse les précisions suivantes :


Tout d’abord, notez que les 7 demandes rejetées étaient des demandes de nouveaux permis et non pas des permis accordés. Le rapport « Les Hydrocarbures de roche mère en France » publié en mars 2012 par le CGIET et le CGEDD identifie clairement 39 autres demandes de permis de recherche portant sur l’exploration d’huile et de gaz de roche mère (elles étaient donc 46 avant l’annulation annoncée le 14 septembre). Cette liste peut être consultée en ligne : http://www.developpement-durable.gouv.fr/IMG/pdf/Annexes_rapport.pdf. Aucune annonce n’a été faite concernant les 39 demandes restantes.


Quant aux permis de recherche déjà accordés, au 1er janvier 2012, 64 étaient en validité. Nicolas Sarkozy en abroge 3 (Nant, Montélimar et Villeneuve de Berg), ce qui en laisse 61 permis, dont la documentation peut être consultée sur http://www.nongazdeschiste.fr/index.php/savoir-lessentiel/173-les-permis/64-liste-des-permis-exclusifs-de-recherches-dhydrocarbures-liquides-ou-gazeux-titres-miniers-dexploration. Ils sont toujours en cours de validité.


Pour ce qui concerne le bassin parisien[1],

Dans le bassin parisien, il n’y a pas de gaz de schiste, mais du pétrole de schiste (huile de roche mère).

Les territoires menacés par l’exploration de l’huile de roche mère sont concernés par :

o des permis de recherche accordés par M. Borloo en 2009 et pour lesquels des demandes de travaux ont été accordées par la préfecture (par exemple le permis de Château Thierry et les demandes de travaux accordées à Doue),

o 12 nouvelles demandes de permis en cours d’instruction,

o des concessions d’exploitation accordées il y a longtemps et sur lesquels les compagnies peuvent faire des recherches. Certaines d’entre elles ont déjà demandé et obtenu des autorisations de travaux portant sur des forages profonds (3000 mètres) et horizontaux dont la cible est clairement la roche mère. C’est probablement là que le danger est le plus immédiat (exemple de la concession de Nonville).

Par ailleurs, tant que la loi du 13 juillet (dite loi Jacob[2]) n’est pas modifiée, les forages profonds à titre d’expérimentations scientifiques ne sont pas formellement interdits en France. C’est de cette façon que des travaux doivent recommencer cet autonome en Seine-et-Marne (notamment à Doue).


Enfin, contrairement à la position du PS 2011, celle qui a motivé le refus du vote de la loi du 13 juillet par les députés socialistes[3], dans ses déclarations, François Hollande Président ne s’oppose qu’à la fracturation hydraulique et ne ferme en rien la porte à d’autres techniques en cours d’expérimentation (fracturation pneumatique, fracturation par injection de propane gélifié, etc.).


Pour toutes ces raisons :


Nous appelons à maintenir et à renforcer la mobilisation jusqu’à l’abrogation définitive de TOUS les permis accordés, le rejet de TOUTES les demandes de permis en cours d’instruction et l’interdiction, sanctionnée par le législateur, des forages pétroliers expérimentaux à grande profondeur, y compris quand ces derniers sont menés sur des concessions déjà accordées.



[1] Du point de vue géologique, le bassin parisien est une zone d’environ 110 000 km carrés (chiffre retenu par l’Amicale des Foreurs). Cette zone est constituée de plusieurs régions : l’Île-de-France, la Picardie, la Champagne Ardennes, le Centre, la Basse et la Haute, l’Yonne et la Sarthe.

[2] Loi n° 2011-835 du 13 juillet 2011 publiée au Journal Officiel du 14 juillet 2011

[3] Dans l’exposé des motifs, les députés socialistes qui ont présenté cette proposition – parmi lesquels Jean-Marc Ayrault, Arnaud Montebourg ou Aurélie Filippetti – assurent : »Le texte adopté n’interdit nullement l’exploration et l’exploitation d’autres hydrocarbures non conventionnels. Il interdit simplement la fracturation hydraulique […] Or, d’autres techniques existent et sont aussi impactantes pour l’environnement que la technique interdite par le texte. ». Source : Gaz de schistes : Hollande ferme la porte à la fracturation hydraulique. Le Monde.fr | 14.09.2012

Communauté de communes de Mantes – 78

AREP-CAMY vs Veolia
Rétrospective sur la bataille engagée à Mantes dans les Yvelines

publié sur le site H20 magazine voir ci


L’Association pour le retour de l’eau en régie publique dans la communauté d’agglomération de Mantes en Yvelines – AREP-CAMY, a été créée le 15 juillet 2009, à l’initiative de Maurice Martin, professeur retraité. Autour de lui, trois autres personnes, tout juste de quoi constituer légalement un bureau. Qu’à cela ne tienne : l’association pose sur la table de la collectivité le débat sur l’eau ; son objectif : faire revenir la Communauté d’agglomération de Mantes en Yvelines (CAMY) à une régie publique de l’eau. Regroupant alors 12 communes, la CAMY a hérité de situations diverses en fonction de l’historique de chaque commune : si toutes étaient en délégation de service public, deux secteurs subsistaient : Guerville et Mantes-la-Ville, en délégation avec Lyonnaise des Eaux (alors filiale de GDF Suez) et Drocourt en délégation avec la SFDE tandis que les neuf autres étaient en délégation avec Veolia. Une majorité de contrats d’assainissement arrivait d’ailleurs à terme, alors que l’agglomération attendait la livraison d’un important investissement ayant concerné la construction d’une nouvelle station d’épuration à Rosny, pour un montant global de 45 millions d’euros.


Une année pour créer le débat – L’Association pour le retour de l’eau en régie publique (AREP-CAMY) arrivait donc à point nommé pour faire du remous. Un premier meeting, organisé le 29 mai 2009, avait précédé sa création ; à la tribune figuraient, autour de Maurice Martin, Marc Jammet, conseiller municipal du Parti Communiste, Djamel Nedjar, adjoint au maire le Limay et président du Syndicat mixte d’assainissement de la rive droite (Limay, Fontenay-Saint-Père et Guitrancourt) Jean-Luc Touly, président de l’Association pour le contrat mondial de l’eau (ACME) et membre du conseil scientifique d’ATTAC et Marie-José Kotlicki, auteur du rapport du Conseil économique et social sur les activités économiques dans le monde liées à l’eau. Un cinquième invité, David Querret, était venu présenter un « cas pratique », non des moindres : celui du retour en régie directe de la banlieue sud de l’agglomération de Rouen.


Le 24 septembre 2010, l’AREP-CAMY organisait une soirée ciné-débat autour du film Water makes money. 13 000 tracts d’invitation avaient été distribués à travers toute l’agglomération. Seulement 80 personnes assistaient à la soirée, de nombreux syndicalistes étant sans doute à Paris, où venait de s’achever une manifestation sur les retraites. La soirée fut tout de même particulièrement animée, un petit groupe de cadres de Veolia et de Suez étant venu perturber la discussion. Cette initiative impromptue a du coup donné l’idée à l’association d’éditer un tract en direction des personnels des entreprises délégataires leur assurant que leurs intérêts de salariés étaient tout à fait conciliables avec ceux des citoyens.


Trop sûrs d’eux – La mobilisation était devenue suffisante pour inciter la CAMY à commander un « audit » auprès du cabinet spécialisé SP 2000, pour « étudier toutes les possibilités » à l’échéance des contrats. Si SP 2000 dépend de l’Association des maires de France (AMF) et de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR), le débat était néanmoins officialisé.

Le document de l’audit était remis en novembre 2010. 114 pages facturées à l’agglomération 53 000 euros et qui concluaient que la reprise de l’intégralité du service en régie se solderait pour l’agglomération par un surcoût de 4,3 à 6,5 millions d’euros. À l’issue des vacances de fin d’année, l’association présentait sa contre-offensive : un mémorandum de six pages relevant « de A à Z » toutes les carences et les insuffisances de l’audit. Le mémorandum était évidemment adressé aux élus ainsi qu’au trésorier payeur général des Yvelines, en vertu de la jurisprudence Commune d’Olivet, habilité à se prononcer sur le contrat de délégation.

Tout est pareil sauf le prix – L’alerte faite au TPG, et par ses soins transmise au sous-préfet ainsi qu’au président de l’agglomération, allait marquer le pas. « Eau publique contre eau privée » titrait le journal local Le Courrier de Mantes en expliquant pourquoi les habitants de Follainville-Dennemont payaient 3,57 euros le mètre cube d’une eau issue des mêmes captages, transportée par les mêmes tuyaux que l’eau desservie dans la commune limitrophe de Limay à 2,71 euros. Trop beau, le cas d’école était repris par l’association de consommateur UFC-Que Choisir, apte à élargir l’audience…


Le 19 mai 2011, le Journal de la Camy annonçait aux 24 000 foyers de l’agglomération la baisse du prix de l’eau, « fruit d’une longue négociation » entre la communauté d’agglomération et Veolia, le délégataire : moins 30 % et même de moins 55 % pour les 49 premiers mètres cubes, représentant une économie de 110 euros par an pour 120 m3. L’abonnement passait lui-même de 66 à 18 euros. 10 000 euros étaient provisionnés pour les impayés des familles en difficulté. En prime, s’ajoutait une assurance gratuite en cas de fuites. Le changement des branchements au plomb, déjà provisionnés par le délégataire à hauteur de 3,5 millions d’euros, était engagé. Enfin, l’agglomération reprenait le contrôle des effectifs et des « frais de siège ». Les dispositions devaient entrer en vigueur le 1er juillet 2011 pour les neuf communes de l’agglomération desservies par Veolia.


Contreparties – En échange de ces concessions, Veolia a obtenu la prorogation de son contrat jusqu’en 2018 ; la baisse des tarifs ayant rendu les contrats plus avantageux pour les consommateurs, ces contrats ne sont plus soumis à l’obligation de réexamen par le TPG. Mais une nouvelle perspective s’ouvrir en même temps à l’industriel : celle de voir son aire s’action s’élargir considérablement. Sous contrainte de la réforme territoriale, de 12 communes, l’agglomération est effectivement passée à 17 au 1er janvier 2011 ; et ces 17 communes seront rejointes par 5 nouvelles dès 2012 et encore 13 autres d’ici fin 2013, pour totaliser 35 communes, soit environ 110 000 habitants. L’AREP-CAMY a donc entrepris une nouvelle bataille : convaincre les nouvelles communes (certaines sont toujours en régie publique) « d’échapper » à Veolia au moins jusqu’à l’échéance de leur contrat (ce qui est légalement possible).


Le combat se poursuit donc, avec encore plus d’acharnement et un seul objectif : le retour à la régie publique pour tous.


Mantes Eau Publique voir ici

Gestion de l’eau à Courgent

Jusqu’en juin 2001, l’eau de la commune de Courgent a toujours été gérée directement par la municipalité elle – même, grâce au dévouement de l’équipe municipale. Le prix de l’eau était alors de 1,4 €TTC par m3, toutes taxes et redevances incluses.

Depuis juin 2011, la gestion de l’eau a malheureusement été concédée à une société privée, la Lyonnaise des Eaux, filiale du groupe Suez. En seulement un an, le prix du m3 d’eau a déjà considérablement augmenté.
Dans certains cas il a plus que doublé ou triplé, en fonction de la quantité d’eau consommée par les foyers. Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, le prix au m3 est plus élevé pour ceux qui consomment peu. Au lieu d’encourager les économies d’eau, la Lyonnaise et la Mairie, favorisent à présent son gaspillage.

A l’heure où la plupart des foyers subit des pertes de revenus, la municipalité a fait un choix qui conduit directement à des augmentations importantes. Plus grave encore, ce choix a été mené en cachette pendant un an, depuis l’appel d’offres jusqu’à la signature du contrat. Aucune publication dans le journal de la ville, aucun affichage municipal, aucun communiqué dans le discours de début d’année du Maire. Le tout en violation des
réglementations et lois qui font obligation à la Mairie d’informer préalablement la population.

Du côté de la Lyonnaise c’est pire encore. Règlement des usagers en violation de la loi, non réponse aux courriers des abonnés, les irrégularités se multiplient. Pour couronner le tout, on observe à présent des méthodes plus proches du brigandage que de la distribution d’eau, de la part de la Lyonnaise, qui est récemment rentrée en effraction chez des particuliers, en découpant leur grillage pendant leur absence, pour leur prendre de force leur ancien compteur et le remplacer par un nouveau. Ceci sans aucune autorisation
ni de la personne concernée, ni d’une autorité administrative. Aussi incroyable que cela puisse paraître, il s’agit d’une violation de domicile, avec vol de compteur appartenant à un particulier. Il a fallu que l’association ARRPE-Courgent se mobilise, et demande au Maire et à la Lyonnaise de s’expliquer, pour qu’ils promettent de mettre fin à ces pratiques féodales, de remettre le compteur en place, et de remettre en état ce qui avait été volontairement dégradé. La situation est de plus en plus inacceptable et confirme largement nos craintes initiales de laisser le monopole d’un bien aussi précieux aux mains d’un groupe financier.

Quel Grand Paris de l’eau ?

Le pari était osé mais pas déplacé pour un séminaire « Eau et Grand Paris – Agir pour la soutenabilité du Grand Paris dans le domaine de l’eau » organisé le 12 septembre  par le Préfet de région Ile-de-France.

Faut-il agir pour la soutenabilité du Grand Paris ou pour celle de l’eau ? Le Grand Paris est-il soutenable et à quel titre concernant l’eau ? Ce séminaire pose les enjeux : « quels impacts sur la ressource et les milieux aquatiques en Ile de France ? »

À ce titre,la Coordination EauIle-de-France s’alarme déjà sur : quelle qualité de l’eau, à quel tarif et pour qui ? Une question à l’aune des inégalités actuelles constatées dans la région.

Elle s’interroge aussi sur les fonctions cumulées d’André Santini au sein du SEDIF, dela Sociétédu Grand Paris et de l’Agence de l’eau Seine Normandie. Au delà de la personne, c’est le symptôme d’un système de pouvoir hyper-concentré et imperméable aux aspirations des usagers.

Aussi et par souci de transparence,la Coordination EauIle-de-France souhaite vivement que soient associées de façon permanente à ces réflexions, les organisations des usagers et des salariés de l’eau. Le débat ne peut rester au niveau de l’Etat et des (grands) élus, la voix des citoyens doit être entendue. « Le Grand Paris de l’eau» mérite au moins ça !

 

 

 

Leçons du FAME 2012

La réussite du Forum Alternatif Mondial de l’Eau (FAME) à Marseille en mars 2012 a dépassé tous nos espoirs et nous avons été débordés par son succès, tant en terme de participation que de contenu. Selon Darcey O’Callaghan, directrice politique internationale de Food and Water Watch, « les organisateurs et les bénévoles du FAME méritent de vives félicitations pour avoir réussi le forum alternatif le plus abouti jusqu’à présent. Beaucoup de travail de fond a été accompli pour la promotion de solutions communautaires/citoyennes et pour l’application du droit à l’eau et à l’assainissement. Lors de la soirée d’ouverture, Gus Massiah, un des constructeurs historiques du mouvement altermondialiste, évoquait pour caractériser le FAME, la naissance du Forum Social Mondial à Porto Alegre face au sommet de Davos : visiblement un nouveau mouvement a émergé à Marseille !

Il y a bien sûr un lien entre le succès du FAME et l’échec du Forum mondial de l’eau (FME). Il est particulièrement intéressant de comparer comment les deux forums ont abordé les mêmes thématiques. Un des points forts du FAME, c’est l’appropriation par les militants et par le public de la reconnaissance du droit humain à l’eau par l’ONU et la volonté de le voir appliqué. Cela s’est décliné tout au long des ateliers et des plénières du forum de toutes les façons possibles :  reconnaissance en droit national, droit opposable, tribunal, etc. A l’inverse le FME apparaît comme une machine à remonter le temps : la déclaration ministérielle qui donne le sens politique du forum, reprend une formulation antérieure à la déclaration de l’ONU, laissant à chaque Etat le soin de définir ses propres règles… Une tentative de contournement qui s’est retrouvée dans la préparation de Rio+20.

Le FME met l’accent sur l’économie verte, au sens de mettre la nature et l’eau dans le champ économique, marchand, c’est son thème principal et récurrent. Un fait mis en évidence par l’  «Analyse de l’évolution langagière et thématique des déclarations du Forum mondial de l’eau 1997-2012 », produite par Gabriel Blouin Genest, doctorant, et Sylvie Paquerot, professeur de Sciences politiques à l’Université d’Ottawa. Le FAME a dénoncé cette économie verte (au cours d’une de ses séances plénières) et surtout a consacré la montée en puissance de l’idée de biens communs.

La dénonciation de l’extractivisme, c’est-à-dire de l’exploitation des biens naturels à l’échelle industrielle – sous toutes ses formes (hydrocarbures y compris gaz et pétrole de schiste, mines, grands barrages, agro-industrie, etc.), a fortement marqué le FAME, en établissant un lien fort entre social et environnement dans la lutte contre les nuisances et la pollution. A l’inverse, la pollution est un thème quasiment absent du FME (et de sa déclaration ministérielle) et quand il apparaît, il est isolé des autres thèmes.

Le fil bleu de la démocratie traverse le FAME, avec les expériences très nombreuses, de référendums réussis, en Italie, dans des villes allemandes comme Berlin, à Madrid en Espagne, mais aussi en Amérique du Sud. L’exigence de voir les populations consultées sur toutes les grandes décisions concernant l’eau a trouvé un écho puissant. Mais s’est exprimée aussi la volonté d’être partie prenante de la gestion au quotidien, de la participation directe. Sans même parler de référendums, d’une façon plus générale, la politique, la responsabilité des Etats, tendent à disparaître du champ du FME.

Dans les ingrédients qui ont permis la réussite du FAME, il y a la construction par les contenus. Dans la préparation, quasiment un an avant le forum, un appel à contribution a été lancé : environ 200 contributions ont été reçues  qui ont été regroupées en une cinquantaine d’ateliers, animés par 250 intervenants en provenance des cinq continents. Bien entendu, ces initiatives ont impliqué bien plus de personnes et d’organisations.

La diversité des participants et des organisations est un autre ingrédient du succès (que l’on retrouve d’ailleurs dans les Forums sociaux mondiaux). Au-delà de la diversité idéologique, c’est des types d’acteurs différents qui se sont retrouvés : militants/organisations du mouvement social, lobbyistes, journalistes-analystes-chercheurs, élus, artistes… La participation des jeunes qui n’était pas gagnée d’avance, semble davantage liée aux manifestations culturelles, de rues parfois, et à toutes les formes d’activisme (comme le bénévolat) développées dans et autour du FAME. La place prise par les jeunes est un atout pour l’avenirdu mouvement pour l’eau bien commun.

Enfin la percée médiatique est à la fois un signe et un élément du succès. Plus de 60 journalistes étaient présents au FAME, mais surtout, quasiment à chaque fois que le FME était évoqué par un média, le FAME était mentionné en contre-point. Les messages essentiels concernant le rejet de la marchandisation, l’écologie ou la démocratie, sont passés. Aller plus loin dans la médiatisation des contenus du FAME nécessite à l’évidence un tout autre effort de vulgarisation.

Le bilan du FAME ouvre des perspectives nouvelles. L’envie de continuer ensemble va se concrétiser dans des campagnes et à plus long terme des structures communes, en particulier au niveau européen. Initiative citoyenne européenne « l’eau est un droit humain » portée par les syndicats des services publics dès 2012 ; initiative citoyenne européenne « l’eau aux citoyens » portée par une plate-forme associative (dont font partie la Coordination Eau Île-de-France, la Fondation France Libertés, Emmaüs International) et prévue en 2013 ; embryon d’une coordination européenne des associations pour l’eau bien commun, avec la mise en place de groupes de travail en juillet 2012 et une assemblée générale prévue en novembre.

En France, le FAME a donné plus de confiance, de visibilité et au final, plus de force aux combats pour la gestion publique de l’eau et a contribué au changement de climat politique. De nombreux élus de gauche, toutes tendances confondues, ont vu le fiasco du FME et étaient présents au FAME ; ils sont maintenant à pied d’œuvre, ce que nous ne manquons pas de leur rappeler en toutes occasions. Le nouveau gouvernement compte des ministres qui se sont déjà engagés en faveur d’une gestion publique dans leur collectivité. Sans le FAME d’un côté et le changement politique de l’autre, aurions-nous gagné la fin du contrat de DSP à Saint-Pierre des Corps ? Aurions-nous gagné l’abandon par l’agglomération d’Est Ensemble de l’adhésion au SEDIF (après son annulation par le tribunal administratif) ?

Le FAME a mis en évidence ce que nous avons en commun. Le sociologue Boaventura de Sousa Santos évoque « la défense des biens communs de l’humanité comme réponse à la marchandisation, à la privatisation et à la financiarisation de la vie.  Les biens communs sont des biens produits par la nature ou par des groupes humains, qui doivent appartenir à la collectivité et non au secteur privé ou à l’Etat, même s’il incombe à ce dernier de participer à leur protection. Ils sont le contrepoint du développement capitaliste (…) L’eau commence à être considérée comme un bien commun par excellence Les combats contre sa privatisation dans plusieurs pays figurent parmi ceux qui remportent le plus de victoires. »

 

Le FAME a rempli son objectif en contribuant à précipiter la fin du Forum mondial de l’eau placé sous la domination des marchands. Anne Le Strat, présidente d’Eau de Paris et membre de la Fodation Copernic, pose la question de « la disparition du Forum mondial de l’eau » dans une tribune publiée par Le Monde. Darcey O’Callaghan souligne aussi la nouveauté de la situation :  « étant donné le déclin du FME -mis en évidence par la très faible participation et la défection de Sarkozy- les toutes prochaines années vont être le moment opportun pour remplir le vide dans la politique de l’eau au niveau mondial. » Un défi pour le mouvement pour l’eau bien commun en plein développement.

 

un réseau qui réunit citoyens et associations autour de la ressource en eau en Île-de-France et sur tout le territoire français, sur tous les aspects: social, environnemental, économique, juridique, de la santé, culturel…