Douche froide pour le projet d’une « eau pure, sans calcaire et sans chlore »

ECHEC Le projet porté par le syndicat des eaux d’Ile-de-France n’a pas obtenu d’autorisation environnementale de la part de la préfecture. Par Guillaume Novello.

  • Le syndicat des eaux d’Ile-de-France souhaite tester le procédé d’osmose inverse basse pression (OIBP) sur son site pilote d’Arvigny, à Savigny-le-Temple (Seine-et-Marne), un procédé qui doit permettre d’ôter le calcaire et le chlore de l’eau potable.
  • Sauf que la préfecture du département a refusé d’accorder l’autorisation environnementale nécessaire, un rejet qui a pris de court le Sedif.
  • Ce refus traduit l’opposition à ce projet des élus locaux, dont la maire de Savigny-le-Temple, qui redoutent des conséquences négatives sur l’environnement.

Le projet d’une eau plus pure n’a pas fait saliver les élus de Seine-et-Marne. Et pour le syndicat des eaux d’Ile-de-France (Sedif) qui alimente 4 millions de Franciliens en eau potable, c’est la douche froide. Le Sedif porte en effet le projet « Vers une eau pure, sans calcaire et sans chlore » pour éviter d’encrasser vos bouilloires. Ceci grâce à l’osmose inverse basse pression (OIBP) qu’il souhaite expérimenter sur son site pilote d’Arvigny, à Savigny-le-Temple. « Ce procédé est une version améliorée de la nanofiltration en place dans notre usine de Méry-sur-Oise », indique le Sedif. Il « consiste à filtrer l’eau au travers d’une membrane percée de pores extrêmement fins qui empêche le passage de la plupart des molécules sauf l’eau », selon un document du syndicat. Adieu donc chlore, calcaire et micropolluants.

Après un avis positif du commissaire enquêteur en juillet 2021, le Sedif, qui regroupe 135 communes d’Ile-de-France, était « très optimiste ». « Le préfet de Seine-et-Marne devait nous donner l’autorisation environnementale du projet à la mi-novembre puis ça a été prolongé de deux mois jusqu’au 20 janvier », indique le syndicat. Et patatras, au 20 janvier, pas de réponse de la préfecture, ce qui équivaut à un rejet implicite de l’autorisation. Au Sedif, on tombe des nues. « Il n’y a eu aucune lettre, aucun mail, on n’a pas eu les raisons motivées », s’y plaint-on. Il y avait toutefois des signes avant-coureurs comme l’avis défavorable de la commission départementale d’évaluation des risques sanitaires et technologiques (Coderst) de Seine-et-Marne et l’avis également défavorable de la commission des aides de l’Agence de l’eau Seine Normandie (AESN). D’ailleurs, selon la préfecture, ce rejet implicite est lié au « refus à ce projet par l’ensemble des élus et associations concernés ».

« Une surconsommation d’eau de 30 % », selon une élue contre le projet

Ce niet a donc réjoui les élus locaux, en premier lieu la maire de Savigny-le-Temple. Pour Marie-Line Pichery, il « n’est pas forcément bon en matière écologique ». « Pour que cela fonctionne, il faudra puiser davantage d’eau dans la nappe du Champigny qui est déjà sous tension, dénonce-t-elle. Ensuite, l’eau est tellement déminéralisée qu’il faut la reminéraliser avec de l’eau normale pour qu’elle soit buvable, ce qui entraîne une surconsommation d’eau de 30 %. Enfin, les substances récupérées lors de la filtration, les concentrats, doivent être rejetées dans la Seine, ce qui présente un risque écologique. » Et ce qui agace également la maire c’est que ce procédé va servir d’autres communes que la sienne. « On défend notre territoire, se justifie-t-elle. On ne peut pas toujours avoir les inconvénients des velléités de développement de la petite couronne ». D’ailleurs, la mairie a refusé le permis de construire nécessaire à la mise en place de l’OIBP.

Pour le Sedif qui promet 100 euros d’économies annuels par foyer selon une étude du cabinet Deloitte, ces inquiétudes ne tiennent pas. « Le projet d’Arvigny n’entraînera qu’une hausse de 10 % du pompage de l’eau de la nappe du Champigny, tout en restant dans les clous des droits de puisage fixé en 2018 », argue le syndicat. Il assure également, études à l’appui, que le rejet de concentrats « n’a aucun impact environnemental sur la Seine et ses écosystèmes ». Pour le Sedif, cette opposition est avant tout « politique » et liée à un changement de majorité au sein de l’agglo Grand Paris Sud, dont Marie-Line Pichery est d’ailleurs vice-présidente.

Un refus qui ne remet pas en cause le projet global

Cette piste d’un conflit politique n’est d’ailleurs pas extravagante puisque le Sedif est présidé par l’UDI André Santini et Grand Paris Sud par le PS Michel Bisson. Mais surtout, l’agglo est en train de passer progressivement en régie publique la distribution et l’assainissement de l’eau auparavant gérée par Suez tandis que le Sedif a accordé une délégation de service public à Veolia. Derrière le dossier de l’OIBP, il y a aussi deux visions de la gestion de l’eau qui s’opposent.

Malgré cet échec, le Sedif veut « poursuivre les discussions avec les acteurs du territoire » tout en se « réservant le droit d’un recours administratif » sur la décision préfectorale. Mais le syndicat l’assure, ce refus ne remet pas en cause son projet « Vers une eau pure, sans calcaire et sans chlore ». Et le communiqué en date du 27 janvier abonde : « Voté par les élus en décembre 2021, le plan d’investissements 2022-2031 consacrera 800 millions d’euros au déploiement de l’OIBP dans les trois usines principales du Sedif, à partir de 2024 ».

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